Rage : l’interdiction du transport d’animaux s’étend

Rage : l’interdiction du transport d’animaux s’étend

Pour freiner la propagation de la rage du raton laveur, le ministère québécois de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs étend l’interdiction du transport d’animaux vecteurs de la maladie à 53 municipalités en Estrie, en Montérégie et au Centre-du-Québec.

Outre les ratons laveurs, l'arrêté ministériel cible les mouffettes rayées, les renards gris et roux, ainsi que les coyotes et leurs hybrides.

Ces nouvelles restrictions, qui entraient en vigueur vendredi, devraient se prolonger jusqu’au 6 octobre prochain, voire plus tard, pour protéger la santé du public et de la faune, a fait savoir le ministère.

Elles interviennent alors qu’un premier cas de contamination d’un chat errant à Godmanchester, en Montérégie, a démontré le risque de transmission de la maladie aux animaux domestiques.

Fin juillet, trois personnes ont reçu un traitement préventif après avoir été mordues et griffées par le félin en question.

283 municipalités concernées

Pas moins de 283 municipalités sont désormais concernées par cette interdiction de déplacement qui est instaurée graduellement depuis juin 2025.

Nous voulons éviter que des gens déplacent ces animaux, même si ce n’est pas très loin, afin qu’ils ne propagent pas la rage sur ce territoire-là. Cela complexifie nos opérations de vaccination et cela fait augmenter les risques, rappelle la coordonnatrice provinciale de la gestion de la rage au sein du ministère de l'Environnement, Marianne Gagnier.

Marianne Gagnier à l'extérieur.

Marianne Gagnier est biologiste et coordonnatrice provinciale de la gestion de la rage au sein du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Pour contrer la progression de la maladie, les agents de protection de la faune ont en effet mené plusieurs opérations de vaccination à l'aide d'appâts et de campagnes de capture ciblées, comme celle qui a eu lieu fin juin en Montérégie.

Mme Gagnier précise qu'il n’est pas rare que des citoyens déplacent des animaux sauvages sans être au courant de l’interdiction et des risques de propagation de la maladie.

Or, la rage n’est pas toujours détectable à l'œil nu. Un animal en apparence sain peut être porteur du virus. Ce dernier peut rester latent et se développer silencieusement pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, avant que les premiers signes physiques ou comportementaux finissent par se manifester.

Un élément vraiment important, c'est que cette interdiction-là s’applique à monsieur et madame Tout-le-Monde, mais aussi aux compagnies et aux piégeurs professionnels. Donc il n'y a pas de passe-droit, l'application est en vigueur pour tout le monde.

Les exterminateurs contraints de s’adapter

Une mouffette rayée dans les herbes.

La mouffette rayée peut aussi être porteuse de la rage. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / iStock / bobloblaw

Les restrictions de déplacement pour les espèces vectrices de la rage ont ainsi des répercussions directes pour les exterminateurs, qui doivent adapter leurs méthodes de travail.

Désormais, plus question de déplacer un animal sauvage qui s’est invité dans un cabanon de jardin ou dans les combles d’une maison. Il doit être géré sur son lieu de capture.

À l'époque, on les déplaçait de 20, 30, 40 km, donc on avait quand même une latitude pour venir corriger le bâtiment avant même qu'un animal se représente, explique le directeur général d’Abat Extermination, Samuel Genest.

Aujourd’hui, on comprend qu’avant de rouvrir la cage, il va falloir que le point d'entrée soit instantanément corrigé, ce qui nous laisse peu de temps, poursuit-il.

Si un raton laveur est dans un grenier, on va le capturer, mais on doit le faire sortir dans sa zone. Il va essayer de revenir, alors il faut pouvoir donner tous les renseignements possibles pour que les gens puissent protéger leur résidence, confirme Hélène Bouchard, présidente sortante de l’Association québécoise de la gestion parasitaire, qui est aussi à la tête de l’entreprise MBM Gestion parasitaire.

Ces contraintes peuvent faire augmenter les coûts de l’intervention, en raison de l’urgence à agir pour calfeutrer un bâtiment ou bloquer une porte d’entrée.

