Lutnick accuse Carney d’instrumentaliser le français pour nuire à…

Lutnick accuse Carney d’instrumentaliser le français pour nuire à…

Le secrétaire au Commerce des États-Unis, Howard Lutnick, accuse Mark Carney de « mentir » sur la place qu’aurait occupée la question du français dans les récentes négociations commerciales afin de nuire au Parti québécois (PQ) et au mouvement référendaire en Alberta cet automne.

« Si vous pensez que j’ai déjà prononcé le mot “français”… Est-ce que je me soucie de la façon dont les Québécois parlent ? Je veux dire, qu’est-ce qui pourrait avoir moins d’importance pour les États-Unis ? On s’en fiche ! » s’est emporté le proche du président Trump lors d’un point de presse à Washington, jeudi.

Au moment d’expliquer l’échec des pourparlers avec Washington, la semaine dernière, le premier ministre Mark Carney avait affirmé que les responsables américains souhaitaient obtenir « des compromis sur notre souveraineté, sur la protection de la langue française et de notre culture ». Howard Lutnick allègue toutefois que son équipe « n’a jamais parlé de ça » et qu’il s’agit d’une histoire « montée de toutes pièces » par le premier ministre canadien à des fins politiques. « Le parti souverainiste tente de remporter les élections et il est en tête au Québec. Et donc, c’est Mark Carney qui a fabriqué cette histoire pour tenter de les empêcher de gagner », a-t-il soutenu sans détour.

Les gouvernements américain et canadien présentent ainsi deux versions bien différentes de ce qui s’est joué à la table des négociations sur cet aspect, et ce, depuis maintenant plusieurs jours. Mercredi, le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a lui aussi déclaré que la question linguistique était « loin d’être une ligne rouge » pour les négociateurs américains.

La première ministre du Québec et cheffe de la Coalition avenir Québec (CAQ), Christine Fréchette, s’est rangée du côté d’Ottawa, affirmant croire Mark Carney sur parole. « Oui, je le crois. […] Je n’ai pas demandé de preuve, mais je sens la sincérité dans les échanges qu’on a eus pendant plusieurs jours avec le fédéral », a assuré Mme Fréchette jeudi, au tout premier jour de la campagne électorale québécoise.

Questionnée de nouveau sur la possibilité que le gouvernement fédéral ait intérêt à nuire à l’élection d’un parti souverainiste, la cheffe de la CAQ a écarté cette hypothèse. « Je ne peux aucunement [croire] qu’un gouvernement fédéral serait prêt à mettre autant à risque sur le plan économique au Canada pour une telle raison », a-t-elle tranché.

Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a quant à lui remis en doute la version livrée par le premier ministre canadien. « Plusieurs sources [journalistiques], tant américaines que canadiennes, nous disent qu’il était faux d’affirmer que la langue française était en jeu dans la dernière ligne droite des négociations. Si cela devait s’avérer […], ce serait très grave, parce que cela voudrait dire que le gouvernement du Canada et Mark Carney ont affirmé des choses qui ne sont pas vraies », a lancé le chef péquiste. Un récent article du New York Times rapportait notamment que la partie américaine n’aurait jamais réclamé de concessions sur le français.

Paul St-Pierre Plamondon a ensuite reproché à Christine Fréchette d’avoir « repris » la version des faits du fédéral « sans savoir ce qui se passait réellement » à la table des négociations.

Au premier jour de la campagne, Mme Fréchette a largement misé sur la menace américaine pour défendre la réélection de son gouvernement, signe que la guerre commerciale avec les États-Unis s’impose déjà comme un enjeu électoral majeur.

Qui plus est, le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, prédit un changement radical d’approche de la part du gouvernement canadien une fois passés les scrutins d’octobre au Québec et en Alberta. « Et à mon avis, dès que ces élections seront terminées, vous allez voir débarquer un avion rempli de négociateurs canadiens qui diront : “Allez, on va [conclure une entente] avant vos élections.” Ils se servent de nous », a-t-il lâché jeudi.

Les pourparlers commerciaux sont pour l’instant au point mort, tandis que le Canada doit commencer à appliquer ses contre-tarifs le 8 septembre.

Avec Marco Bélair-Cirino et François Carabin