Sur la Corniche, les médiateurs tentent d’empêcher les plongeons avant que la justice n’intervienne

Sur la Corniche, les médiateurs tentent d’empêcher les plongeons avant que la justice n’intervienne

Chaque été, Marseillais comme vacanciers tentent des sauts périlleux depuis la Corniche Kennedy, malgré leur interdiction. Pour prévenir les risques, la municipalité déploie d’importants moyens.

C’est la course contre la montre. Dès qu’un groupe s’approche du parapet, les médiateurs sociaux montent pour les convaincre avant le grand saut. Mobilisés tout le long du littoral, soutenus par des patrouilles policières, ils scrutent les rochers comme les baigneurs.

L’Anse de la Fausse-Monnaie est l’un des principaux spots de plongeons sauvages de la ville. « Ici, il n’y a que 2,5 mètres de profondeur environ », alerte Jérôme Borgeot, opérateur de médiation sociale. « Avec cette hauteur, défier le vide est très dangereux ». Son regard se pose dans toutes les directions pour vérifier qu’aucun casse-cou ne se risque à la grimpe.

plongeons, Sur la Corniche, les médiateurs tentent d’empêcher les plongeons avant que la justice n’intervienne, Made in Marseille

Des accidents mortels

Plusieurs accidents ont déjà marqué le secteur, dont certains mortels. Quelques victimes s’en sont sorties, mais lourdement handicapées. « La plupart des accidents arrivent dès l’appel. La personne pousse mal, arrive en travers dans l’eau, et ça peut être fatal », explique Jérôme Borgeot.

Mais la course est souvent perdue d’avance. « Le temps de monter, les plongeurs ont largement le temps de sauter », reconnaît-il. Lorsqu’ils parviennent à les intercepter, les agents municipaux « leur expliquent qu’ils peuvent gâcher leur vie et aussi celle de leur entourage. Pour trois secondes d’adrénaline, on peut finir en fauteuil roulant ».

Paradoxalement, les journées où la mer, calme, devient transparente sont aussi les plus propices. « Les sauteurs pensent mieux voir le fond, mais les dangers restent les mêmes », observe Jérôme. Les équipes peuvent alors intervenir sur cinq à dix plongeons sur une seule journée.

plongeons, Sur la Corniche, les médiateurs tentent d’empêcher les plongeons avant que la justice n’intervienne, Made in Marseille

De la prévention à l’interpellation

Ce lundi, plusieurs jeunes et parents sont convoqués dans une Cellule de citoyenneté et de tranquillité publique (CCTP). Dans une salle isolée de l’Hôtel de Ville, élus, policiers municipaux, délégué du procureur et services administratifs se dressent face aux adolescents identifiés pour avoir plongé de la Corniche. La table qui les sépare confère à la pièce des allures de procès.

« Le plongeon constitue une violation d’un arrêté municipal, sanctionnée par une amende de 150 euros. Mais nous rappelons aussi aux parents leurs responsabilités », décrit Patrick Fanget, délégué du procureur de Marseille. « En cas de manquement, ils peuvent être poursuivis pour un délit puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende ».

Après les prises de paroles, un reportage diffuse le témoignage d’un plongeur, influenceur sur les réseaux sociaux, devenu tétraplégique suite à un saut manqué. « Le but n’est pas de mettre des amendes », insiste Amine Kessaci, adjoint au maire, délégué à la jeunesse, à la citoyenneté et à l’engagement. « On préfère expliquer aux jeunes ce qu’ils encourent juridiquement comme physiquement, plutôt que de leur envoyer simplement un papier à la maison ».

plongeons, Sur la Corniche, les médiateurs tentent d’empêcher les plongeons avant que la justice n’intervienne, Made in Marseille

« C’est bien fait pour lui »

Venu accompagner son fils convoqué après un plongeon sauvage, David estime que « c’est bien fait pour lui. Les jeunes veulent reproduire ce que font ces influenceurs sauteurs. Mais, être convoqué en tant que père, ça fait toujours quelque chose. Cette commission marchera pour certains. D’autres voudront toujours sauter, malgré le coup de pression ».

En complément de la cinquantaine de médiateurs mobilisés sur le littoral marseillais pendant la saison estivale, « certains jeunes deviennent eux-mêmes ambassadeurs et sensibilisent ensuite les autres aux risques », se félicite Amine Kessaci.

La Ville réfléchit également à d’autres pistes, comme l’installation de plongeoirs sécurisés ou une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux. Des vidéos, elles aussi incarnées par des influenceurs.