A Rennes et Nantes, les nouvelles gares se transforment en fours sous la canicule

A Rennes et Nantes, les nouvelles gares se transforment en fours sous la canicule

Camille Allain

C. A. avec AFP

Publié le 12/07/2026 à 07h02 • Mis à jour le 12/07/2026 à 07h02

L'essentiel

  • A Rennes comme à Nantes, les gares souffrent des fortes chaleurs, en raison de leur recours massif aux faces vitrées.
  • Des bâtiments pourtant récents surchauffent pendant la canicule, interrogeant sur le choix architectural de faire entrer absolument la lumière.
  • La conception des bâtiments doit être revue pour faire face au réchauffement climatique.

Il aura fallu dix ans. Dix ans d’études, de réflexion, de réunions, puis un temps trèèèèèès long de chantier. Tout ça pour ça ? Inaugurée en 2019, la nouvelle gare de Rennes est aujourd’hui pointée du doigt pour son incapacité à résister face aux chaleurs extrêmes. Dommage pour un équipement si récent qui avait coûté plus de 120 millions d’euros. « Il fait très chaud, ça fait un peu serre… On a l’impression d’être une petite tomate », témoigne Léa.

Alors que la température extérieure dépasse 37 °C, il fait encore plus chaud sous l’étrange toit transparent. Que la Rennaise se rassure, elle n’est pas seule. Chez sa voisine nantaise, le constat est le même. Livrée en 2020, la gare de Nantes s’était transformée en véritable four l’an dernier, contraignant la SNCF à fermer la mezzanine. Depuis, d’imposants et peu esthétiques ventilateurs ont été installés, sans pour autant résoudre le problème quand il fait 40 degrés.

Au-delà des deux gares, on pourrait aussi citer d’autres bâtiments récents qui souffrent plus que les autres en temps de canicule. A Rennes, le tout nouveau conservatoire ou le très chic immeuble Jean Nouvel souffrent de leur aspect très vitré quand le mercure dépasse les 30 °C. On vous l’accorde, il est facile de critiquer aujourd’hui. Mais n’y avait-il pas moyen de faire mieux sur le plan de la protection à la chaleur ? « Dans le monde du bâtiment, il y a la culture du survitrage car on souhaite valoriser la transparence, apporter de la visibilité. Mais ce qu’on oublie c’est que cette transparence va effectivement causer des problèmes colossaux », relève Clément Gaillard, urbaniste bioclimatique.

Faire entrer la lumière

Dans ces deux villes pas vraiment réputées pour leur climat hivernal, les architectes ont pendant longtemps cherché à maximiser la lumière. Conséquence : des orientations est ouest qui chauffent et des façades très vitrées pour faire entrer le soleil. Efficace… Sauf quand il fait chaud. « Un changement de paradigme » est nécessaire, insiste Olivier Dehaese, vice-président délégué au climat à la métropole rennaise. L’élu plaide pour « un meilleur compromis entre les apports de lumière et la possibilité d’empêcher la chaleur de rentrer dans les bâtiments. »

La nouvelle mezzanine de la gare de Nantes livrée en 2020 ne supporte pas les chaleurs intenses.

La nouvelle mezzanine de la gare de Nantes livrée en 2020 ne supporte pas les chaleurs intenses. - S. Salom-Gomis/Sipa

Pendant des années et encore plus avec la flambée des coûts de l’énergie, la logique a plutôt été de se protéger du froid que du chaud. Les canicules successives viennent rebattre les cartes. On peut cependant s’adapter en isolant par l’extérieur plutôt que par l’intérieur ou en installant des pare-soleil barrant ses rayons quand il est au zénith en été. Mais aussi en végétalisant les abords de ces bâtiments pour leur assurer de l’ombre. Enfin, un effort sur la circulation de l’air et la ventilation est très utile en période de cagnard.

Des bâches, des brasseurs d’air…

A la gare de Rennes, pour « atténuer les effets » de la chaleur, la SNCF a posé des bâches sur la façade sud et installé dix brasseurs d’air géants en 2025. Pour sa voisine nantaise, c’est « un film permettant de réduire la température ressentie dans la mezzanine en absorbant les rayons du soleil » qui est testé. Pour Jacques Boulnois, architecte et professeur à l’université d’Orléans, la particularité des récents épisodes caniculaires est la température restée élevée la nuit. « Si ça ne baisse pas la nuit, la chaleur s’accumule. Et là, peu importe le type de conception architecturale, ça peut très bien arriver aussi dans un bâtiment massif en pierre », nuance-t-il.

Pour marquer durablement le monde de l’architecture, le beau ne sera peut-être plus le premier argument. Le confort de l’usager, en hiver comme en été, sera sans doute à privilégier.