Trafic de drogue : Pour ce flic anti-mafia, "les opérations coup de poing, c'est juste du show... Ça n'a jamais fait trembler le crime organisé"
Fin août, à l’initiative de plusieurs associations citoyennes, des dizaines de riverains se rassemblaient sur la place Bethléem à Saint-Gilles pour dénoncer la violence qui gangrène leur quartier. Tandis que le communal, le régional et le fédéral se renvoyaient la balle de l’inaction des pouvoirs publics pour enrayer le trafic.
Devant le ras-le-bol des citoyens-électeurs, les autorités ont tout de même haussé le ton. Et multiplié les conférences de presse et les opérations coup de poing. Comme l’action “FIPA” (Full Integrated Police Action) menée le 28 août dans divers hot spots de la ville. Une vaste opération, destinée à mener des contrôles et à procéder à des arrestations, qui a vu le déploiement de 550 agents locaux et fédéraux. Mais aussi, pour la première fois, d’une septantaine de militaires.
Sacha Daout : "Les défenseurs de Grégory Lenoci oublient qu'il a sans doute favorisé la vente de drogue à des gamins, même indirectement"Faut-il instaurer des couvre-feux dans certains quartiers ?
De l’aveu même des autorités, l’objectif de cette action n’était pas seulement opérationnelle. Il s’agissait aussi de communication politique. Histoire d’apporter une réponse visible au sentiment d’insécurité et de marquer la présence de la force publique. Le bilan de cette opération, lui, fait grincer des dents : 41 arrestations et 530 grammes de stups saisis.
Le climat d’insécurité ambiant suscite davantage de questions que de réponses. Faut-il déployer des drones de surveillance, démultiplier le nombre de caméras ? Doit-on instaurer des couvre-feux et appeler l’armée en renfort ? Faut-il davantage cibler les consommateurs, dont le nombre a explosé, ou au contraire mieux les prendre en charge ? À l’instar de Ine Van Wymersch, la Commissaire nationale aux drogues, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’y a aucune solution miracle, et encore moins à court terme.
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“On n’a jamais déployé autant de moyens, au niveau national mais surtout international, confirme Claude Bottamedi, ex-chef de corps dans la police et criminologue, et on se rend compte que cette répression n’aboutit pas à grand-chose. La criminologie le démontre d’ailleurs depuis longtemps, ce n’est pas en augmentant les effectifs policiers que l’on obtient des effets conséquents sur les trafics.”
Les nouvelles mesures sécuritaires ne sont donc pas de nature à convaincre cet ancien flic anti-mafia de la PJ de Charleroi. “On répète les mêmes erreurs que celles commises par les autorités italiennes en Sicile dans les années 1980 et 1990. Là aussi, on avait fait intervenir les carabiniers, la brigade financière, la police d’État ou l’armée. Qu’est-ce que cela a changé ? Ça a lassé la population qui en a eu marre d’être soumise à des contrôles incessants, mais cela n’a pas diminué le trafic ni l’influence de la mafia. C’est comme ces opérations FIPA, c’est juste du show ! Quand j’étais chef de corps, j’ai plaidé pendant des années pour qu’on évalue les FIPA. Ça coûte extrêmement cher et ça mobilise beaucoup de moyens qu’on ne sait pas déployer à d’autres fins. Pour produire quoi ? Quelques saisies de stups et d’armes blanches ? Pas de quoi faire trembler le crime organisé…”
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