« Signal d’alarme », « heure de vérité » : la victoire de l’extrême droite en Allemagne fait réagir en France

« Signal d’alarme », « heure de vérité » : la victoire de l’extrême droite en Allemagne fait réagir en France
Ulrich Siegmund, tête de liste du parti d'extrême droite « Alternative pour l'Allemagne » (AfD), lève le pouce lors de la soirée électorale de l'AfD, après la publication des sondages à la sortie des urnes concernant les élections régionales en Saxe-Anhalt, à Magdebourg, en Allemagne, le 6 septembre 2026.

Ulrich Siegmund, tête de liste du parti d'extrême droite « Alternative pour l'Allemagne » (AfD), lève le pouce lors de la soirée électorale de l'AfD, après la publication des sondages à la sortie des urnes concernant les élections régionales en Saxe-Anhalt, à Magdebourg, en Allemagne, le 6 septembre 2026.

© REUTERS / REUTERS

Le parti d’extrême droite AfD a largement remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt. À gauche, au centre et à droite, les responsables politiques français tirent déjà les leçons de ce scrutin.

Une victoire historique dont l'echo dépasse largement les frontières de l'Allemagne. Ce dimanche 6 septembre, l'Alternative pour l'Allemagne, (AfD) a remporté les élections régionales en Saxe-Anhalt, dans l’est du pays, avec 44,7 % des voix, selon les résultats provisoires. Le parti d’extrême droite devance très largement la CDU (centre-droit) du chancelier Friedrich Merz, qui recueille 23,8 % des suffrages.

Ancien territoire de la RDA, la Saxe-Anhalt est l’un des seize Länder qui composent l’Allemagne fédérale. Ces élections régionales permettent d’élire les députés du Parlement local, le Landtag, qui désigne ensuite le ministre-président, l’équivalent du chef du gouvernement régional. Un résultat spectaculaire pour l’AfD, qui avait obtenu moins de 22 % des voix dans le Land en 2021. Malgré cette victoire, le parti n’obtient pas à lui seul la majorité absolue et son arrivée au pouvoir reste incertaine, les principales autres formations allemandes refusant jusqu’ici de gouverner avec lui. 

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Fondée en 2013 sur une ligne d’abord eurosceptique, l’AfD s’est progressivement radicalisée autour de thèmes nationalistes et anti-immigration. En Saxe-Anhalt, la fédération régionale du parti est classée depuis 2023 comme une organisation d’extrême droite « avérée » par les services de renseignement intérieur du Land. Ceux-ci estiment notamment que son discours repose sur une conception ethnique de la nation et qu’il porte atteinte aux principes de dignité humaine et de démocratie inscrits dans la Constitution allemande.

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En France, cette poussée sans précédent de l’extrême droite allemande a immédiatement fait réagir une grande partie de la classe politique.

« Vrai signal d’alarme »

À gauche, Jean-Luc Mélenchon a directement mis en cause les choix politiques menés à l’échelle européenne. « L’extrême droite de retour en Allemagne. Catastrophique démonstration de l’aveuglement des politiques européennes centristes. Ce désastre est leur résultat », a dénoncé le candidat de La France insoumise à la présidentielle sur X. Le leader insoumis en a également tiré une conséquence sur les rapports franco-allemands : « Dans ces conditions, le projet militaire allemand de créer la première armée conventionnelle d’Europe est inacceptable pour la France. »

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Fabien Roussel, le secrétaire national du Parti communiste, qui vient d’officialiser sa candidature à l’élection présidentielle, a vu dans le scrutin un « terrible bilan pour l’UE et ses traités », qu’il appelle à « changer ». « Partout en Europe, l’extrême droite gagne du terrain avec son programme de haine. Elle prospère sur la pauvreté, la désindustrialisation, l’escalade de la guerre », a-t-il estimé.

Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a, lui, appelé à une réaction beaucoup plus large face à la progression des formations d’extrême droite sur le continent. « Ce n’est plus un avertissement. C’est un ordre de mobilisation générale qu’il faut lancer. L’internationale réactionnaire et d’extrême droite avance à visage découvert », a-t-il écrit sur X.

 « Le cordon sanitaire n’a jamais protégé personne »

Du côté du camp présidentiel, Gabriel Attal a également parlé d’un « vrai signal d’alarme ». Invité de BFMTV, le chef de file de Renaissance a appelé à « tirer les enseignements » du résultat allemand, notamment sur l’efficacité de la stratégie consistant à appeler au rassemblement contre l’extrême droite. « Le barrage contre l’extrême droite » ne peut plus constituer « un projet politique suffisant pour que vous ayez une majorité d’électeurs qui viennent y adhérer », a-t-il reconnu. Selon lui, les formations politiques doivent désormais « porter une vision, des mesures concrètes » et « réinventer le modèle ».

Au Rassemblement national, qui a rompu avec l’AfD en 2024 après plusieurs polémiques impliquant certains de ses dirigeants, le ton est beaucoup plus prudent. Interrogé sur BFMTV, le député de la Somme Jean-Philippe Tanguy a rappelé la rupture entre les deux partis, tout en disant « prendre acte d’un vote populaire de ras-le-bol face à des partis du système qui ne gèrent pas l’immigration, l’économie, les prix de l’énergie ».

La veille du scrutin, Jordan Bardella avait déjà écarté l’hypothèse d’un rapprochement à court terme avec son ancien allié allemand. Interrogé en Italie, le président du RN avait assuré qu’un renouement avec l’AfD n’était « pas prévu », rappelant que « plusieurs désaccords » avaient conduit son parti à prendre ses distances.

Éric Zemmour n’a, de son côté, affiché aucune réserve. Le président de Reconquête a salué un résultat « historique » et estimé que le scrutin marquait une « heure de vérité ». « On accusera les électeurs. Les vrais responsables sont ceux qui, un demi-siècle durant, ont traité comme un délit ce que les peuples éprouvaient comme une évidence : le désir de demeurer soi-même », a-t-il écrit. Pour l’ancien candidat à la présidentielle, le résultat allemand dépasse même le seul cas de la Saxe-Anhalt : « Le cordon sanitaire n’a jamais protégé personne. Il n’a fait que retarder l’heure de vérité. Cette heure est venue. Et elle sonnera partout. »