Valérie Glatigny face à la grogne des enseignants : "Si la demande est de revenir sur les économies, la réponse est claire : c'est non"
La rentrée scolaire, ce sera pour la semaine prochaine. La ministre de l'Éducation en Fédération Wallonie-Bruxelles, Valérie Glatigny (MR) fait la sienne. Après des mois compliqués avant les vacances, où le monde enseignant est descendu dans la rue pour contester les réformes et avant une année où le mouvement pourrait reprendre, elle revient sur ses réformes passées et futures.
Vous annoncez l'arrivée d'un CDI pour les enseignants à la rentrée 2027. Quel sera le coût de la mesure ?
Il y a deux parties au projet, la première partie, c'est une stabilisation des jeunes qui rentrent dans le métier ou des personnes qui sont en reconversion via la mise en place du CDI-E. Il n'y a pas de coût particulier pour cette première partie.
Ce CDI-E ne concerne que ceux qui vont sortir des études l'année prochaine ?
C'est un CDI pour les jeunes qui sortent en 2027 et qui auront été formé une année de plus que leurs prédécesseurs. Nous voulons à tout prix les ancrer rapidement dans l'enseignement parce que ces personnes seront mieux formées. Je rappelle que personne, à part des bisseurs, ne sortira diplômé en 2026 suite à l'allongement de la formation. La deuxième partie de la réforme, c'est la fin des nominations que l'on devra faire plus tard.
Les personnes qui auront un CDI basculeront alors vers la nomination ou est-ce qu'elles resteront en CDI ?
C'est le fait de conserver tous les futurs CDI qui coûtera. Un coût qui a été estimé à 400 millions d'euros d'ici 2070 si le montant des cotisations patronales reste celui pratiqué aujourd'hui. Il y a des négociations en cours avec le fédéral et c'est vrai qu'on n'a pas encore de réponse. Donc nous avançons pour l'instant sur la première partie de la réforme. Moi je suis toujours favorable à la fin des nominations mais avec tous les efforts que nous venons de faire, il est hors de question de plomber à nouveau les finances de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Le point de Valérie Glatigny, à quelques jours de la rentrée : "Il n'y a pas d'économies dans l'encadrement des élèves"Et donc clairement le passage au CDI pour ceux qui vont rentrer dans le système l'année prochaine n'a pas de coût particulier ?
Non parce que nous n'augmentons pas le nombre de recrutements, Nous leur assurons juste une charge horaire stable et nous les ancrons dans le métier en enlevant la part d'incertitude qui existe pour ceux qui ne sont pas nommés. L'instabilité au début de la carrière est très importante et c'est un argument qui joue contre l'attractivité du métier. On fait des remplacements, c'est très précaire au début. Il y a parfois des contrats de quelques semaines et à la fin de ces contrats, ils reçoivent un C4, c'est à cela que nous voulons mettre fin. Il y a énormément de directions qui tirent la sonnette d'alarme parce qu'il n'y a pas assez d'enseignants.
Par rapport à la fin des nominations, les discussions avec le fédéral sur la baisse des cotisations patronales sont positives ?
Je ne peux pas me prononcer parce qu'il n'y a pas encore eu de retour du fédéral. (NdlR : Les discussions sont menées avec le ministre Frank Vandenbroucke).
Et si le fédéral finit par valider votre demande de baisser le taux de cotisation patronale, vous mettrez fin au système de nominations pour les futurs profs. Et ça n'aurait pas un coût immédiat dites-vous. Le coût serait lissé et progressif jusqu'en 2070 ?
Oui et c'est pour ça aussi que le procès qui m'a été fait n'est pas correct. Mais bon c'est humain et je peux le comprendre. Il y a toujours des stratégies qui visent un bouc émissaire. La fonction de ministre de l'Enseignement est particulièrement personnalisée mais je le sais et je suis payée pour ça.
À partir de cette rentrée les professeurs du secondaire supérieur presteront deux heures supplémentaires. Vu la pénurie d'enseignants vous dites qu'il y a aura des heures pour tout le monde et que ceux qui en perdent ne doivent pas s'inquiéter. Pourtant des témoignages démontrent que de nombreux temporaires sont inquiets. Vous les comprenez ?
