Test Phantom Blade Zero - Le jeu d’action capable de détrôner Ninja Gaiden ?
Phantom Blade Zero a été révélé lors du PlayStation Showcase de mai 2023. Développé par le studio chinois S-Game et édité par Cruel Man Studio, le titre marque le retour en force de la franchise Phantom Blade sous la forme d’un A-RPG d’action particulièrement ambitieux. Ce projet s’impose comme une aventure autonome plongeant le joueur au cœur de l’univers « Kungfupunk ». On y incarne Soul, un assassin d’élite n’ayant plus que 66 jours à vivre pour accomplir sa vengeance, au rythme d’affrontements au sabre ultra-dynamiques et d’une mise en scène inspirée des grands films de kung-fu.
Condition du test : J’ai joué à Phantom Blade Zero pendant 42 heures sur PC, à partir d’une version envoyée par l’éditeur. Le jeu a été terminé avec quelques quêtes secondaires à compléter et des collectibles manquants.
Sommaire
- Ne jugez pas l’arbre à son écorce
- Rapide comme le vent, foudroyant comme le tonnerre
- La grâce obscure s’impose avec merveille
- Une finition qui aurait pu être aux petits oignons
Ne jugez pas l’arbre à son écorce
On met les pieds dans le plat tout de suite : Phantom Blade Zero n’est pas un souls-lite. Il a beau cocher de nombreuses cases du genre, il se trouve quand même éloigné de cette catégorie de jeu. Pour faire simple, le jeu de S-Game est en réalité un jeu d’action, inspiré par le Wuxia, ayant été développé avec une grande influence pour les Hack & Slash (pas Diablo) avec malgré tout quelques éléments relatifs aux souls-lite.
Phantom Blade Zero mise sur des combos fluides, une grande vitesse d’attaque, des parades détonantes, un sens du timing diabolique et une alternance constante entre armes principales, secondaires et utilitaires. Le gameplay est très dynamique et se trouve très loin du style plus lourd et punitif des souls-like ou des souls-lite.
Aucune réapparition des adversaires lorsque nous utilisons un point de sauvegarde, aucun point de compétences à attribuer avec vigilance, aucun build à suivre à la lettre, aucunes âmes ou runes à ramasser lorsque l’on trépasse… Alors, même si Phantom Blade Zero nous offre un décor sombre et viscéral, un récit tortueux, une histoire au premier abord cryptique et des combats de boss impressionnants et exigeants ; cela ne le catégorise pas pour autant comme étant un souls-lite. C’est bien le contraire.

Phantom Blade Zero est un bonheur pour les yeux // Source : S-Game
Pour toutes les personnes qui auraient joué à Ninja Gaiden, ou à Onimusha, sachez que Phantom Blade Zero s’y apparente beaucoup plus, mais avec un rythme bien plus effréné comme Devil May Cry fait bien. Et l’on vous conseille de ne pas faire l’amalgame avec Black Myth: Wukong. Bien qu’il y ait des similitudes, on peut dire que Black Myth: Wukong est un Action-RPG mythologique exigeant franchement inspiré par les souls-like, tandis que Phantom Blade Zero se positionne comme un Hack & Slash martial ultra-dynamique qui demande la même exigence.
Phantom Blade Zero est un jeu ardu qui ne pourra pas plaire à tous. Le mode de difficulté normal propose un challenge de taille qui fera lâcher la manette à de nombreux joueurs au premier boss. Ainsi, il ne faudra pas rougir à l’idée de passer à la difficulté inférieure si vous souhaitez continuer. À tout le moins, la difficulté supérieure est un vrai challenge comme on en voit très peu. Elle saura procurer du plaisir à toutes les personnes qui aiment se tirer les cheveux ou avoir les yeux injectés de sang.
Ainsi, si les jeux exigeants ne sont pas réellement votre dada, on vous conseille de passer votre chemin. Puisque l’une des seules similitudes qu’à Phantom Blade Zero avec les souls-like/lite se trouve dans les combats de boss qui sont d’ailleurs assez nombreux.
Rapide comme le vent, foudroyant comme le tonnerre

