"Ils n'ont pas perdu leur place mais ceux qui sont là peuvent la gagner" : les absents ont-ils eu tort ?

"Ils n'ont pas perdu leur place mais ceux qui sont là peuvent la gagner" : les absents ont-ils eu tort ?

Dossier. Deux victoires convaincantes, une défaite frustrante de deux points face à la Nouvelle-Zélande et douze points glanés sur quinze possibles : comptablement, le premier bloc du Championnat des Nations est une réussite. Mais le véritable bénéfice est ailleurs : Fabien Galthié est rentré en France avec un réservoir considérablement élargi et une hiérarchie plus ouverte que jamais.

"Il se passe quelque chose de fort dans ce groupe." Avant même d'affronter le Japon, Fabien Galthié a senti que cette nouvelle compétition dépassait le simple cadre des résultats. Son intuition s'est confirmée. "Ces joueurs ont dépassé nos attentes en matière d'engagement et d'exigence. On voit une équipe qui performe et continue de grandir", a-t-il dit, toujours avant le dernier opus nippon.

Privé de plusieurs cadres laissés au repos ou blessés, le staff a découvert bien plus qu'une simple équipe de dépannage. Les nouveaux venus, comme Marko Gazzotti, Jefferson Poirot ou encore Fabien Brau-Boirie, ont proposé un rugby ambitieux, trouvé rapidement des automatismes et démontré que le collectif français était désormais capable de briller sans certains de ses leaders habituels.

Pour ces trois rendez-vous, le staff avait fait le choix — parfois contraint par les blessures des uns ou des autres, souvent stratégique — de laisser une dizaine de cadres au repos. Une coupure salutaire pour recharger les batteries, mais un pari risqué pour les joueurs : laisser la porte ouverte. Et la relève ne s'est pas fait prier. En manquant cette fenêtre internationale, plusieurs internationaux établis ont vu leurs doublures prendre une dimension fulgurante. "Il faut être aveugle pour ne pas voir les performances des uns et des autres", souriait le sélectionneur après le Japon. "C’est parfait pour l’émulation. Beaucoup de joueurs ont affirmé une compétitivité féroce pour porter ce maillot."

Aujourd'hui, il n'y a plus de gros statuts

Au sein du groupe, le constat est partagé. Peato Mauvaka, avant d’affronter l’Australie, a résumé l'évolution avec franchise : "Aujourd'hui, il n'y a plus de gros statuts. Tu te loupes, tu sors. C'est la forme du moment qui compte. On ne peut pas porter ce maillot juste pour un statut." Avant le premier match de la tournée, Galthié assurait que les absents "n'avaient pas perdu leur place". Il ajoutait aussitôt une précision lourde de sens : "Ceux qui sont là peuvent la gagner." Trois semaines plus tard, plusieurs l'ont probablement fait.

C'est peut-être la plus grande victoire de cet été. En installant une concurrence permanente, le XV de France s'est donné une profondeur que peu de nations possèdent. À l'heure de bâtir son groupe pour la deuxième partie du Championnat des nations en novembre, Fabien Galthié devra trancher entre des cadres revenus au meilleur de leur forme (ou non) et une nouvelle génération qui a prouvé qu'elle pouvait gagner au plus haut niveau. Un problème de riche... mais un problème quand même.