Les conditions propices aux incendies de forêt explosent dans le sud de l'Europe, révèle une étude
Si la fréquence des incendies de forêt a globalement diminué dans le sud de l’Europe depuis les années 1980, les conditions météorologiques qui les favorisent ont, elles, augmenté, selon une étude. La hausse du nombre de journées estivales trop chaudes et trop sèches propices aux incendies a notamment augmenté significativement, même si les efforts de gestion des feux se sont nettement améliorés. Ces résultats soulignent le besoin de nouvelles stratégies d’adaptation à mesure que le climat se réchauffe.
Les feux de forêt constituent l’une des catastrophes naturelles les plus destructrices, provoquant non seulement des conséquences environnementales, mais également des impacts socio-économiques et sanitaires pouvant s’étendre sur le long terme. Si de multiples facteurs peuvent influencer les incendies de forêt, certaines conditions météorologiques peuvent favoriser leur propagation jusqu’à devenir incontrôlables.
Ces conditions incluent généralement des températures élevées, des sécheresses prolongées et des vents forts et peuvent faciliter la transition d’un feu de forêt d’un état de forte intensité vers un comportement extrême. Ce dernier se traduit par des incendies auto-entretenus qui se propagent facilement et sont extrêmement difficiles à maîtriser. Ces conditions, présentes dans certaines régions pendant les saisons estivales, deviennent inhabituellement fréquentes à mesure que le climat se réchauffe.
Un équilibre naturel de plus en plus fragilisé
En effet, les paysages de ces régions, comme ceux du sud de l’Europe et d’Australie, sont façonnés depuis des milliers d’années par le biais de régimes de sécheresse et de feux de forêt naturels. Si la végétation s’est adaptée à ces régimes particuliers et a toujours pu se régénérer après les saisons des feux, le réchauffement climatique perturbe ce subtil équilibre.
En particulier, dans le sud de l’Europe, les vagues de chaleur récurrentes et les sécheresses persistantes ont amplifié les risques d’incendie de forêt dans toute la région. Il est important de noter que les efforts de lutte contre les incendies dans la région ont permis de réduire les départs de feu et la superficie totale brûlée.
Malgré ces efforts, les feux de forêt extrêmes semblent devenir toujours plus fréquents. L’incendie de Larouco en août 2025 est par exemple le plus grand incendie de forêt jamais enregistré en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, ravageant notamment plus de 40 000 ha. La saison des feux de forêt de 2025 en Espagne a d’ailleurs été la plus destructrice depuis plus de trente ans dans la région, avec environ 350 000 ha partis en fumée.
Cependant, bien qu’il devienne toujours plus évident que la hausse de la fréquence et de l’intensité des incendies de forêt est liée au réchauffement climatique, la manière dont les différents régimes climatiques influencent les incendies demeure incomprise. Dans une étude parue le 30 juillet dans la revue Scientific Reports, une équipe internationale de chercheurs apporte de nouveaux éléments d’information sur les raisons pour lesquelles les incendies de forêt dans le sud de l’Europe deviennent toujours plus fréquents et intenses.
« Après des décennies de diminution des départs de feu et des surfaces brûlées, les récentes saisons d’incendies en Europe du Sud (dont la saison record de 2025) ont montré que les feux de forêt dépassent de plus en plus les capacités de lutte contre les incendies », écrivent les chercheurs. « La région semble entrer dans une ère de risque d’incendie extrême, soulignant l’urgence de comprendre les facteurs à l’origine de cette escalade. »
Des incendies moins nombreux, mais des conditions toujours plus explosives
Pour effectuer leur enquête, les chercheurs de l’étude ont analysé les données nationales sur les feux de forêt au Portugal, en Espagne, en France, en Italie et en Grèce, ainsi que des données météorologiques et climatiques, entre 1981 et 2025. L’indice de conditions météorologiques propices aux incendies a été utilisé comme indicateur de risque d’incendie. Cet indice inclut la température, les taux de précipitation, le vent et l’humidité de la végétation susceptible de déclencher des feux.
Les résultats de l’analyse ont montré que dans certaines régions de France et d’Espagne, l’intensité des conditions météorologiques propices aux incendies a augmenté jusqu’à 50 % entre 2016 et 2025, par rapport à la période entre 1981 et 2010. Le nombre de jours d’été propices aux incendies est également passé de moins de dix jours par été entre 1981 et 2010 à environ 25 jours au cours de la dernière décennie dans certaines régions de chaque pays étudié.
En revanche, malgré l’intensité des incendies observée, le nombre annuel effectif d’incendies au cours des dix dernières années est inférieur de près de 40 % à la moyenne de la période 1981-2010 pour chaque pays étudié. D’après les chercheurs, cette diminution s’explique probablement par l’amélioration des stratégies de gestion des feux de forêt telles que la meilleure formation des pompiers et des campagnes de sensibilisation efficaces.
Cependant, les résultats suggèrent que des conditions météorologiques plus chaudes et plus sèches ont augmenté le risque d’incendies de forêt malgré la diminution de leur nombre. Cela pourrait s’expliquer par une association statistique avec des phénomènes climatiques à grande échelle tels qu’El Niño. Des différences de pression atmosphérique plus faibles au-dessus de l’Atlantique Nord ont notamment coïncidé avec une hausse de ces conditions météorologiques dans certaines régions de Grèce, d’Italie, de Corse et d’Espagne.
D’autre part, des anomalies de température de surface de la mer dans le Pacifique tropical, associées à El Niño, ont généralement précédé ces conditions météorologiques propices aux incendies dans certaines parties du nord-ouest de la péninsule Ibérique, en Sicile et dans le sud de la Grèce. « Nos résultats mettent en lumière la pression climatique croissante qui pèse sur les régimes d’incendies en Europe du Sud et soulignent la nécessité de stratégies d’adaptation intégrées », concluent les auteurs.
Source : Scientific Reports