“Plus le temps passe, plus les traces s’effacent”: pourquoi l’autopsie des corps retrouvés à Onhaye n’a rien révélé
La cause du décès des deux corps retrouvés à Onhaye, et qui seraient selon toute vraisemblance ceux de Bryan Brigou et de son fils Tyméo, reste floue même après l’autopsie. Un corps en décomposition peut-il encore révéler quelque chose après près de deux mois dans la nature, avec des journées à plus de 35 degrés? Éléments de réponse avec le médecin légiste Joris Vranken. “Dans ce cas, l’expert retrouve très probablement une dépouille déjà partiellement squelettisée sur sa table d’autopsie.”
Bjorn Maeckelbergh, SW
26 août 2026, 20:36
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Même après l’autopsie, le parquet de Namur ne souhaite pas encore confirmer que les deux corps retrouvés sont bien ceux de Bryan Brigou, 29 ans, et de son fils Tyméo, 5 ans. Une analyse ADN doit encore en apporter la certitude.
Selon Joris Vranken, rattaché à l’UZ Leuven, il arrive fréquemment qu’un corps ne parvienne entre les mains du légiste que plusieurs semaines après la mort. Il a lui-même souvent été confronté à ce type de dépouille. “Cela m’est arrivé dès le début de ma carrière. Il s’agissait d’une personne portée disparue retrouvée dans la nature des mois plus tard. Conclusion après autopsie : un décès vraisemblablement naturel. Avec toutefois une nuance de taille: dans la mesure où l’état du corps permettait encore d’en juger, aucune anomalie ne pointait vers une autre cause. Un médecin légiste doit faire avec ce que l’état du corps lui permet de déceler.”
Plusieurs semaines d’exposition à la pluie, au vent et, comme dans le cas de la découverte des deux corps à Onhaye, à plusieurs vagues de chaleur peuvent-elles compliquer le travail d’un médecin légiste?
Joris Vranken: “Je vais essayer de l’expliquer très simplement. Tout corps se décompose, comme n’importe quel élément naturel. Les fleurs dans un vase ou les fruits sur le plan de travail s’abîment eux aussi, et ils se sont conservés bien moins longtemps cet été. La température joue un rôle déterminant: la chaleur accélère le processus, le froid le ralentit. C’est pour cela que les pompes funèbres maintiennent les corps au frais. Outre les fortes températures extérieures, l’exposition directe au soleil accélère la décomposition en maintenant une température corporelle élevée.”
Cette décomposition n’attire-t-elle pas aussi des animaux qui altèrent le corps?
“Tout à fait. Un corps abandonné en pleine nature est souvent exposé aux charognards et aux rongeurs, ce qui provoque des mutilations post-mortem, c’est-à-dire des lésions survenues après le décès. Ces traces compliquent souvent la recherche de la cause de la mort, car les blessures d’origine sont effacées par des traces de morsures, quand des membres entiers ne manquent pas ou n’ont pas été déplacés.”
Cela signifie-t-il qu’il ne reste potentiellement presque rien d’un corps resté dehors près de deux mois cet été?
“Un corps exposé pendant huit semaines à des températures oscillant entre 25 et 35 degrés sera très probablement décomposé au point qu’il ne restera que des fragments ramenés à l’état de squelette. Par conséquent, les autres structures comme la peau, les muscles et les organes ne sont plus complètes et deviennent inexploitables. Cela complique considérablement l’expertise médico-légale. Les contusions ou hématomes musculaires qui auraient pu signaler un traumatisme contondant, comme un coup ou une saisie violente, deviennent indécelables. Lors de l’examen interne, nous tentons néanmoins, dans la mesure du possible, de repérer ces lésions dans les couches musculaires plus profondes, qui se dégradent moins vite que la peau.”
Cela rend donc le travail difficile, mais pas impossible?
“La règle d’or face à un corps en décomposition, c’est de rester extrêmement prudent quant à ce que l’on peut affirmer ou conclure. Imaginons le pire des cas: le médecin légiste ne dispose que d’un simple squelette. Si l’on découvre une fracture du crâne ou du larynx, on tient selon toute vraisemblance une cause potentielle de la mort. Mais l’absence de fracture n’exclut pas pour autant un décès violent. Prenez une victime poignardée à l’abdomen qui meurt d’une hémorragie après la perforation de son aorte. Cette artère principale, très sensible à la décomposition, aura totalement disparu sur un squelette. Dans ce cas, le légiste est dans l’impossibilité de constater le coup de poignard mortel.
(La suite ci-dessous)
Un criminel qui chercherait à échapper à la justice aurait donc intérêt à ce que le corps reste dehors le plus longtemps possible pour qu’il se décompose?
“En effet. Plus le corps met du temps à être retrouvé, plus les traces s’effacent. Heureusement pour nous, les traumatismes mortels visent souvent la tête, le cou et la cage thoracique, ce qui laisse généralement des empreintes sur le squelette, notamment sur le crâne, le larynx et les côtes.”
Qu’en est-il des analyses toxicologiques sur un corps resté près de deux mois en pleine chaleur? Peut-on encore déterminer si la personne a été droguée ou sous l’emprise d’une substance?
“Les échantillons idéaux restent le sang et l’urine. Or, comme le corps se dessèche, ce sont les premiers fluides qu’il devient impossible de prélever. Le médecin légiste se tourne alors vers d’autres tissus, comme les restes du foie, des muscles ou des reins. Les cheveux peuvent aussi parfois parler. Mais il faut toujours garder à l’esprit que certaines substances se dégradent après la mort, ce qui est le cas de la plupart des médicaments. De plus, la décomposition produit elle-même d’autres molécules, comme la réaction chimique qui donne l’odeur d’ammoniac typique d’un corps en putréfaction.”