"Si je lève les bras à Montréal, je préfère que ce soit dans deux semaines" : Remco Evenepoel se livre avant ses grands rendez-vous
La casquette à l'envers vissée sur la tête et l'œil qui pétille à sa sortie de l'ascenseur, Remco Evenepoel balade sa bonne humeur dans les couloirs de l'hôtel Delta de Montréal. "Je viens de regarder la victoire d'Arsenal à Naples (0-1) en Ligue des champions", lance ce grand fan des Gunners. Une décontraction au moment de s'attabler avec les médias présents pour le Grand Prix de Québec qui sonne toujours comme l'indice d'une profonde sérénité.
Arrivé en début de semaine dans la Belle Province pour un séjour de près de trois semaines, le coureur de chez Red Bull-BORA-hansgrohe renoue ce vendredi avec la compétition, 41 jours après sa victoire sur la Clasica San Sebastian et huit jous avant l'ouverture des championnats du monde de Montréal où il rêve du doublé chrono-course en ligne. Avant de défier les Seixas, Del Toro, Pidcock ou Matthews à l'ombre du château Frontenac, le Brabançon a pris le temps de se confier sans filtre.
Paul Seixas: "Remco Evenepoel sera sans doute le grand favori au Canada"Remco, comment allez-vous et comment s'est déroulée votre préparation depuis votre victoire sur la Clasica San Sebastian ?
Bien, merci. Je me rends compte que ce mois d'août a passé très vite (sourire)…. Après San Sebastian, je me suis offert cinq jours de repos, sans vélo, puis j'ai repris l'entraînement avant d'enchaîner avec trois semaines de stage en altitude à Livigno. C'est un contexte de travail particulier : on gère autrement la fatigue, les sensations sont différentes. Mais dans l'ensemble, je suis content. Il reste désormais un peu plus de deux semaines pour arriver à 100 % pour la course en ligne des championnats du monde.
Votre nouvel entraîneur Tim Heemskerk était avec vous à Livigno et on sait que sa présence lors de votre stage en Sierra Nevada, avant le Tour de France, avait été importante. Qu'avez-vous le sentiment qu'il vous a apporté cette fois ?
Il a davantage d'expérience sur l'approche d'un grand tour que sur celle des classiques. Nous avons donc beaucoup parlé et échangé sur comment je pratiquais dans le passé, comment lui voyait les choses. Il m'a aussi dit de ne pas paniquer si le GP de Québec ou celui de Montréal ne se passait pas parfaitement en cette fin de semaine : il reste du temps pour être au top sur le Mondial.
guillementMon rêve de gagner les trois grands tours est toujours là.
Vous sentez-vous plus fort depuis votre 2e place finale sur le Tour ?
Même si certains avaient des doutes, j'ai toujours cru en mon avenir sur les grands tours. J'ai gagné la Vuelta, j'ai terminé deux fois le podium du Tour : les résultats sont là, parlent pour moi et il est clair que j'ai un futur dans les épreuves de trois semaines. J'ai vu cette année qu'avec une préparation très spécifique, bien gérée, et moins de compétition, je suis capable de vraiment faire de belles choses sur ces courses. Mon rêve de gagner les trois grands tours est donc toujours là.
Vous étiez apparu très affûté au départ du Tour. Avez-vous cherché à conserver ce physique ou plutôt à reprendre du muscle dans la perspective des courses d'un jour, plus explosives ?
Je n'ai pas pris beaucoup de poids. Mais on a bossé davantage le sprint, les efforts courts. Les entraînements ont été différents de ceux du Tour, c'est normal : ici, ce ne sont pas des cols de 20 kilomètres, mais des côtes, des circuits nerveux. On a gardé la forme du Tour, tout en remettant quelques nouveaux accents. L'enjeu, c'est de continuer à faire grimper la courbe de forme dans les semaines à venir.
Sur votre compte Strava, vous avez parlé d'un "projet Canada" au moment d'aborder votre préparation début août. Quels objectifs vous êtes-vous fixés ici ?
Pour les GP de Québec et de Montréal, ce sera de retrouver les sensations, me situer. Ensuite, il y aura une semaine de préparation spécifique pour le chrono des championnats du monde, puis une autre pour la course en ligne. Dans chaque épreuve, je vais viser le plus haut classement possible, c'est comme ça que je débute chaque course. Les GP de Québec et de Montréal sont des courses que j'aimerais ajouter à mon palmarès, mais on ne sait jamais comment le corps va réagir à un contexte particulier : ce vol de 7 heures, le décalage horaire de 6 heures à digérer, le retour du stage en altitude… L'arrivée de la course ce vendredi, à Québec, a été modifiée depuis l'année dernière et j'ai le sentiment qu'elle me convient mieux. Il n'y a plus de répit dans l'ascension qui se décomposait autrefois en deux phases et cela fait quand même 1,8 km du pied jusqu'au sommet. Donc je vais clairement essayer un truc ou en tout cas essayer de réduire le groupe pour pouvoir sprinter pour la victoire dans un petit groupe. Ce serait beau de gagner un des deux Grands Prix, peu importe lequel. Idéalement les deux (rires). Mais à Montréal, je préférerais lever les bras dans un peu plus de deux semaines que ce week-end (sourire)…
guillementLe circuit de Montréal, c'est un mix entre l'Amstel et Liège-Bastogne.
À deux semaines de la course en ligne du Mondial qui se déroulera sur le même circuit, à quel point est-il important de pouvoir se tester sur un parcours comme celui de Montréal ?
