Mer Noire : les attaques font flamber le prix des céréales

Mer Noire : les attaques font flamber le prix des céréales

Les exportations de céréales ukrainiennes et russes sont en chute libre en raison des attaques dans la mer Noire. Cette situation fait grimper les prix du blé et menace la sécurité alimentaire mondiale, touchant durement les pays importateurs.

Les attaques russes sur les ports et navires marchands en Ukraine ont drastiquement réduit les exportations de céréales via la mer Noire. Selon Thierry Pouch, chef économiste aux Chambres d’agriculture de France, l’Ukraine n’a exporté que 500'000 tonnes de blé en août, soit seulement 20% de son potentiel habituel de 2,5 ou 3 millions de tonnes par mois. La Russie, également touchée par des attaques ukrainiennes, a vu ses exportations de blé passer de 5 millions de tonnes en moyenne à seulement 2 millions de tonnes en août.

"La situation est critique, surtout pour l'Ukraine, puisqu'elle retire des recettes financières de ces exportations", explique-t-il au micro de Forum. Elle l'est un peu moins pour la Russie, poursuit-il. "On sait que la Russie exporte de plus en plus de blé vers la Chine, donc elle emprunte d'autres voies que celle de la mer Noire."

Quoi qu'il en soit, cette chute des exportations a provoqué une hausse des prix du blé, qui sont passés de 190 euros la tonne en début d’année à environ 220-225 euros actuellement, avec une marge de progression de 15% attendue dans les jours à venir, poursuit l'économiste.

Dépendance cruciale sur le pourtour méditerranéen

Reliant les ports ukrainiens et russes au détroit des Dardanelles et à la Méditerranée, la mer Noire joue un rôle central dans le commerce des céréales. "La Méditerranée est composée de pays qui sont crucialement dépendants du blé russe et du blé ukrainien", comme l’Égypte, "qui importe pratiquement 84% de son blé en provenance de ces deux pays". "Mais on peut aussi évoquer évidemment la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc", énumère-t-il. La Turquie, également un important importateur et transformateur de blé, subit les conséquences de cette contraction des exportations, ajoute-t-il.

Et la guerre au Moyen-Orient, avec le blocage du détroit d'Ormuz, complique encore la situation. "Autant on peut considérer le blocage d'Ormuz comme de l'insécurité énergétique, autant la situation en mer Noire peut constituer une insécurité alimentaire. Donc, on est dans une situation très préoccupante", conclut-il.

>> L'interview complète de Thierry Pouch, dans Forum :

Un homme montrant des grains de blé. [KEYSTONE - KHALED ELFIQI]KEYSTONE - KHALED ELFIQI

Vers une explosion du prix des céréales avec le trafic perturbé en mer Noire? Interview de Thierry Pouch / Forum / 5 min. / hier à 18:09

Propos recueillis par Renaud Malik

Texte pour le web: fgn