Tortionnaire de Moudon : l'accusé interrogé à son procès
Le tortionnaire présumé de Moudon a été longuement interrogé jeudi sur les actes qui lui sont reprochés; des sévices infligés à une quinzaine de personnes entre 2009 et 2018. L'occasion aussi de revenir sur son parcours de vie chaotique.
Quand cet homme de 33 ans arrive dans le tribunal, chaînes aux pieds et menotté, il baisse souvent la tête avant de jeter un regard inquiet au public. Quand il parle, c'est d’une voix douce, feutrée, très poliment, ce qui contraste avec les actes sordides qu'on lui reproche.
Emprise de la drogue
Le prévenu a vécu un parcours de vie chaotique. Ses deux parents étaient toxicomanes et son père a fait de la prison. Il a souffert du manque d'héroïne dès son plus jeune âge et a fréquenté la Riponne, à Lausanne, à 14 ans pour se fournir en drogues. Sa grande tante était le seul adulte de confiance, décédée depuis.
Ses victimes rapportent une consommation frénétique de stupéfiants, qu'elles consommaient souvent avec lui. Mais aussi sa personnalité impulsive, manipulatrice, capable de passer d'un coup du statut de bourreau à celui de protecteur.
Trous de mémoire
Lors de son interrogatoire jeudi matin, le prévenu a provoqué une grande irritation. Il n'a pas répondu aux questions ou admis à moitié des faits. A de multiples reprises, il a répondu qu'il ne se souvenait plus, justifiant ses trous de mémoire par les 8 ans déjà passés en prison.
Pour son défenseur Albert Habib, il ne s'agit pas d'un manque de volonté de la part de son client. Il a rappelé que l'accusé a vécu une enfance "carencée", qui explique en partie ses "difficultés immenses d'expression et cognitives". "Il faut plutôt voir un manque d'expression en termes de vocabulaire plutôt qu'un manque de regrets", a ajouté l'avocat.
>> La réaction de l'avocat de l'accusé dans La Matinale :
Keystone - Jean-Christophe Bott
Revenant sur les vidéos de son transport de la prison au tribunal criminel avec une de ses victimes, qu'il a alors menacé de représailles, il a affirmé qu'il savait qu'il était filmé, qu'il s'agissait d'un langage de taulard et ne voulait pas passer aux actes.
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Une majorité des avocats ont demandé jeudi après-midi un report du procès pour mener une nouvelle expertise, cet incident remettant en cause, à leurs yeux, les conclusions des experts sur le risque de récidive. La demande a finalement été rejetée par les juges.
Le jeune homme devra encore s’expliquer sur ses nombreux sévices vendredi. Le réquisitoire et la plaidoirie de la défense auront lieu la semaine prochaine et le jugement est prévu à la fin du mois.
Esther Coquoz