Reportage Afrique - Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

Reportage Afrique - Science-fiction africaine: Sun Xa Experiment, héritiers sud-africains de l'afrofuturiste Sun Ra [5/5]

La musique de Sun Ra, le roi de l’afrofuturisme, continue de résonner et d’inspirer des artistes, tels que la chanteuse américaine Janelle Monáe ou le producteur Flying Lotus. En Afrique du Sud, le jazzman étatsunien disparu en 1993 et sa mythologie cosmique – il disait venir de Saturne – ont notamment influencé un groupe actuel du township de Soweto : le Sun Xa Experiment. Il tente de prolonger sa philosophie de la musique, en y mêlant les traditions africaines.

De notre correspondante à Johannesburg, 

Le lieu de répétition du Sun Xa Experiment se trouve au cœur du township, dans un bâtiment à l’arrière d’une maisonnette tout ce qu’il y a de plus banal. Le bassiste, Tebogo Mkhize, nous entraîne dans une grande pièce à l’ambiance feutrée, pleine de trésors, suspendue hors de l’espace et du temps. « Si vous avancez un peu, sur la gauche, il y a des platines, avec plein de vinyles. Puis, si vous regardez tout autour de vous, on trouve de l’art et même des accessoires comme ce crâne, vous nous verrez parfois avec sur scène, d’autres fois sans, raconte-t-il. Et encore sur la gauche, c'est la partie studio, où on a nos boîtes à rythmes, nos contrôleurs, des enceintes et des écrans. »

Lebohang More a participé à la fondation du collectif, il y a plus de 10 ans. Et c’est bien la découverte de Sun Ra, lorsqu’il avait la vingtaine, qui a agi comme une révélation. « On a d’abord regardé son film, Space is the place, puis un de nos frères à l’époque nous a amené tout son catalogue musical. On s’est plongé là-dedans pendant deux ans !, se rappelle-t-il. On se disait : "C’est quoi ce truc ?" Le morceau sur le cosmos, par exemple, les sonorités, les chœurs… C’est comme ça que tout a commencé. »

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« Retrouver la place qui nous revient en tant que peuple »

L’héritage de ce pionnier de l’Afrofuturisme a été combiné, par le groupe, à une autre référence du free jazz : le Sud-Africain Ndikho Xaba, lui aussi depuis décédé. C’est de là que vient le nom Sun Xa. « Ils jouaient tous les deux du piano, et ils se sont même rencontrés. Ndikho Xaba a quitté l’Afrique du Sud et a vécu en exil à partir des années 70, continuant à jouer sa musique d'avant-garde, explique Buyisiwe Njoko, la chanteuse du groupe. Et avec Sun Ra, tout ça influence ce qu’on fait. »

Le groupe a fait de ces inspirations quelque chose qui lui est propre, une musique qui guérit, selon ses mots, qui en appelle au pouvoir des ancêtres et aux forces cosmiques, et qui se veut aussi novatrice.

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Sur scène, les corps peints des cinq musiciens font partie du spectacle, mêlant théâtre et danse. Et les messages de redéfinition de l’identité noire portés à l’époque aux États-Unis par Sun Ra ont une résonance particulière en Afrique du Sud. « Nous avons une chanson qui parle de récupérer nos terres, de retrouver la place qui nous revient en tant que peuple, pointe Tebogo Mkhize. Il ne s'agit pas d'aller faire la guerre, ou quoi que ce soit, notre mission est plutôt de révéler qui nous sommes réellement, de réaffirmer notre identité. C'est l'un des messages que nous cherchons à faire passer. »

La vision de Sun Ra continue donc d’être refaçonnée par ce collectif, pour imaginer, au travers de la musique, un futur plus libérateur et positif.

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