Santé. Hypertension artérielle : pourquoi cette maladie silencieuse exige-t-elle un traitement régulier ?

Santé. Hypertension artérielle : pourquoi cette maladie silencieuse exige-t-elle un traitement régulier ?

La pression artérielle correspond à la force exercée par le sang sur la paroi des artères. Elle se mesure à l’aide de deux chiffres : la pression systolique, lorsque le cœur se contracte, et la pression diastolique, lorsqu’il se relâche. On parle d’hypertension artérielle lorsque la pression systolique prise au cabinet médical est supérieure ou égale à 140 mmHg et/ou la pression diastolique supérieure ou égale à 90 mmHg. En cas d’auto-mesure, les chiffres à ne pas dépasser sont respectivement de 135/85. « Il suffit qu’un seul des deux chiffres soit élevé pour parler d’hypertension », précise le Dr Yara Antakly Hanon. « Et lorsqu’un chiffre élevé est retrouvé, il est indispensable de le confirmer, soit lors d’une seconde consultation, soit par des mesures en dehors du cabinet médical. »

En France, l’HTA concerne environ 17 millions de personnes. « Près de 6 millions de Français ignorent qu’ils souffrent d’HTA. C’est une maladie souvent asymptomatique. Moins de 10 % des patients présentent des signes comme des maux de tête, des vertiges ou des saignements de nez, qui restent peu spécifiques », explique-t-elle. Autre difficulté : le manque de dépistage. « Certains patients ne consultent pas. D’autres ont déjà présenté des chiffres élevés, mais on les attribue à tort à un stress ponctuel. Or, il ne faut jamais banaliser une tension élevée. »

Une maladie qui expose à des complications graves

L’hypertension artérielle fragilise progressivement les vaisseaux sanguins. « Une pression trop élevée entraîne un épaississement des artères, qui peuvent aussi se dilater ou se rompre, tout en augmentant le travail du cœur. » Les conséquences peuvent être multiples et sévères. « Les complications concernent tous les organes », alerte le Dr Yara Antakly Hanon. « Au niveau du cerveau, le risque majeur est l’accident vasculaire cérébral. » L’HTA est également impliquée dans le développement de troubles cognitifs. « On sait aujourd’hui qu’elle favorise les démences, notamment la maladie d’Alzheimer, chez les patients non traités », ajoute-t-elle.

Le cœur est lui aussi exposé, « avec un risque d’angine de poitrine, d’infarctus du myocarde ou d’insuffisance cardiaque ». Ce n’est pas tout ! « Les reins peuvent être atteints, évoluant vers une insuffisance rénale sévère nécessitant une dialyse. D’où l’importance d’une prise en charge précoce. Plus l’hypertension est traitée tôt, plus on limite ces risques à long terme », insiste la cardiologue.

Adhérence au traitement : un facteur clé pour éviter les complications

L’hypertension artérielle est une maladie chronique qui nécessite un traitement au long cours, en complément des mesures hygiéno-diététiques. Les médicaments permettent de contrôler efficacement la tension et de réduire significativement le risque de complications.

« Traiter l’hypertension, c’est réduire le risque d’infarctus, d’insuffisance cardiaque, d’AVC », souligne le Dr Yara Antakly Hanon. Pourtant, l’adhésion au traitement reste insuffisante. En cause : l’absence de symptômes. « Les patients ne ressentent rien. On leur demande de prendre un traitement pour une maladie dont ils ne se plaignent pas. C’est tout l’enjeu. »

Améliorer l’adhérence passe d’abord par l’information. « Il faut une véritable consultation d’annonce, prendre le temps d’expliquer que l’hypertension n’est pas qu’un chiffre, mais un risque réel pour les vaisseaux et les organes. » La simplification des traitements constitue un autre levier majeur.

L’implication du patient est également essentielle. « L’automesure est un outil très pédagogique. Elle permet au patient de visualiser ses chiffres, de constater l’effet du traitement et de mieux comprendre son intérêt. On sait que les patients qui pratiquent l’automesure sont plus impliqués et mieux observants. » L’écoute des effets secondaires est tout aussi déterminante. « Un patient qui ne se plaignait de rien et qui développe des effets indésirables risque d’arrêter son traitement si on ne l’accompagne pas. Il faut adapter si nécessaire. »

Enfin, un suivi régulier permet d’ajuster la prise en charge et d’atteindre les objectifs. « Dans la grande majorité des cas, on parvient à contrôler la tension. Les formes réellement résistantes restent rares. »

En parallèle du traitement, les mesures hygiéno-diététiques restent indispensables : réduction du sel, activité physique régulière, limitation de l’alcool, perte de poids en cas de surpoids et prise en charge des autres facteurs de risque cardiovasculaire (tabagisme, excès de mauvais cholestérol). « L’hypertension est une maladie silencieuse, mais ses conséquences ne le sont pas. Bien suivie, elle peut être contrôlée efficacement. C’est un enjeu majeur de prévention », conclut le Dr Yara Antakly Hanon.