Ceuta : qui orchestre la campagne en ligne pour le 15 août ?

Ceuta : qui orchestre la campagne en ligne pour le 15 août ?

Alors que l'Espagne peine encore à digérer l'arrivée de 72'000 personnes la semaine dernière à Ceuta, la Guardia Civil met en garde contre une possible nouvelle vague d'arrivées massives dans l'enclave espagnole. Une mobilisation en ligne circule depuis fin juillet, mais son origine reste énigmatique.

La Guardia Civil espagnole évalue le risque d'une nouvelle arrivée massive de personnes en provenance du Maroc pour le 15 août. Selon un rapport consulté par la télévision publique RTVE, les autorités restent toutefois prudentes : il ne s'agit pas d'une menace confirmée, mais d'une "convocation numérique active" dont la taille et les auteurs demeurent incertains.

Des appels massifs sur les réseaux sociaux

Depuis fin juillet, des messages circulent activement sur Facebook, WhatsApp et Instagram. La date du 15 août y est répétée en boucle, au milieu de discussions logistiques. Ces groupes cumuleraient plus de 400'000 membres, un chiffre brut que la Guardia Civil invite à interpréter avec grande précaution.

Ce qui inquiète les autorités espagnoles, c'est surtout la persistancede cette date du 15 août dans les messages.

La Garde civile espagnole refuse explicitement toute attribution — ni au Maroc, ni à un réseau de passeurs identifié. Elle parle seulement une "certaine forme de facilitation numérique" indéterminée.

Cette prudence rejoint les doutes qui entourent déjà l'origine de la première vague de la semaine passée.

Reuters et l'AFP citent l'analyste espagnol José María Gil Garre, de l'Université de Murcie, qui identifie dans son enquête au moins cinq groupes Facebook directement liés à la campagne, réunissant conjointement plus de 250'000 membres. L'une de ces communautés majeures, intitulée "Hraga Ceuta" (ou "Hrig Sebta"), comptait plus de 20'000 abonnés. Il affirme également que des groupes WhatsApp, associés à des numéros algériens (+213), auraient joué un rôle coordinateur central.

Mais contacté par la RTS, Chema Gil appelle lui-même à une grande prudence méthodologique: l'identité civile derrière ces numéros reste pour l'instant impossible à établir. Il reste injoignable pour un entretien contradictoire.

Des groupes Facebook devenus inaccessibles

Face à ce flou, la cellule data de la RTS a recherché les cinq groupes Facebook censés être au cœur du mouvement. Résultat: ils sont tous devenus inaccessibles. Il ne reste que des traces partielles indexées sur Google — des fragments de posts, mais pas les messages complets. La cellule data de la RTS poursuit ses investigations pour tenter d'identifier un éventuel acteur derrière cette mobilisation numérique.

Du côté de la Commission européenne, même prudence. Contacté par la RTS, son porte-parole indique que des acteurs liés aux menaces de manipulation et d'ingérence étrangères ont bien amplifié certaines affirmations de façon opportuniste... mais après la crise. Il cite notamment la Russie.

Bruxelles reste prudente

Pour l'heure, avec les informations à disposition, Bruxelles refuse de tirer la moindre conclusion.

Malgré l'ampleur de la crise, aucun mécanisme contraignant du droit européen n'a été activé — ni par l'Espagne (pas de demande formelle au titre du Digital Services Act), ni par la Commission de sa propre initiative envers Meta ou TikTok spécifiquement.

Seules des mesures volontaires, dans le cadre du Code de conduite contre la désinformation, ont été prises par les plateformes.

Pour le moment personne n'a été capable d'établir qui a déclenché quoi — et aucun des outils juridiques européens censés y répondre n'a été activé.

afp/jop

L'Espagne menace l'Italie de mesures de rétorsion si Rome maintient ses contrôles aux frontières

L'Espagne a menacé vendredi l'Italie de mesures de rétorsion si Rome ne levait pas rapidement la suspension de la libre circulation entre les deux pays, consécutive aux événements de Ceuta la semaine dernière.

>> Lire à ce sujet : Les autorités de Ceuta alertent sur la situation des mineurs restés sur place

"Nous appelons le gouvernement italien à revoir sa position, à mettre fin aux contrôles et à traiter les Espagnols comme les autres citoyens européens", a averti vendredi le gouvernement espagnol dans un communiqué. "S'il ne le fait pas avant la fin de la journée du dimanche 9 août, l'Espagne sera contrainte d'adopter des mesures proportionnelles pour protéger les intérêts et la dignité de ses citoyens."

Il a fustigé l'Italie pour une mesure qu'il a qualifiée "d'inéquitable, contraire aux intérêts de l'UE et discriminatoire pour la population espagnole". Le communiqué ne précisait pas la nature des représailles envisagées.

Il rappelle aussi qu'aucune des personnes arrivées à Ceuta la semaine dernière n'a pu entrer dans l'espace Schengen, en vertu des règles migratoires applicables à l'enclave.

>> Lire à ce sujet : L'espace Schengen n'a pas été compromis durant la crise à Ceuta, assure Madrid aux membres de l'UE