Lyon. Meurtre de Quentin Deranque : après six mois d’enquête, ce que révèlent les auditions des acteurs du drame

Lyon. Meurtre de Quentin Deranque : après six mois d’enquête, ce que révèlent les auditions des acteurs du drame
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Le 12 février 2026, deux groupes se préparent à l’affrontement : 15 militants d’ultra-droite face à 15 militants d’ultra-gauche. S’enclenche une spirale de fureur dont l’issue sera fatale avec le lynchage à mort de Quentin Deranque, 23 ans. Dans leurs auditions, les suspects évoquent « l’adrénaline », l’effet de groupe, la violence qu’ils ne contrôlent plus, mais aussi leurs remords.

Le Progrès -

Aujourd’hui à 19:05 | mis à jour aujourd’hui à 20:34

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Sur le lieu de l’affrontement, les militants d’ultra-droite rendent hommage à Quentin Deranque  Photo Garisse Soudan
Sur le lieu de l’affrontement, les militants d’ultra-droite rendent hommage à Quentin Deranque  Photo Garisse Soudan

Le journal Le Monde a pu consulter les dossiers d’enquête et les auditions des différents protagonistes, qui décrivent l’enchaînement des faits jusqu’aux coups mortels portés à l’ultra-nationaliste Quentin Deranque. Le 12 février, l’euro-députée Rima Hassan (LFI) donne une conférence sur la Palestine à l’Institut d’études politiques de Lyon. Le collectif d’extrême droite Nemesis déploie une banderole « Islamo-gauchistes, hors de nos facs », pour protester contre sa venue.

En parallèle, retrace le quotidien , deux groupes se préparent, dans deux endroits différents, à peu près au même moment. Ces deux groupes, d’extrême droite et d’extrême-gauche, comprennent une quinzaine de participants, rompus aux sports de combat, qui s’équipent avec des cagoules et des cache-col. Le dossier d’enquête mentionne que les renseignements généraux prennent des photos de cette phase de préparation.

Quentin Deranque reste au sol

Les deux groupes se confrontent à une centaine de mètres de Sciences Po, près de la voie ferrée, rue Lagrange (Lyon 7e). Les vidéos déjà publiées par Le Progrès et d’autres médias montrent une bagarre très violente, qui durerait une dizaine de minutes. Les antifascistes prennent le dessus, Quentin Deranque reste au sol pendant que ses comparses s’enfuient. Ses assaillants s’acharnent et il continue à recevoir des coups, mortels. Violemment frappé, gravement blessé, il parvient à se relever, et même à difficilement marcher pour rentrer chez lui, avant que ses amis appellent les secours.

Peu après son décès, le 14 février, neuf militants d’ultra-gauche , âgés de 20 à 26 ans, ont été mis en examen pour homicide volontaire ou complicité de meurtre par instigation et écroués.

« Violent, avec beaucoup d’adrénaline »

« Ça a été long, violent, et avec beaucoup d’adrénaline », affirme en audition Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault , qui a été licencié depuis les faits. Alors qu’il semble tenir un rôle de leader dans le groupe, il décrit un point de basculement quand il reçoit des coups de béquille sur la tête : « A partir de là, je me sens moins bien, conscient mais moins lucide ». Confronté aux images vidéo, il lâche « C’est n’importe quoi, je ne sais pas quoi dire, c’est l’adrénaline », avant de se dire « dévasté ».

« Le dernier coup est horrible »

Le Monde reprend les déclarations de plusieurs suspects. « Le dernier coup est horrible et complètement gratuit […], ça dépasse l’entendement, le dernier coup », a commenté Alexis C, en visionnant devant les enquêteurs le coup ultime porté à la tête de Quentin Deranque alors qu’il est inanimé au sol. En voyant les vidéos, Jules P. déclare avoir ressenti « de la colère, de la tristesse, un sentiment de dégoût ». « L’effet de groupe nous a fait commettre, à tous, l’irréparable », conclut-il.

Paul L. déclare : « Au vu des images, nous avons l’impression que c’est un lynchage et ç’en est peut-être en vrai, mais je n’avais pas l’impression au moment des faits que cela en était un […]. Jamais une bataille idéologique n’aurait dû mener à une telle situation […]. Je suis horrifié de la mort de Quentin, qui n’aurait jamais dû subir de telles violences ».

« Il fermait les yeux petit à petit, il grimaçait »

De leur côté, les camarades de Quentin Deranque regrettent de ne pas avoir pris conscience de la gravité de son état. Matt B. raconte leur terrible périple pour revenir au domicile du jeune homme. Deux longues heures, pendant lequel il l’aide à marcher, le porte. « Il fermait les yeux petit à petit, il grimaçait, comme pris de douleur, j’essayais de parler pour le maintenir éveillé. […]. Je racontais même des blagues, je le prenais à la légère, j’étais naïf. Je pensais boire un verre avec mon pote à la fin ».

Quentin Deranque est décédé deux jours plus tard, le 14 février, des suites de ses importantes lésions à la tête. Selon le procureur, Thierry Dran, les experts ont conclu que le jeune homme n’avait aucune chance de survivre à ses blessures.

Les affrontements se sont déroulés à une centaine de mètres de Sciences Po, derrière la voie ferrée. Photo Stéphane Guiochon

La présence de la police à proximité évoquée une nouvelle fois

Des agents territoriaux qui prennent des photos des militants en train de se préparer à l’affrontement. Si leur rôle n’était pas d’intervenir, leur présence, une nouvelle fois mentionnée dans le dossier du Monde, pose inévitablement la question de la présence des forces de police, près de six mois après le drame.

La venue de Rima Hassan pouvait laisser craindre des troubles à l’ordre public, des forces de police étaient mobilisées, assurait au Progrès une source sécuritaire en février. Cette source évoquait une compagnie départementale d’intervention (CDI), de membres de la brigade anticriminalité (BAC) et d’autres équipages de police à proximité de Sciences Po, ainsi que la présence de fonctionnaires des renseignements territoriaux.

Juste avant le début des affrontements, la CDI a été appelée à l’université Lyon 3, où une vingtaine de militants d’extrême-gauche perturbaient une conférence sur le « déni de guerre », avec des fumigènes à la main. Des CRS devaient remplacer la CDI, alors que la BAC était restée sur place. L’affrontement se déroulera à une centaine de mètres de Sciences Po, derrière la voie ferrée.

Précisant qu’une enquête judiciaire est en cours, la Préfecture ne souhaite pas faire de commentaires.

L.L

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