Ce circuit, c'est un mix entre l'Amstel Gold Race et Liège-Bastogne-Liège. Donc c'est clairement un tracé qui doit me convenir. Enchaîner 17 fois ces petites côtes, ça pèse vraiment dans les jambes à la fin. Mais le parcours des Mondiaux sera encore environ 70 km plus long (NdlR : avec cinq tours de circuit en moins mais une partie en ligne)… Dimanche, ce sera important de retrouver les sensations dans les bosses, de voir à quelle vitesse ça monte, quel tronçon du parcours peut être dangereux pour les attaques. Je veux aussi retrouver le feeling de la course sur circuit.
Mondiaux de Montréal : voici la sélection attendue ce lundi autour d'Evenepoel et van Aert, qui seront les grands favoris en l'absence de Pogacar - CloneVous avez justement déjà dit beaucoup aimer les courses en circuit. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?
Ce que j'aime quand on avale la même boucle à plusieurs reprises, c'est que la course est en général beaucoup plus ouverte. Cela peut se jouer à chaque tour. Sur une course en ligne classique, tu sais par exemple que c'est la Redoute qui sera la clé.
En 2022, vous aviez remporté la Vuelta avant d'être champion du monde. Le Tour d'Espagne a-t-il été une possibilité cette année dans votre programme ?
Cela dépendait du Tour. S'il s'était mal passé, on aurait pu envisager la Vuelta comme préparation pour le Mondial. En 2022, le contexte était différent puisque je n'avais pas disputé la Grande Boucle et que j'avais eu une longue préparation avant le Tour d'Espagne. Mais cette fois, on a vite compris fin juillet que je n'avais plus besoin d'une autre épreuve de trois semaines.
guillementJe n'étais pas devant la télé quand Tadej est tombé, c'est mon soigneur qui m'a averti par message.
Comment avez-vous appris la chute de Tadej Pogacar sur la Vuelta ?
Je n'étais pas devant la télé à ce moment-là, j'avais fait une longue journée d'entraînement à Livigno et j'étais soit en train de me doucher, soit en train de manger, je ne sais plus trop… Au moment de me rendre au massage, mon soigneur David Geeroms m'a envoyé un message pour me demander si j'avais vu ce qu'il s'était passé..
Mondiaux : l'absence de Pogacar place la Belgique comme cible numéro unAvez-vous envoyé un message au Slovène ?
J'ai attendu un peu. Parce que je sais que ce n'est pas toujours très agréable de recevoir 100 000 messages dans ces moments-là. Je lui ai ensuite souhaité un bon rétablissement comme il l'avait fait dans l'autre sens autrefois. En course, on est adversaires mais en dehors du vélo, il y a un respect mutuel.
L'absence de Pogacar sur le Mondial de Montréal va forcément changer les choses. Quel regard portez-vous sur son forfait ?
Dans le vélo, il y a des chutes, des pépins, cela fait malheureusement partie de notre sport, je suis bien placé pour en parler puisque je l'ai moi-même vécu. En 2020, j'étais en grande forme, je gagnais presque toutes les courses puis je suis tombé en Lombardie et je n'étais pas aux championnats du monde. Quelqu'un d'autre en a profité. Mais c'est comme ça, il faut savoir saisir les occasions qui se présentent. C'est clair que le coureur qui a dominé les derniers championnats n'est pas là, donc ça rend forcément la route vers le titre un peu moins difficile. C'est un gros obstacle qui tombe. Mais au niveau de la motivation, rien n'a changé. Elle a toujours été là chez moi.
Quel impact cette absence pourrait-elle avoir sur la tactique belge ? Serge Pauwels a confié que sans Pogacar, cela changeait tout et qu'il faudra prendre ses responsabilités…
Cela modifie forcément l'équation. Quand Tadej est là, tout le monde pense savoir ce qui va se passer, beaucoup adoptent une stratégie défensive pour essayer de le suivre. Ce n'est pas facile de le surprendre, il faut imaginer de nouveaux plans. Mais je ne suis pas trop du genre à aimer parler de nos plans publiquement comme Serge l'a fait, je trouve qu'il vaut mieux garder ça pour nous.
Avez-vous déjà songé à la perspective d'un doublé arc-en-ciel chrono-course en ligne ?
Oui, c'est un objectif que j'aimerais réaliser dans ma carrière. Devenir double champion du monde, ça doit être sympa, d'autant que par rapport aux JO, où j'avais pris les deux médailles d'or, on roule avec deux maillots distinctifs pendant un an…
Vous partagerez le leadership de l'équipe belge avec Wout van Aert sur le Mondial. Quelle impression vous fait-il actuellement sur la Vuelta ?
Il démontre qu'il est vraiment en forme. Cela dit, il reste encore plus de deux semaines avant la course en ligne des championnats du monde et il faudra garder cette condition. Wout a assez d'expérience pour gérer ça. C'est top de voir qu'il est prêt car c'est toujours un avantage de disposer de deux gros atouts. S'il arrive quelque chose à l'un, l'autre peut encore prendre le relais, ou l'inverse. C'est logique de fonctionner ainsi. On a tous les deux prouvé ces dernières années qu'on répond presque toujours présent sur les grands rendez-vous qu'on se fixe. Le parcours de Montréal doit convenir à Wout aussi et je trouve tout à fait logique qu'on parte avec deux leaders, soutenus par une très forte équipe.
Remco Evenepoel n'est pas rassasiéPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.