Santé. Téléconsultations : payer cinq euros pour être pris en charge plus vite ? Le coupe-file fait polémique
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Téléconsultations : payer cinq euros pour être pris en charge plus vite ? Le …
Dans certaines pharmacies équipées de cabines de téléconsultation, des patients peuvent désormais payer quelques euros supplémentaires pour accéder plus rapidement à un médecin. Une pratique légale, mais qui suscite de vives critiques au nom de l'égalité d'accès aux soins.
La rédaction -
Aujourd’hui à 19:30 | mis à jour aujourd’hui à 22:38
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Attendre plusieurs dizaines de minutes, voire davantage, ou payer quelques euros pour accéder plus rapidement à un médecin. C'est le choix auquel certains patients sont désormais confrontés lorsqu'ils utilisent un service de téléconsultation. La diffusion virale sur les réseaux sociaux d'une borne de téléconsultation de la société Tessan a révélé le dispositif au grand public. Face à une file d'attente de sept patients, avec un délai estimé entre 1h40 et 1h50, un message proposait : « Souhaitez-vous passer en priorité dans la file d'attente pour 5 euros ? » La publication culmine désormais à 4,5 millions de vues, déclenchant une importante polémique.
Le cas de Tessan est loin d'être isolé. Plusieurs plateformes - Qare, Kry (anciennement Livi), MédecinDirect - proposent des prestations supplémentaires payantes permettant notamment d'obtenir plus rapidement un rendez-vous, les montants pouvant atteindre entre cinq et 20 euros selon les plateformes et les services proposés. Des frais, non remboursés par l'Assurance maladie, qui s'ajoutent au prix de la consultation médicale, lequel reste soumis au tarif conventionné.
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Autorisé par le Code de la santé publique
Alors que la téléconsultation est souvent destinée à faciliter l'accès aux soins, notamment dans les territoires où les médecins sont moins nombreux, la charge d'un supplément présenté comme permettant de réduire l'attente pose une question d'égalité. Face aux réactions, Tessan reconnaît une formulation « ambiguë » du message et assure que son dispositif a été mal compris. Les cinq euros ne permettent pas de doubler les autres patients dans une même file d'attente, mais donne accès à une autre salle d'attente virtuelle, avec des médecins disponibles, se défend l'entreprise.
Sur le plan juridique, le Code de la santé publique prévoit que, pour une téléconsultation prise en charge par l'Assurance maladie, le patient ne peut pas se voir réclamer d'autres montants que ceux correspondant aux tarifs conventionnels. Mais le même texte autorise les entreprises à proposer « d'autres prestations optionnelles complémentaires à titre onéreux », à condition que le patient soit informé au préalable de leur caractère facultatif. Cette disposition est en vigueur depuis le 1er septembre 2024.
C'est sur cette nuance que s'appuient les plateformes concernées pour proposer des services supplémentaires facturés directement au patient. « Les frais auxquels vous faites référence ne rémunèrent pas l'acte médical lui-même et ne permettent pas de bénéficier d'une qualité de prise en charge médicale supérieure. Ils correspondent à un service complémentaire et financent l'organisation humaine, opérationnelle et technologique nécessaire pour proposer, par exemple, une mise en relation avec un professionnel de santé en moins de dix minutes ou un accès au service 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », explique la plateforme Kry. « Nous ne considérons donc pas que ce modèle introduise une inégalité dans l’accès aux soins. La consultation et les exigences de qualité médicale sont les mêmes, quel que soit le mode d'accès choisi. »
« Une dérive mercantiliste »
Mais, pour le Conseil national de l'Ordre des médecins, les frais supplémentaires posent un problème de principe : « Le Conseil national est opposé à tous les frais, même optionnels en lien avec la consultation », nous indique-t-on. L'UFML (Union française pour une médecine libre), syndicat interprofessionnel de médecins, est sur la même longueur d'onde. « C'est scandaleux et ça n'a pas lieu d'être. C'est une espèce de dérive mercantiliste et commerciale de la médecine, alors que la médecine n'est pas un commerce et que la santé n'est pas un bien de consommation. Les gens qui font du gras sur les soignants et sur les patients, ça suffit ! », s'indigne son président le Dr Jérôme Marty.
L'Assurance maladie rappelle, de son côté, que les tarifs de la téléconsultation remboursable doivent respecter les règles conventionnelles et que « toute majoration tarifaire conditionnant l'accès à la téléconsultation, y compris sous forme de coupe-file est interdite ».
Derrière les quelques euros demandés pour réduire une attente se relance le débat plus large de l'accès aux soins. « Dans les zones où il y a de très grosses difficultés, la téléconsultation est un palliatif. Le problème, c'est qu'on voit ces cabines fleurir un petit peu partout et que c'est du McDo de la médecine. Ce sont des consultations souvent très courtes, parcellaires et qui souvent se soldent par "allez voir votre médecin traitant" », se lamente Jérôme Marty. « Ce qu'il faut, c'est favoriser l'installation des médecins, en particulier des jeunes, en leur facilitant la vie », conclut-il.
« Honte », « inadmissible »... le coup-file scandalise
Les frais supplémentaires pour obtenir un rendez-vous plus rapidement font vivement réagir. « C'est encore une proposition mercantile qui lèserait les personnes disposant de faibles revenus. L'humain n'est plus au centre des préoccupations, c'est seulement l'argent », s'indigne Patricia, 68 ans. 3C'est inadmissible, comme les consultations non-conventionnées », abonde Alain, 73 ans.
« Une honte, comme toujours on ne prête qu'aux riches, aux privilégiés », déplore pour sa part, Jean-François, originaire de Colmar (Haut-Rhin). « Ça veut dire qu’on n’est plus tous égaux face à la maladie, c’est un sacerdoce ou l’exploitation financière de la maladie. Alors, on retourne au Moyen Âge et les plus riches s’en sortent », plussoie Sandrine, 55 ans. « Je pourrais payer plus pour des rendez-vous plus rapides, mais ce serait bafouer l’égalité et la fraternité inscrites sur les frontons de nos mairies », indique pour sa part Jérôme.
Pour Martial, en revanche, « il faut laisser le choix aux patients », entre « attendre six heures aux urgences ou payer quelques euros en plus ». Marie, originaire de Fréjus (Var), confie, elle, avoir fait l'expérience de frais supplémentaires, sans regret : « Mon mari avait des problèmes de mémoire et pour obtenir une IRM du cerveau, il fallait attendre plusieurs mois. À l'hôpital de Nice, une possibilité s’est offerte en consultation privée, en payant un supplément pour un délai réduit à deux semaines. J’ai accepté pour réduire le temps et l’inquiétude. »