Jolie mise en scène // Source : S-Game
Quoi de mieux que d’utiliser une référence de la littérature chinoise (L’Art de la Guerre de Sun Tzu) pour décrire le gameplay de Phantom Blade Zero ?
Phantom Blade Zero est un jeu qui nous propose des chorégraphies acrobatiques ultrarapides, des combos aériens et des enchaînements fluides. Manette en main, jouer à Phantom Blade Zero est vraiment plaisant avec tout ce dynamisme, la mise en scène cinématographique et le sentiment de surpuissance procuré à chaque combat.
Or, cette “power fantasy”, donc ce sentiment de surpuissance, n’est pas altérée par des adversaires aussi vides que des coquilles. Phantom Blade Zero met un mot d’honneur sur la lecture des trajectoires, l’esquive millimétrée, le son produit par nos adversaires et la parade parfaite de coups pour rompre la garde ennemie et déclencher des contre-attaques dévastatrices. Chaque combat, même avec de simples péons, peut parfois s’avérer être un défi. Le jeu nous incite toujours à repousser nos limites, à analyser nos adversaires et à user de notre arsenal de la meilleure façon qu’il soit pour asséner le coup final. Il y a bien longtemps qu’un jeu ne m’avait pas autant grisé pour les combats.

Phantom Blade Zero // Source : S-Game
Malgré de nombreux effets visuels, on parvient quand même à lire les combats, à ressentir l’impact de nos parades et les coups que nous assénons aux adversaires. On respire très peu et je pense même n’avoir jamais cligné des yeux lors des combats de boss, mais la dopamine qui émerge lorsque le coup de grâce approche fait que ce jeu devient rapidement une addiction.
Le tout est agrémenté par des armes singulières, avec un style de combat bien défini, dotées de compétences intéressantes qui ne cessent de s’améliorer à mesure que vous renforcez vos armes. L’évolution du gameplay, grâce à la Forge et à l’arbre de compétences, est vraiment plaisante et permet (parfois) de redécouvrir une arme avec laquelle on joue depuis plusieurs heures. Concrètement, on veut connaître notre prochain adversaire, visiter les nouvelles zones, démêler les ficelles de l’histoire qui s’étoffe à mesure que l’on progresse, compléter les objectifs secondaires pour voir ce qu’il en adviendra des personnages avec Phantom Blade Zero.
Malgré cette tirade dithyrambique, on a malgré tout un point sombre à évoquer : le temps pour éliminer des adversaires dits « classiques ». On ne parle pas des boss, car ils héritent tous de mécaniques précises et de patterns intéressants à assimiler. Toutefois, en ce qui concerne les adversaires que l’on croise lors de l’exploration, certains disposent de bien trop de points de vie et les affronter donne le sentiment de « perdre du temps ». Bien qu’il y ait une belle diversité dans le bestiaire (sous couvert de certains recyclages), je souhaitais passer plus de temps à explorer, à compléter des quêtes ou à affronter des boss, qu’à « passer le plus clair de mon temps » sur des adversaires insignifiants ayant beaucoup de points de vie. Ces derniers perdent rapidement leurs barres de garde, ainsi, ils devenaient de simples pantins sur lesquels frapper dessus sans vergogne. De ce fait, on pense qu’il aurait fallu revoir à la baisse les points de vie des adversaires que l’on rencontre en chemin ; ils perturbent indéniablement l’expérience de jeu.
La grâce obscure s’impose avec merveille

Phantom Blade Zero // Source : ActuGaming
S’il y a un domaine dans lequel S-Game impose immédiatement sa griffe, c’est bien à travers sa direction artistique spectaculaire. Le studio ne se contente pas de recycler la dark fantasy asiatique classique : il façonne un univers singulier que ses créateurs qualifient de “Kung-Fu Punk”. Je pense surtout l’avoir ressenti dans le choix musical : Phantom Blade Zero profite d’une palette de couleurs incroyable en matière de musique. Tantôt nous écoutons un morceau doux bercé par les instruments traditionnels chinois, tantôt nous allons affronter des adversaires sous le rythme effréné de la trap, puis d’un coup l’ambiance devient électrique avec du métal. Cette diversité musicale est vraiment surprenante et apporte une petite touche supplémentaire au jeu. Après, j’ai peut-être une affinité trop grande avec la musique pour donner un avis réellement objectif.
Techniquement, il n’y a rien à dire, les décors tiennent la route, le clipping n’est quasiment jamais au rendez-vous et tous les effets visuels sont peaufinés avec soin. Phantom Blade Zero est une claque d’atmosphère. Les décors, d’une richesse somptueuse et morbide, épousent à la perfection la temporalité du récit. Inspirés par la Chine de la dynastie Ming, les environnements oscillent entre des villages oubliés battus par la pluie, des temples ancestraux délabrés et des habitations luxueuses touchées par un chaos aussi sanglant que sans pitié.
À tout le moins, le tableau aussi magnifique qu’inquiétant n’est toutefois pas exempt de faux pas : il est plombé par une fâcheuse disparité artistique. Alors que les cinématiques tournant sur le moteur du jeu affichent une netteté irréprochable, les passages en CGI se noient sous un grain cinématographique et transforment un effet de style en un flou embarrassant qui met brutalement en lumière leurs faiblesses techniques.