Ça va coûter plus cher, donc si le budget ne suit pas, ça vient compliquer la vie de tout le monde : pour nous qui leur apprenons la mauvaise nouvelle et pour les clients qui doivent assumer une capture et une intervention de correction de bâtiment dans un délai très, très court, observe Samuel Genest.

Selon lui, de nombreux exterminateurs préfèrent désormais limiter leurs interventions ou diriger leurs clients vers des trappeurs spécialisés, tout en se concentrant sur l'adaptation du bâtiment. On fait beaucoup affaire avec les associations et la Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec, explique-t-il.

L’entreprise d’Hélène Bouchard, qui couvre les régions de Montréal et de Québec, a de son côté complètement mis sur pause ses services de relocalisation pour la période d’interdiction.

Aucune de ces deux entreprises ne pratique par ailleurs l’euthanasie des animaux. S’il y a suspicion de rage, ils en réfèrent directement aux autorités compétentes.

Vigilance collective

Les citoyens de l'Estrie, de la Montérégie et du Centre-du-Québec sont invités à signaler la présence d'animaux sauvages trouvés morts et ceux qui semblent désorientés, blessés, anormalement agressifs ou paralysés, en appelant le 1 877 346-6763 (du lundi au vendredi, de 8 h 30 à 16 h 30), ou en remplissant le formulaire en ligne.

Selon le dernier bilan du ministère de l’Environnement, 220 cas de rage du raton laveur ont été détectés au Québec entre décembre 2024 et juillet 2027. Toutefois, comme le précise Marianne Gagnier, ce nombre est sans doute en deçà de la réalité, et la vigilance collective est de mise.

Vivre en bonne intelligence avec la faune

Un raton laveur à côté d'un barbecue.

Un raton laveur près d'ustensiles de barbecue, dans la région de Lanaudière.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon Hélène Bouchard, ses équipes passent beaucoup de temps au téléphone pour expliquer qu'il est normal de croiser des animaux sauvages sur son terrain et enseigner des mesures de prévention.

Si les gens voient un raton laveur se promener dans leur cour, tout de suite ils veulent faire une relocalisation, mais dans les faits, c'est normal. On ne le veut pas à l'intérieur de notre maison, mais lorsqu'on n'a pas de dommage causé, c'est normal que la faune vive, qu'on cohabite ensemble, finalement.

Marianne Gagnier, qui partage cet avis, rappelle qu'il est tout à fait normal de croiser des animaux sauvages en milieu urbain, car ils y trouvent naturellement de la nourriture et des abris.

En raison de l’interdiction de relocalisation, elle recommande de mettre en place de bonnes pratiques de cohabitation afin de rendre notre milieu de vie moins attrayant pour eux.

D’abord en évitant de laisser traîner de la nourriture et en sécurisant l’accès aux poubelles, aux bacs à compost, aux potagers ainsi qu’aux poulaillers. Ensuite, en bloquant les points d’entrée dans les bâtiments, notamment au-dessus des galeries et dans les entretoits.

Enfin, elle préconise la vaccination des animaux de compagnie : C’est très important en ce moment, car certains peuvent aller à l’extérieur, être en contact avec des ratons laveurs ou des mouffettes qui ont la rage. La transmission peut se faire comme ça.

Les chats sont extrêmement à risque, abonde Hélène Bouchard. Et c’est très important de ne pas nourrir les oiseaux par les temps qui courent. En effet, la distribution de graines à l'extérieur attire inévitablement d'autres espèces opportunistes.

La rage, rappelons-le, est une maladie mortelle pour l’être humain si elle n’est pas immédiatement prise en charge.

Si vous êtes mordu, griffé ou que vous entrez en contact avec la salive d’un animal infecté, les autorités sanitaires recommandent de nettoyer la plaie rigoureusement à l’eau savonneuse durant 10 à 15 minutes, et d’appeler sans tarder Info-Santé 811 pour coordonner une intervention médicale d’urgence.

Avec les informations de Pierre Chapdelaine de Montvalon

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