"Un homme de conviction qui connaissait les risques" : il y a 81 ans, Jean Gabin était l'une des rares célébrités françaises à avoir pris ce bel engagement

"Un homme de conviction qui connaissait les risques" : il y a 81 ans, Jean Gabin était l'une des rares célébrités françaises à avoir pris ce bel engagement

Jean Gabin parlait très peu de son engagement pendant la Seconde Guerre mondiale. Son fils Mathias Moncorgé l’a fait pour lui, racontant comment l’acteur avait mis sa carrière entre parenthèses pour servir son pays.

Gaumont

Avant de retrouver les plateaux de cinéma et de devenir l’un des visages les plus emblématiques du septième art français, Jean Gabin a connu une parenthèse radicalement différente. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’acteur a en effet délaissé sa carrière pour rejoindre les Forces françaises libres et servir son pays.

Une période de sa vie sur laquelle il restera par la suite particulièrement discret. Selon son fils Mathias Moncorgé, Jean Gabin considérait simplement qu’il “avait fait ce qu’il avait à faire”.

De Hollywood aux Forces françaises libres

Lorsque la guerre éclate, Jean Gabin est déjà une immense vedette, notamment grâce à des films comme La Grande illusion, Le Quai des brumes ou Le Jour se lève. Mais plutôt que de poursuivre sa carrière dans une France occupée, le comédien quitte le pays et rejoint les États-Unis, où il travaille quelque temps pour la Metro-Goldwyn-Mayer.

Un exil qui ne lui suffit bientôt plus, comme l’a raconté son fils Mathias Moncorgé.

Il est parti de France parce qu’il ne voulait pas faire de films pour les Allemands, il a donc rejoint les États-Unis et a eu un contrat avec la Metro-Goldwyn-Mayer. Il tourne deux films et puis, il s’est dit que, quand la guerre serait finie, il ne voudrait pas rentrer en France sans s’être battu.

En 1943, Jean Gabin décide donc de s’engager. Et pas question pour lui de profiter de son statut de célébrité pour rester à l’écart du danger.

Il s’engage alors dans les Forces Françaises Libres. De Gaulle lui demande de tourner un film pour la propagande française. Il accepte à condition de pouvoir ensuite rejoindre les FFL. Ils lui ont proposé des places à l’arrière sans combattre, mais Papa a toujours dit non, je reviens en France pour me battre comme les autres gars”, a poursuivi Mathias Moncorgé.

“C’était un homme de conviction”

Ce choix n’avait rien d’une opération de communication, assure son fils. Né en 1904, Jean Gabin avait grandi avec le souvenir de la Première Guerre mondiale et refusait de rester spectateur du conflit qui frappait à nouveau son pays.

Papa est né en 1904, il a connu la Première Guerre mondiale déjà contre les Allemands et il ne pouvait pas ne rien faire. C’était un homme de conviction. Il connaissait les risques, mais il voulait libérer son pays. On parle de Papa, mais il y en a eu d’autres à s’être engagés, comme le comédien Jean-Pierre Aumont, par exemple. D’autres se sont planqués ou ont collaboré. Papa, lui, pouvait se regarder droit dans la glace.

Les Films Osso

L’acteur rejoint la 2e division blindée et suit le même entraînement que les autres hommes. En avril 1945, il se trouve ainsi mobilisé lors des opérations menées autour de la poche de Royan, l’une des dernières zones encore occupées par les forces allemandes sur le territoire français.

Entre le 14 et le 18 avril 1945, environ 25 000 hommes participent aux opérations. France 3 Régions précise toutefois le rôle exact tenu par le comédien : “Le comédien n’a pas participé aux combats directement, mais il s’est entraîné avec l’ensemble de la 2e DB (division blindée). C’est l’une des rares célébrités de l’époque à s’être battue sur le territoire français.

Jean Gabin était resté à Hollywood

Même sous l’uniforme, le visage de l’acteur ne passe évidemment pas inaperçu. Certains soldats et civils reconnaissent la star et lui réclament des autographes. Mais Gabin tient alors à établir une frontière très nette entre le comédien célèbre et le soldat qu’il est devenu.

On demandait souvent des dédicaces à Jean Gabin quand il était reconnu sur le front et il répondait à chaque fois Jean Gabin est resté à Hollywood, c’est Jean Moncorgé qui se bat ici. C’était une façon pour lui de montrer qu’il ne faisait pas le guignol d’un acteur et qu’il se battait pour de vrai”, analyse l’historien du cinéma Patrick Glâtre.

Jean Moncorgé étant son véritable nom, cette réponse résumait la manière dont il envisageait son engagement : loin des projecteurs et de son statut de vedette.

A-t-il réellement participé à la libération de Royan ?

La question de son rôle précis lors de la libération de la poche de Royan fait néanmoins débat. Jean Gabin n’a pas directement pris part aux affrontements, mais son unité était mobilisée et prête à intervenir en cas de besoin.

Pour Mathias Moncorgé, cela suffit à considérer son père comme l’un des participants à l’opération : “Il est présent au cas où, donc pour moi, il participe à la libération de la poche. Je ne suis pas d’accord quand on dit que Gabin n’a pas libéré Royan”, a-t-il confié.

Il n’était pas en première ligne, mais à partir du moment où il était en soutien pour défendre Royan et éviter que les Allemands puissent venir, il a participé à la libération de la poche. Et si les Allemands étaient descendus, il aurait été en première ligne et aurait participé aux combats.”

La ville de Royan rendra d’ailleurs hommage à cet engagement en donnant le nom de Jean Gabin à l’une de ses salles de spectacle.

Les Films Vog

“La guerre, ce n’est pas du cinéma”

Après 23 mois d’engagement auprès de la 2e division blindée, Jean Gabin retrouve finalement son premier métier. Mais cette expérience laissera une trace profonde dans sa manière d’envisager certains rôles. Il choisira notamment de ne plus incarner de militaire à l’écran et se montrera extrêmement discret sur cette période de son existence.

Comme il disait, la guerre, ce n’est pas du cinéma et il n’a jamais voulu après avoir un rôle de militaire. Jamais. Il a eu une proposition de René Clément pour tourner dans Paris brûle-t-il ? et il a refusé”, a révélé son fils.

Une décision fidèle à la manière dont Jean Gabin avait vécu ces 23 mois : non pas comme une aventure à transformer ensuite en récit héroïque, mais comme un devoir qu’il estimait simplement nécessaire d’accomplir.

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