Phantom Blade Zero // Source : ActuGaming
S-Game a décidé de proposer différentes cinématiques allant du moteur du jeu, à l’anime, au théâtre d’ombre, au guóhuà (peinture traditionnelle chinoise au pinceau et à l’encre/pigments colorés), puis à la CGI. Il n’y a pas de demi-mesure : le studio me donne l’impression de vouloir laisser exprimer la patte créative de son équipe et ce n’est pas pour me déplaire. Certes, c’est un peu étonnant la première fois, mais on se laisse rapidement guider.
Côté récit, Phantom Blade Zero fait le choix d’une approche qui ne livre pas ses clés d’entrée de jeu. Quand on lance le jeu, la narration apparaît comme étant cryptique, morcelée et mystérieuse. On ne comprend pas tellement les enjeux et les mœurs du monde dans lequel nous débarquons. De prime abord, autant vous dire que j’étais un peu perplexe : on me jette dans la peau d’un protagoniste traqué dont le temps est compté, au milieu d’un monde dont il ne saisit d’abord que des fragments. Lui, comme moi, étions au même niveau d’information, sans pouvoir nous accrocher à quoi que ce soit pour comprendre les tenants et les aboutissants. Or, à mesure que l’on progresse, le tableau commence doucement à se dessiner : on découvre progressivement la nature réelle des factions rivales, les intrigues politiques complexes et la toile d’alliances ou de trahisons qui lie les personnages. On tient quand même à prévenir qu’il faudra s’accrocher, car il peut être complexe de tout comprendre malgré tout. À tout le moins, la fin de la trame principale de Phantom Blade Zero permet de mieux comprendre les raisons de notre combat.

Les clochettes, pour sauvegarder // Source : ActuGaming
À force de ramasser des récits, de compléter des quêtes secondaires, de consulter les mémoires des personnages, puis en suivant l’histoire principale : le fil d’Ariane se tisse et la narration nébuleuse s’éclaircit enfin. On est récompensé pour notre curiosité et cette quête de vérité devient un moteur pour continuer à croiser le fer avec nos adversaires. Mais, quelle récompense diriez-vous ? Celle d’obtenir une fin à la hauteur de notre investissement dans le jeu. Plus vous allez compléter les missions principales, les documents, les objets à récupérer, etc., plus vous allez donner à Wulin un avenir meilleur. Ainsi, Phantom Blade Zero n’est pas un jeu à faire en ligne droite ; il est préférable de se perdre dans diverses quêtes pour offrir une fin notable à votre aventure.
Une finition qui aurait pu être aux petits oignons
Globalement, le titre souffre de très peu de défauts majeurs, mais Phantom Blade Zero reste victime d’un manque d’optimisation encore visible sur PC. Le problème le plus gênant réside dans des retours au bureau inopinés survenus à plusieurs reprises lors de moments clés de l’aventure, ce qui vient couper net l’immersion.
Sur le plan purement visuel et comportemental, trois détails techniques légers méritent d’être soulignés. D’une part, lorsque les adversaires se trouvent éloignés du joueur, leurs déplacements apparaissent de manière saccadée, avant de retrouver une animation parfaitement fluide et naturelle dès qu’ils arrivent à portée. D’autre part, le clipping est quasiment absent sur l’ensemble du parcours, à l’exception de rares éléments légers comme des feuilles au sol, observés principalement dans l’avant-dernière région du jeu. Et enfin, de légers soucis de synchronisté labial sont survenus à de rares moments. Ce dernier souci survenait généralement dans les zones où les crashs étaient répétés ou alors quand je passais une cinématique (j’ai dû revoir 5 fois la même cinématique… donc vous m’excuserez). Ainsi, il y a des chances pour que ce problème soit corrigé le jour de la sortie de Phantom Blade Zero.

Phantom Blade Zero // Source : ActuGaming
Hormis ces quelques accrocs, l’expérience ne présente aucun autre bug à déplorer et j’espère que les gênes liées aux retours au bureau seront corrigées d’ici-là. Si le souci n’est pas à déplorer tant mieux, mais par acquit de conscience, je préfère malgré tout vous tenir avertis.