Chaque année, en fin d'année il y a ces situations. Mais il est vrai que cette année il y a un peu plus de tension pour les affectations. Je rappelle cependant que la période de la fin des réaffectations, c'est à la fin octobre. Les personnes peuvent encore retrouver des heures jusqu'à la fin octobre. Si ce n'était pas le cas, il y a deux mécanismes qui les protègent. Le premier, c'est le gel des temporaires. Donc si une personne à la fin des périodes de réaffectation fin octobre a perdu ses heures, on gèle la situation pour toute l'année prochaine jusque que fin juin. La deuxième mesure concerne les temporaires prioritaires. Ceux qui ont un petit peu plus d'expérience. Jusqu'au 31 décembre, on leur assure la même rémunération que celle qu'ils avaient avant. Les premiers retours que nous avons, c'est que les réaffectations se passent très bien.
La rentrée scolaire perturbée ? "Ce sera chaotique avant la reprise"Les gens qui témoignent mentent-ils ?
Je ne dis pas qu'ils mentent. Mais il y a les mesures de protection que je viens d'expliquer. D'ici là leur direction pourra leur retrouver des heures, parfois dans un autre établissement c'est vrai. Mais il y a toute une série de règles qui existent notamment une règle de 25 km de distance maximum entre les établissements. Je ne dis pas non plus que la situation est facile à vivre. C'est la raison pour laquelle je veux avancer sur le CDI qui sécurisera tout le monde.
Néanmoins, si les mesures étaient connues, elles ont été votées tard et les directions ont dû travailler dans l'urgence. Vous regrettez ce timing ?
C'est vrai que les directions d'école ont été sous tension en juillet août, plus que d'habitude. Les mesures étaient connues depuis novembre 2025 et les organisations syndicales comme les fédérations de PO (NdlR : pouvoirs organisateurs) ont demandé des concertations. Il y a eu trois rounds de négociations. Je comprends la critique et je reconnais que c'est arrivé assez tard pour les directions. Mais il faut un peu choisir l'angle d'attaque. Soit on est critiqué parce qu'on ne fait pas assez de dialogue social, soit on est critiqué parce que ça arrive trop tard. La réalité c'est que dans un monde idéal, on prend son temps, on annonce etc. Mais la réalité budgétaire, et je pense que tout le monde en est conscient maintenant, est assez catastrophique, il fallait donc agir. Donc c'est une critique qu'on entend et c'est vrai que ça ne fait pas plaisir aux directions d'école.
Le mouvement de grogne des enseignants devrait reprendre à la rentrée. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ?
Qu'on pourra annoncer les bonnes nouvelles pour l'année 2027 après les annonces d'économie. Et je le dis, je ne proposerai plus d'économie dans l'Enseignement. Il y aura aussi 75 millions de réinvestissements qui arriveront à partir de 2027 avec la réduction des deux périodes face classe pour un enseignant dans sa première année et pour ceux qui sont en fin de carrière. Il y aura aussi les 5 % d'augmentation du salaire pour les jeunes formés en quatre ans. Il y a encore les 25 % de différence de traitement entre un directeur et un enseignant. Ou encore 25 millions pour l'accompagnement personnalisé.
Est-ce que vous comptez sur un essoufflement du mouvement ?
Je souhaite une rentrée la plus sereine et la plus apaisée possible dans l'intérêt des élèves parce que l'intérêt des élèves est ma priorité.
"Nous savons que la rentrée est un moment particulier, nous ne souhaitons pas la perturber pour la perturber"Et si les profs ne décolèrent pas ?
On verra. Mais si la demande est de revenir sur les économies, la réponse est claire, c'est non. La situation ne s'est pas soudainement améliorée. Je précise que j'ai déjà rencontré tous ceux qui le souhaitaient avant les vacances. Et j'ai envoyé une invitation pour une rencontre le 1er septembre aux fédérations de PO et aux organisations syndicales. Mais parmi les syndicats, il y en a qui ne veulent pas venir.
Lesquels ?
Demandez-leur, je ne vais pas les stigmatiser parce que je veux justement avoir une rentrée plus apaisée donc je ne veux pas jeter de l'huile sur le feu.
Il y a un groupe important, Mars Attack, qui n'est pas syndical. Est-ce qu'ils sont invités ?
Je les ai déjà invités. En général, ils ne sont pas preneurs. Et quand on leur demande quelles sont les réformes qu'ils veulent qu'on retire, ils disent toutes les réformes. Donc c'est un peu compliqué. Mais ma porte reste toujours ouverte.
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