Sécurité routière. « Stigmatisant » : pourquoi le macaron S sur les voitures des seniors est vivement critiqué
Le macaron reprend le principe visuel du célèbre macaron A - pour « apprenti », apposé obligatoirement sur les voitures des jeunes conducteurs. Il vise à prévenir le véhicule qui suit qu’une conduite peut nécessiter davantage de patience. Mais si le A est réglementaire, le S, lui, relève d’une initiative associative. Et donc d'une démarche volontaire des automobilistes. La Sécurité routière précise d'ailleurs qu’aucun texte ne prévoit de le rendre obligatoire. La rumeur revient pourtant en ce mois de septembre sur les réseaux sociaux, alors que le bilan 2025 de la Sécurité routière vient d’être publié et que les conditions de renouvellement du permis sont à nouveau discutées.
« Toute la polémique récente est partie d’une fake news et, malheureusement, ça ne nous a pas fait du bien », estime Gilles Renard, président de Signal Senior. Il dit avoir imaginé le macaron après une conversation avec sa mère : « On ne sait pas que c’est une personne âgée au volant. » Inspiré, selon lui, d’un dispositif japonais, le S doit permettre aux automobilistes qui suivent d’identifier une conduite susceptible d’être plus lente ou hésitante.
Une protection perçue comme une étiquette
Mais à Strasbourg (Bas-Rhin), Patricia, 71 ans, refuse « ce macaron stigmatisant » : « À quoi servirait-il ? À mettre sur le compte de l’âge tous les mauvais comportements au volant ? » À Holtzwihr (Haut-Rhin), Carmen, 78 ans, préfère un contrôle fondé sur les capacités : « Je suis pour une réévaluation de nos connaissances du code de la route et, sous contrôle médical, d'identifier les pathologies qui peuvent être délétères pour la conduite. Mais le macaron S, je suis contre. » À Oberbronn (Bas-Rhin), Eric, 55 ans, défend au contraire le signal : « Que ce soit un véhicule avec un S ou une auto-école, il faut faire preuve d’indulgence. »
Pour Gilles Renard, « le S signale une conduite différente, une personne qui ralentit plus, parfois moins vigilante ». Son objectif reste d’inciter les autres automobilistes à adapter leur comportement. Il indique par ailleurs qu’une grande partie des macarons sont achetés par des proches pour leurs parents ou grands-parents.
Des chiffres qui nuancent la perception
Le bilan définitif 2025 de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) compte 3 263 morts sur les routes de France métropolitaine, dont 920 personnes âgées de 65 ans ou plus. Rapportée à la population, la mortalité reste plus élevée chez les 18-24 ans - qui conduisent toutefois plus : 96 tués par million d’habitants, contre 70 chez les 75-84 ans et 83 chez les 85 ans ou plus.
L’ONISR indique que les personnes âgées ont moins d’accidents que les autres classes d’âge, mais que leurs accidents sont plus graves en raison de leur vulnérabilité physique. En 2025, 17 % des blessés graves estimés avaient 65 ans ou plus, soit environ 2 900 personnes. Ces données ne permettent pas de juger l’aptitude d’un conducteur en particulier. Dans son rapport sur la directive européenne, l’Assemblée nationale relève que les 65 ans et plus représentent 22 % des présumés responsables d’accidents mortels, soit une proportion comparable à leur poids dans la population. Chez les 18-24 ans, cette part atteint 19 % pour 8 % de la population. L’ONISR souligne que les aptitudes nécessaires à la conduite évoluent avec l’âge, mais de manière très variable. La Sécurité routière recommande donc un suivi régulier de l’état de santé.
Le permis en toile de fond
La directive européenne 2025/2205, adoptée le 22 octobre 2025, prévoit une validité administrative de 15 ans pour les permis des catégories courantes, dont le B. Les États peuvent réduire cette durée à partir de 65 ans afin de contrôler plus fréquemment l’aptitude. Pour ces catégories, l’examen médical n’est toutefois qu’une option : il peut être remplacé par une autoévaluation ou un système national d’évaluation. La transposition doit intervenir au plus tard le 26 novembre 2028, pour une application à partir du 26 novembre 2029. En France, la catégorie B reste aujourd’hui valable sans limitation de durée, sauf restriction individuelle, tandis que le titre physique est renouvelé tous les 15 ans. Il n’existe pas de visite médicale périodique imposée du seul fait de l’âge.
Le 19 août 2026, l’Assemblée nationale a adopté une résolution demandant au gouvernement de privilégier l’autoévaluation plutôt qu’une visite médicale obligatoire lors de la future transposition. Le texte ne crée aucun nouveau contrôle et ne concerne pas le macaron S. À Guebwiller (Haut-Rhin), Clarisse, 60 ans, interroge le seuil : « Est-ce que l’âge de 65 ans est le bon critère ? » À Caluire-et-Cuire (Rhône), Maurice, 81 ans, ancien commercial, estime : « Il y a des personnes de ma génération qui ont plus de difficultés, comme il y en a de plus jeunes. » Pour Gilles Renard, le S n’a jamais eu vocation à régler cette question. « Le premier acteur, c’est la famille », insiste-t-il, défendant un accompagnement progressif lorsque les capacités diminuent.