"Six tirs sur quatre secondes": au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, les vidéos et la légitime défense occupent les débats

Les militants d’extrême droite Loïk Le Priol (à gauche), 32 ans, et Romain Bouvier (à droite), 35 ans, à l'ouverture de leur procès devant la cour d'assises de Paris. - BENOIT PEYRUCQ
Au quatrième jour d'audience au procès de l'assassinat de Federico Martin Aramburu, les images de vidéosurveillance ont été diffusées dans la salle d'audience.
Au quatrième jour d’audience au procès de l’assassinat de Federico Martin Aramburu, la cour d’assises de Paris s’est attardée sur la nuit des faits. Les caméras de vidéosurveillance permettent en effet de retracer, minute par minute, voire seconde par seconde, certaines scènes de cette nuit funeste du 18 au 19 mars 2022, au cours de laquelle l’ex-rugbyman argentin a été abattu en pleine rue, dans le très chic 6e arrondissement de Paris.
L’exploitation des différentes bandes d’images permet de reconstituer en grande partie la chronologie des faits. Mais il manque la pièce quasi maîtresse de ce dossier: les six coups de feu tirés par Loïk Le Priol l'ont été hors champ. Autrement dit, la scène n'a pas été filmée. Seuls le son des six détonations – quatre ont touché Federico Martin Aramburu, dont deux mortellement – et les éclats lumineux des tirs ont été capturés par une caméra de vidéosurveillance. Dans ce dossier, Loïk Le Priol, jugé pour "assassinat", plaide la légitime défense.
"Ça me paraît peu probable"
La défense de l’accusé de 32 ans le réaffirme d’ailleurs aujourd’hui: au petit matin du 19 mars 2022, Loïk Le Priol a effectué deux tirs de sommation en pointant son arme en l’air. "Ça me paraît peu probable", tranche un premier enquêteur cité à la barre la veille, mais encore longuement entendu ce jeudi. "Le principe d’une sommation, c’est qu’elle laisse la possibilité à la personne de changer de décision", expose-t-il. "Six tirs sur quatre secondes, ça commence à être du tir rapide", ajoute-t-il, rappelant qu’en tant qu’ancien commando, Loïk Le Priol était formé à l’usage des armes. Pour rappel, le trentenaire a vidé l’intégralité de son arme en quatre secondes la nuit des faits.
Hier, un témoin a partagé son point de vue à ce sujet: "Quand on vide son chargeur, c’est qu’on veut tuer". L’enquêteur entendu ce jour partage cette même conviction à la barre: "On n’est pas dans la riposte quand on vide un chargeur, on est dans le fait de vouloir finir la personne."
Me Pierre-Henri Baert l’interpelle toutefois. Avocat de Loïk Le Priol, il lui demande à quel moment son client a sorti son arme, la nuit des faits. "Au cours de l’empoignade", lui répond l’enquêteur.

Qui sont les deux militants d'ultradroite jugés pour le meurtre de l'ancien rugbyman Federico Aramburu?
2:34
En effet, après une première altercation avec Federico Martin Aramburu sur la terrasse du bar Le Mabillon, les chemins de Loïk Le Priol et Romain Bouvier s’étaient séparés: le premier était parti à pied en direction d’Odéon, lancé à la poursuite des rugbymen qui avaient eux aussi quitté Le Mabillon, avant de remonter à toute vitesse le boulevard Saint-Germain en direction des coups de feu tirés par Romain Bouvier, lui aussi parti à la recherche des deux sportifs. Sur place, une nouvelle altercation avait alors éclaté entre Federico Martin Aramburu, blessé par balle, et Loïk Le Priol, avant que ce dernier ne tire.
"L'arme a-t-elle été sortie dans un contexte de défense?"
"Loïk Le Priol ne sort pas son arme avant d’avoir reçu de multiples coups et de quitter le champ de la caméra, qu’est-ce que ça veut dire?", poursuit l’avocat. "Qu’est-ce que ça veut dire? Quand l’arme est-elle sortie?", insiste la robe noire. "Au cours de la bagarre", lui répond le témoin. "L’arme a-t-elle été sortie dans un contexte de défense?", lui demande alors Me Pierre-Henri Baert, qui tente ici d’exclure l’intention homicide de son client. "C’est sorti dans un contexte de bagarre", persiste l’enquêteur, rappelant que la victime n’était pas armée.
Pour mieux comprendre la soirée funeste, les images des caméras de vidéosurveillance sont diffusées dans la salle Voltaire. Mais avant, le président avertit tout le monde: il faut être attentif pour parvenir à identifier les protagonistes et percevoir les éclats lumineux des tirs.
Aux assises, ce moment peut être particulièrement difficile pour les proches de la victime. Les parents de Federico Martin Aramburu ont eux décidé de quitter la salle. Au premier jour du procès, ils avaient d’ailleurs dénoncé dans un communiqué de presse, via leur avocat, la diffusion par plusieurs médias de vidéos du drame survenu le 19 mars 2022 à Paris.
Les images défilent sur les cinq écrans de la salle Voltaire. L’un des enquêteurs, cité comme témoin, les commente, les deux mains sur la barre. Depuis leur box, Loïk Le Priol et Romain Bouvier l’écoutent et fixent attentivement les images.
"On arrive aux tirs", prévient l’enquêteur. Vêtu d’une veste de costume noire, il recommande que les vidéos soient diffusées au ralenti. On y aperçoit d’abord Federico Martin Aramburu reculer après avoir été touché par deux des quatre coups de feu tirés par Romain Bouvier. Ces balles n’ont pas été létales, raison pour laquelle il est aujourd’hui jugé pour "tentative d’assassinat".
Sachet à glaçons
"Stop", lance l’enquêteur, le nez tourné vers l’un des écrans où sont diffusées les différentes vidéos. "Le premier tir (de Loïk Le Priol ;Ndlr) a eu lieu", annonce-t-il. Il est difficile pour un œil non initié de percevoir les éclats lumineux, tant la scène est rapide et filmée de loin. Une autre vidéo provient de la caméra de surveillance installée à l’intérieur d’une boutique. Les vêtements installés sur des présentoirs dans la vitrime obstruent quelque peu la scène, mais il est possible d'entrevoir la dernière altercation entre Loïk Le Priol et Federico Martin Aramburu, celle qui a précédé les coups de feu.
L’enquêteur entendu à la barre a affirmé plus tôt dans la journée qu’elle avait été initiée par le rugbyman. Me Pierre-Henri Baert reprend ses termes et rappelle que Shaun Hegarty a pris part à cette altercation en portant des coups avec sa poche de glace, récupérée quelques minutes plus tôt dans un hôtel pour soulager ses blessures, à Loïk Le Priol.
"Peut-on considérer que ce sac à glaçons est juridiquement une arme par destination?", demande Me Pierre-Henri Baert à l’enquêteur. "Effectivement, on peut considérer que c’est le cas à ce moment-là", lui répond ce dernier, qui sentait bien la question arriver. "Mais on peut aussi dire que c’est un délit de détenir une arme sur soi alors qu’on n’a pas le droit", ajoute-t-il, en référence à la situation de Loïk Le Priol au moment des faits. "Ce soir-là, il y a eu beaucoup d’infractions qui peuvent être relevées", conclut-il.
Sujets liés :