"Les musiciens qui passent nous disent que c’est parmi les meilleures salles acoustiques qu’ils ont connues" : comment une école de village est devenue une salle de concert plébiscitée
l'essentiel Fermée en 2017, l’école de Tournan aurait pu tomber dans l’oubli. Huit ans plus tard, elle résonne au son du jazz et des musiques du monde. Devenue l’auditorium Guy Lafitte, elle attire près de 2 500 spectateurs par an dans ce village de seulement 180 habitants. Une reconversion aussi ambitieuse qu’inattendue.
À Tournan, 180 habitants, les soirs de concert peuvent attirer davantage de spectateurs que le village ne compte d’habitants. Jazz, musiques du monde, salsa ou jazz manouche, l’ancienne école communale est devenue en quelques années l'auditorium Guy Lafitte, un lieu culturel qui rayonne bien au-delà du village.
De septembre à mai, une centaine de personnes peuvent prendre place dans la salle, aménagée façon cabaret. Les spectateurs viennent entre amis, mangent sur place avant d’assister au concert. Aux beaux jours, la programmation s’installe dans la cour. "L’été, on fait plus festif, de la musique cubaine, de la salsa, du jazz manouche, de l’irlandais", explique Jean-Luc Mimouni, maire de Tournan, qui assure lui-même la programmation. Certaines soirées réunissent alors 200 à 250 personnes.
Aujourd’hui, l’association Les Récréations musicales de l’École des Arts de Tournan accueille environ 2 500 spectateurs par an et organise deux concerts par mois. "On a un public fidèle. Certains ne manquent pas une soirée de l'année", souligne Jean-Luc Mimouni. Gimont, L’Isle-Jourdain, Muret ou Saint-Gaudens, les mélomanes viennent parfois de loin. Des musiciens professionnels sollicitent également directement la salle pour intégrer Tournan à leurs tournées.
Difficile d’imaginer qu’il y a moins de dix ans, l’avenir de ce bâtiment était tout autre.
De l’école communale à l’école des arts
En 2017, l’école de Tournan ferme ses portes. La commune fonctionnait jusque-là en regroupement pédagogique avec plusieurs villages voisins et accueillait notamment les élèves de CM1 et CM2. Face à la réorganisation scolaire, la fermeture devient inévitable.
Plutôt que de laisser les locaux sans activité, Jean-Luc Mimouni et son conseil municipal se concertent. "J'ai dit aux habitants : vous voulez qu’il y ait toujours du monde ? Ce n’est pas compliqué, on va créer une école des arts." L’idée est d’y proposer peinture, musique, photographie ou encore cuisine, mais surtout en transformant une partie du bâtiment en salle de concerts.
Le premier budget participatif du Conseil départemental du Gers, lancé en 2018, permet au projet de prendre forme. Les premières estimations chiffrent les travaux entre 200 000 et 250 000 euros, une somme trop élevée pour la petite commune. Jean-Luc Mimouni, géomètre-expert de profession, et son premier adjoint, Jacques Cauffepé-Pourcet, artisan, reprennent alors eux-mêmes les calculs et ramènent l’estimation à 100 000 euros. Le projet est retenu par le Département et bénéficie d’une enveloppe de 70 000 euros. Avec les aménagements supplémentaires, le chantier coûtera finalement environ 130 000 euros.
Une acoustique remarquable
Pour transformer l’ancienne salle de classe en véritable lieu de musique, les deux élus soignent particulièrement l’acoustique. Un bureau spécialisé de Toulouse étudie la pièce et détermine précisément l’emplacement des panneaux destinés à absorber ou à renvoyer le son. "Les musiciens qui passent nous disent que c’est parmi les meilleures salles acoustiques qu’ils ont connues", se réjouit Jacques Cauffepé-Pourcet.
Au sol, l’équipe veut du bois, à la fois pour ses qualités acoustiques et pour permettre d’y organiser des cours de danse. En cherchant un parquet adapté, le maire se rapproche d'une entreprise spécialisée dans les planchers de danse qui équipe de prestigieuses salles à travers le monde. Coup de chance : son poseur pour la France est installé dans un village voisin et peut rapidement se rendre à Tournan.
Une ouverture stoppée net par le Covid
La salle est inaugurée le 7 décembre 2019 avec un premier concert et un hommage au saxophoniste Guy Lafitte, qui a vécu à Tournan. Un deuxième rendez-vous suit en février. Puis tout s’arrête : quelques semaines plus tard, le Covid interdit les concerts.
L’équipe refuse pourtant de mettre la musique entre parenthèses. Avec l’aide du contrebassiste Thibault Soulas, installé à proximité, elle décide d’utiliser la cour de l’école. "En deux jours, ils ont monté la scène à l’extérieur", se souvient le maire. Une quarantaine de musiciens viendront jouer durant cette période.
Depuis, la formule a perduré, portée par une vingtaine de bénévoles. Les rôles sont bien répartis : Jean-Luc Mimouni s’occupe de la programmation et de l’accueil des artistes, tandis que Jacques Cauffepé-Pourcet supervise notamment la cuisine et le bar.
Et le bouche-à-oreille fonctionne désormais jusque chez les musiciens. "Plus ça va, plus on monte en gamme", constate Jean-Luc Mimouni. Une trajectoire inattendue pour une école de village dont la fermeture, en 2017, aurait pu signer la fin d’un lieu de vie. Elle aura finalement marqué le début d’une autre histoire.