REPORTAGE. "Ça me rend folle !" : dans ce village du Tarn, l'invasion de punaises de colza transforme le quotidien des habitants en calvaire
l'essentiel Volets clos, panique et dépenses incontrôlables : à Couffouleux (Tarn), la route de Parisot est le théâtre d’une invasion d’une ampleur inédite. Depuis plusieurs jours, des milliers de punaises de colza déferlent sur les habitations, s'infiltrent dans les logements et poussent les riverains à bout de nerfs. Entre détresse psychologique et conséquences lourdes pour le quotidien de familles vulnérables, le quartier vit un véritable calvaire.
Sur la route de Parisot, à Couffouleux, des taches rougeâtres parsèment le sol. À chaque passage de voiture, les punaises de colza, difficiles à repérer à l’œil nu sur le béton, sont écrasées sur la chaussée. Depuis quelques jours, ces insectes, inoffensifs pour l’homme, ont quitté les champs après les moissons pour se réfugier sur les façades des maisons voisines. Un phénomène accentué par les fortes chaleurs et le temps sec. "Ça a commencé le 16 août, raconte Isabelle, qui vit dans le quartier. C’est la première fois que ça nous arrive."
Dimanche dernier, en fin de journée, cette mère de famille sort son chien. À peine la porte d’entrée ouverte, elle découvre ses murs envahis, au point de les voir presque entièrement noircis. "Franchement, sur le moment, c’est impressionnant." Immédiatement, elle cherche à les faire partir. Soufre, vinaigre : rien n’y fait. "J'étais en panique, je n'arrêtais pas de pleurer", raconte cette Couffoulésienne.
"On vit barricadé !"
La situation devient plus pénible encore lorsqu’elle constate que les petites bêtes parviennent à pénétrer à l’intérieur de la maison. Résultat : elle et sa famille se barricadent. Du scotch est posé autour des fenêtres, tandis que les volets restent constamment baissés.
"On vit dans le noir depuis une semaine. On ne peut même plus aérer", regrette-t-elle. Mais cette solution a ses limites. Son mari et sa fille, atteints d'une maladie génétique, ont besoin de soins quotidiens. Après le passage des soignants, le salon est rapidement infesté. Pourtant en vacances, Isabelle passe finalement son temps à nettoyer.
À cette contrainte s’ajoute désormais le coût des produits achetés pour essayer de les éloigner. "Entre 20 et 40 euros l'insecticide, à force ça me coûte presque le fauteuil roulant de mon mari. Je ne sais plus quoi faire, à part faire vivre la RAGT", ironise-t-elle, alors que les dépenses s’accumulent sans qu’aucune des solutions testées ne semble réellement fonctionner. Car si les punaises de colza ont tendance à se faire discrètes le matin, elles reviennent, selon elle, chaque fin d'après-midi.
"J'ai un cimetière devant ma maison"
Sandra, sa voisine la plus proche, est aussi concernée. "Quand Isabelle m’en a parlé, je n’avais encore rien", raconte-t-elle. Mais le répit est de courte durée : dès le lendemain, les punaises envahissent à leur tour les murs de sa maison.
"J’ai un cimetière devant ma porte !", lance-t-elle en montrant du doigt l’amas d’insectes morts qui s’est formé au fil des jours. Pire : après seulement quelques minutes passées dehors, les insectes grimpent sur les vêtements et le corps. Une présence qu’Isabelle et Sandra décrivent comme "véritablement pesante" et qui les pousse à prendre jusqu’à trois douches par jour pour s’en débarrasser.
Et les nuisances ne s’arrêtent pas là. Un voisin a retrouvé les filtres de sa piscine remplis de punaises, à peine 24 heures après les avoir changés. Plus proche encore des champs, une autre riveraine en compte, elle aussi, des centaines autour de sa maison. "Je ne lâche pas l'aspirateur de la journée, ça me rend folle !", lâche-t-elle.
Reste une question pour les riverains : combien de temps cette invasion va-t-elle durer ? Dans le quartier, tous redoutent de devoir vivre avec ces insectes pendant plusieurs semaines. "À force, ça joue sur le moral, expliquent-ils à l'unisson. Il faudrait que l’année prochaine, l’agriculteur plante autre chose que du colza."