Aux funérailles de Bryan Brigou, à Hastière-par-delà : c'était un "papa en or"
Ce mardi matin, le glas sonne au bord d'une Meuse au cours impassible. Ce tintement de tristesse fissure l'avenante carte postale d'Hastière-Lavaux surplombant Hastière-par-delà de ses collines verdoyantes. Un corbillard chargé de couronnes traverse le pont, suivi d'un cortège motorisé. Il porte la dépouille de Bryan Brigou, dont le corps a été retrouvé sans vie une semaine plus tôt, le mardi 25 août, dans un sous-bois très feuillu, le long de la N97. Une découverte qui suit de plusieurs heures, soit la veille, le 24 août, celle du corps de son fils Tyméo. On ignore encore tout des circonstances précises de la mort du père et de son fils, et du dénouement tragique de cette double disparition déclarée à la police le 28 juin… Qu'a-t-il pu leur arriver ? Ont-ils traversé ensemble l'épreuve de leurs derniers instants ? Toujours est-il qu'ils gisaient à plusieurs centaines de mètres de distance l'un de l'autre, de chaque côté de la nationale, sous un épais couvert végétal. Un mystère qui continue de laisser les enquêteurs perplexes et dans le brouillard.
Compte tenu du contexte judiciaire qui ne permet pas encore de lever les incertitudes, l'atmosphère est lourde aux portes de l'église Saint-Pierre d'Hastière-par-delà. Car le parquet n'écarte aucune piste. L'hypothèse du drame familial, et donc d'une éventuelle défaillance du père, n'est donc pas encore totalement exclue. À contre-courant de la famille qui croit plutôt à l'intervention d'un tiers lié au milieu de la drogue.
Pour ses proches, et tous ceux venus rendre hommage à ce jeune papa, qui aurait eu 30 ans le 4 novembre, l'affaire est entendue: Bryan est une victime. Il ne peut y avoir de doute là-dessus.
Au premier rang, son père, ses frères et sœurs sont effondrés. Le prêtre tente alors de mettre des mots réconfortants sur ce chagrin d'autant plus cruel qu'il se nourrit d'une intense incompréhension: "C'est Bryan qui nous rassemble aujourd'hui. Mais si nous nous tenons ici, soudés, c'est pour qu'émerge quelque chose d'autre, de plus grand, et c'est l'espérance de pouvoir vivre avec toutes les inconnues, avec toutes les questions qu'on peut imaginer", introduit le célébrant qui invite l'assemblée à dire au revoir à Bryan et à ne pas l'oublier.
Pas tout beau tout rose
Deux témoignages personnels retentissent. D'abord par la voix brisée de sa sœur, qui n'oubliera jamais la figure rassurante et tant aimée de son grand frère. Ensuite, c'est Tina, compagne du défunt et maman de Tyméo. Elle a troqué le maillot rouge de Ronaldo, porté la veille en hommage à son "bébé" disparu, pour une sobre tenue noire de deuil. Elle livre ses souvenirs d'une vie commune qui connut des hauts et des bas, et d'un cheminement de 13 années qui n'a pas été tout beau tout rose. Mais Tina, malgré la tragédie dont il est, en tant que père, l'un des protagonistes, reste habitée par l'amour de celui qui a forgé ses jeunes années. "Malgré tout ce que nous avons traversé, tu m'as donné la joie de vivre, tu m'as parfois fait pleurer. Tu m'as fait râler, juste pour me narguer. Et moi, j'adorais te chercher, juste pourte voir râler à tontour (...) Aujourd'hui, je donnerais tout pour revivre ces souvenirs." Tina veut conserver tout de Bryan au fond d'elle. "Chaque rire, chaque regard. Je raconterai notre histoire, je parlerai de toi et de Tyméo, les deux êtres extraordinaires qui ont fait partie de ma vie." La veille, Tina avait promis à son fils de se battre pour connaître la vérité sur sa fin tragique et injuste. Devant le corps de Bryan, qui fut un "papa en or", elle promet de continuer à "se battre et à avancer, avec l'espoir de pouvoir vous retrouver, retrouver ce que la vie m'a arrachéet pouvoir encore vous serrer dans mes bras", glisse-t-elle, au terme d'un été horrible à se ronger les sangs.
Lundi matin, elle a porté Tyméo. Ce mardi, aux côtés de sa belle famille, elle tient le cercueil de "son" Bryan pour l'emmener au cimetière. Coup sur coup,elle affronte courageusement la perte des deux êtres qu'elle aimait le plus.Bryan s'en va, entouré des siens, tandis que les paroles de Hatik, Éternel, suspendent l'émotion."J't'aime d'un amour infernal. J'te l'jure devant l'éternel."
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