Un pur régal et un pied total : Robert Finley et Fantastic Negrito ont retourné vendredi le Théâtre de la Mer !

Un pur régal et un pied total : Robert Finley et Fantastic Negrito ont retourné vendredi le Théâtre de la Mer !

Seconde soirée de la 29e édition de Fiest’à Sète à afficher complet, la nuit "Blues héritage" a offert d’applaudir le même soir les artistes états-uniens les plus sincèrement géniaux et authentiquement résilients de la soul et du blues réunis : Robert Finley et Fantastic Negrito.

"Ce qui ne me tue pas me rend plus fort". On ne pensait pas un jour revenir sur une soirée du festival Fiest’à Sète avec cette phrase de Nietzsche si fameuse que la pop culture la croit de Conan ! On ne pensait pas non plus la corriger. Et pourtant : laissons la force au monde d’avant, en vrai ce qui ne nous tue pas, nous rend plus mieux. Robert Finley et Fantastic Negrito en sont la preuve vivante, bouleversante, flamboyante, coruscante… et (tant pis pour la rime) inoubliable. Invités vendredi 31 juillet pour la nuit "Blues héritage", les artistes afro-américains, respectivement âgés de 72 ans et 58 ans, ont vécu mille vies, et franchement pas les plus marrantes, avant d’arriver tous deux il y a dix ans, sur le devant de la scène qui s’est avérée également pour tous les deux, un sommet !

Une voix aux vertus magiques

Grande carcasse sèche, cassée par une vie de labeur, Robert Finley entre en scène une main sur l’épaule de Christy Johnson, sa fille (et super choriste) qui ne le lâche pas d’une botte à bascule : le bluesman louisianais est malvoyant mais son sourire permanent signale qu’il n’en a pas grand-chose à foutre, il en a déjà tellement vu, et surtout, comme il le répétera plusieurs fois, aujourd’hui il vit son rêve de gosse, il chante dans le monde entier. Et quel chanteur ! "Le plus grand chanteur de soul vivant", selon Dan Auerbach, le leader des Black Keys et patron du label Easy Eye Sound sur lequel sont parus les quatre derniers albums de Robert Finley (ne tergiversez pas, ils sont tous indispensables). Capable d’évoquer dans les graves Solomon Burke et dans les aigus Curtis Mayfield, légèrement rayée et cabossée par les intempéries de la vie, la voix du septuagénaire est incroyable : l’écouter, c’est s’enjailler et se consoler à la fois, c’est se faire du mieux, merci m’sieur

Prodigue en conseils de sagesse (et de plaisirs !), notre grand-père à la coule ne chante que ce qu’il a signé ; ce qui signifie qu’il n’est pas une note, pas un mot, qui ne transpire le vécu, irradie la sincérité, et cela touche d’autant plus profondément. Enfin, il faut dire un mot de ses musiciens Charlie Love à la batterie, Ollie Hopkins à la basse et Liam Hart à la guitare (éblouissant solos sur Fender Jazzmaster – bécane pas si fréquente dans la soul) : ces jeunes gars qui viennent de publier un premier album sous le nom de The Sierra Band (Hackney Hill Country) ont tout compris de la soul sudiste et du delta swamp rock, qu’ils honorent avec une sobriété virtuose… et une virtuosité sobre. Bref, un pur régal, pour ne pas dire une simple perfection !

Une présence ensorcelante

Comment passer après ça ? Faire autre chose… et faire la même chose : tout donner. Comme Robert Finley, Fantastic Negrito est assimilé au blues, et comme lui, le 12-bar blues, bof ! Accompagné d’un gang aussi bigarré qu’allumé, virtuosement allumé, Xavier Dphrepaulezz de son vrai nom ne stagne pas dans un genre, fût-il racinaire, il part à l’aventure. À l’aventure humaine. En carburant à un mélange hautement instable (en vrai, carrément explosif !) de gospel, rhythm’n’blues, soul, rock’n’roll, rock psychédélique, funk, hard rock, reggae, R & B, p-funk, hip-hop. Faut suivre ! Dans la foule, certains décrocheront, trop fort, trop versatile, trop dingue, trop trop. Sur scène, faut suivre aussi : en coulisses, après le concert, un de ses musiciens nous avouera, tout sourire, qu’avec son patron, on ne sait jamais ce qui va suivre, dans quelle direction il va aller, "c’est comme attraper un papillon !"

Fringué comme un hippie de la baie de San Francisco circa 1968, coiffé d’un énorme chapeau où se planque une coupe de Mohican, doté des rouflaquettes que lui envierait un lion, Fantastic Negrito, c’est déjà une présence ensorcelante, ensuite une voix écorchée aux modulations acrobatiques et enfin une interprétation qui tient de la possession. Il ne chante pas ses chansons, il les habite, au fil d’un set qui refuse tout temps mort, les interventions au micro, parfois blagueuses, parfois politiques, toujours senties et ressenties, participant des morceaux qui s’enchaînent et nous déchaînent ! On vous épargne les titres, issus de différents albums, depuis The last days of Oakland (2017) à Son of a broken man (2024) : comme Robert Finley, il vous les faut tous !

Un mot encore pour ses musiciens "butterfly catchers" aux personnalités à peine moins fortes que celle de leur taulier. Bryan C. Simmons en salopette bermuda nous régale de toute la variété des sons de claviers propres à la Great blacl music, le batteur Brian Braziel est aussi aux fûts et les toms pour nul autre que Larry Graham et cela s’entend positivement, mais les deux attractions sont le bassiste Uriah Duffy et le guitariste Vincent MacLauchlan. Le premier (qui fêtait son anniversaire et devenait grand-père cette même nuit !) pourrait prendre en bras de fer Roberto Trujillo mais le battrait sans doute au jeu de la barbichette (quel showman !) tandis que le premier, tout content et très jeune (a-t-il seulement 21 ans ?), s’avère un virtuose tel que l’on craint un instant qu’il en fiche partout, mais non, le gamin se maîtrise et en met juste là où ça fait du joli et où ça fait du feu !

Et Fantastic – Xavier – Negrito de poursuivre ainsi son aventure hors du commun pendant plus de deux heures. Encore un pur régal, pour ne pas dire une simple perfection ? Non, cette fois, un bordel démentiel et un pied total !