Quels efforts, à qui et combien ? Lecornu dévoile son projet de budget pour 2027
Politique 17/09/2026 19:06 Actualisé le 17/09/2026 20:44
Le Premier ministre vise 54 milliards d’euros d’économies, mais promet une copie « très loin de l’austérité ». Fonctionnaires, retraités, étrangers sont mis à contribution.
Par Marie Terrier avec AFP

BASTIEN OHIER / Hans Lucas via AFP
Le Premier ministre Sébastien Lecornu (ici le 27 juillet) a dévoilé son projet de budget le 17 septembre 2026.
Après plusieurs semaines d’attente, la copie est là. Dans un long entretien au Figaro, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dévoilé ce jeudi 17 septembre sa copie pour le projet de loi de finances pour 2027, marqué par une « offensive sur la réduction de la dépense publique dans un pays qui est trop dépendant ».
Plus précisément, Sébastien Lecornu propose un « effort » de 54 milliards d’euros dans son budget, ciblant un déficit à 4,8 % du PIB en 2027 hors nouvelles dépenses militaires, 5 % en les prenant en compte. Le chef du gouvernement assure toutefois que ce projet de budget sera « très loin de l’austérité ».
Parmi les sujets les plus sensibles se trouvent les retraites. L’effort demandé aux retraités restera « inférieur à six milliards d’euros » (l’hypothèse avait fait son chemin dans les médias ces derniers jours), et ses modalités – désindexation par rapport à l’inflation ou suppression d’un abattement – seront décidées au Parlement, a tranché Sébastien Lecornu, promettant qu’ils ne seraient pas « les seuls mis à contribution ».
Les fonctionnaires mis à contribution
« Aucune pension ne diminuera. Ensuite, le débat sur le rythme d’augmentation sera tranché au Parlement », a dit le Premier ministre, tout en indiquant envisager un gel des retraites les plus importantes. « Je déplore que le débat public de ces derniers jours ait pu donner l’impression que les retraités seraient les seuls mis à contribution, c’est faux et injuste », a-t-il ajouté.
Les fonctionnaires seront aussi mis à contribution, Sébastien Lecornu proposant de geler le point d’indice pour espérer récolter 2 milliards d’euros tout en ouvrant la voie à une préservation des salaires les plus bas. Une décision qui promet d’être contestée le 29 septembre, journée de mobilisation d’une intersyndicale de la fonction publique. La leader de la CGT Sophie Binet parle déjà d’un « scandale » et promet une « journée noire » le 29.
Le Premier ministre veut aussi instaurer un délai de « carence » pour le versement de certaines allocations aux étrangers, « celles qui ne dépendent pas du travail ». « Nous allons (...) présenter une mesure d’alignement de droits, notamment pour les étrangers, sur ce qu’on appelle les allocations sociales non-contributives, c’est-à-dire les allocations qui ne dépendent pas du travail », détaille le Premier ministre dans Le Figaro.
La surtaxe sur les bénéfices ne rapportera plus que 5 milliards
« Quand un étranger arrive en France, de manière légale, il n’a aucune carence pour se faire ouvrir ses droits, là où un Français de l’étranger a lui un délai de carence... », s’étonne Sébastien Lecornu pour justifier la mesure... qu’il sait va entraîner de nombreux débats. « Certains considéreront peut-être que c’est une mesure symbolique, les autres, de l’autre côté, hurleront sans doute à la mesure droitière » mais « c’est une mesure de bon sens », soutient-il.
Opposé à une année blanche « totale », c’est-à-dire avec un gel de toutes les prestations sociales, Sébastien Lecornu assume par ailleurs préserver « le minimum vieillesse, l’allocation aux adultes handicapés, le RSA ou les petites pensions ». Mais pour certaines allocations comme les APL, le gel sera « possible », reconnaît-il.
Sur les dépenses de l’État, le budget sera « le plus rigoureux depuis très longtemps », assure-t-il, confirmant un gel « en valeur », hors dépenses militaires et charge de la dette. « Les ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Recherche et de l’Écologie afficheront également des crédits en hausse », affirme toutefois Sébastien Lecornu. Mais le ministère du Travail, lui, devra réaliser « 2,5 milliards d’euros d’effort ».
Certaines entreprises, elles, peuvent avoir le sourire. Sébastien Lecornu, qui avait promis de réduire la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises, a précisé qu’elle ne rapporterait plus que 5 milliards d’euros par an au lieu de quelque 8 milliards.
Lecornu tend la main à LFI
« Stabilité fiscale : nous n’augmenterons pas les impôts », redit le Premier ministre. Il annonce à cet égard avoir décidé de « sortir » de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises « les entreprises intermédiaires » (ETI) pour « ramener » son produit « à 5 milliards d’euros ». « Il faut envoyer un message aux investisseurs et tenir notre croissance », fait-il valoir.
Et le vote dans tout ça ? Alors que la France insoumise promet de déposer une motion de censure « quoi qu’il arrive », Sébastien Lecornu a proposé de faire passer le budget sans avoir recours à l’article 49.3 ou aux ordonnances... à condition qu’il n’y ait pas « d’obstruction parlementaire » de la part du parti de Jean-Luc Mélenchon.
« La France insoumise fait de l’obstruction pour ensuite reprocher au gouvernement d’utiliser un 49.3 afin de surmonter l’obstruction », dit-il dans cet entretien. « Je leur fais une proposition : qu’ils ne fassent aucune obstruction parlementaire. Il n’y aura ni 49.3, ni ordonnances, et, à la fin, il y aura un vote ! »
Face à ces propositions, les réactions n’ont pas tardé dans la classe politique. À gauche, le patron du Parti communiste Fabien Roussel a dénoncé un budget de « casse sociale » fait « pour les riches ». De l’autre côté de l’échiquier politique, Jordan Bardella, interrogé sur BFMTV, a assuré ne pas accepter « d’économies sur le dos de la France du travail ».
Ces annonces sont la promesse d’une « potion d’austérité », « contraire aux engagements » du Premier ministre en faveur d’un « compromis », et « l’inverse de ce que propose » le PS, a par ailleurs réagi son porte-parole, le député Arthur Delaporte.