Patrick Bruel annule sa tournée
Patrick Bruel jette l’éponge : accusé de violences sexuelles par des dizaines de femmes et mis en examen pour viol, l’ex-idole des années 90 a renoncé mardi à la tournée qu’il devait entamer début octobre tout en continuant à clamer son innocence.
« Si j’ai voulu jusqu’ici maintenir (la tournée, NDLR), ce n’était ni un défi, ni une provocation », écrit sur Instagram le chanteur de 67 ans. « Mais je constate qu’aujourd’hui, cette tournée est devenue autre chose. Elle est devenue l’incarnation d’un débat qui la dépasse », ajoute-t-il, en faisant part de sa « décision d’annuler ces concerts ».
Depuis plusieurs semaines, des responsables politiques, des élus et des associations féministes appelaient le chanteur à renoncer à se produire sur scène alors que des dizaines de femmes l’accusent désormais d’agressions sexuelles.
Plaintes et accusations s’accumulent depuis l’enquête de Mediapart parue en mars et fondée sur le témoignage de huit femmes couvrant une période allant de 1991 à 2019.
À ce stade, Patrick Bruel a été mis en examen dans quatre dossiers, notamment pour viol et tentatives de viol, et a été placé sous le statut, plus favorable, de témoin assisté dans quatre autres dossiers.
« Je ne suis pas cet homme-là »
Dans son message sur Instagram, le chanteur justifie l’annulation de ses 35 concerts par un souci « d’apaisement » mais assure que cette décision « ne signifie en aucun cas qu'(il) renonce à (se) défendre ». « Je ne suis pas l’homme que certains imaginent ou décrivent aujourd’hui. Je ne suis pas cet homme-là. Je ne laisserai pas dire certaines choses sans les contester pour une raison simple : elles sont fausses », écrit celui qui a toujours contesté les accusations portées contre lui. « Je me battrai pour que mon innocence soit reconnue », ajoute-t-il, tout en assurant « prendre au sérieux ce qui est dit ».
Le chanteur s’est également adressé à ses fans qui souhaitaient le voir monter sur scène pour célébrer le 35e anniversaire de l’album « Alors regarde », son grand succès, avec plus de trois millions d’exemplaires vendus.
« Une tournée, ce n’est jamais seulement un artiste. Ce sont près d’une centaine de personnes. Des femmes et des hommes qui travaillent depuis des mois. (…) Et puis, et surtout, vous », détaille-t-il. « Plus de 150 000 personnes qui attendiez avec tant d’impatience ce rendez-vous ».
Tournée « indécente »
En mai-juin, à mesure que l’étau judiciaire se resserrait sur lui, plusieurs de ses concerts avaient été annulés en France mais aussi à Montréal, au Canada, et Patrick Bruel avait lui-même renoncé à monter sur la scène des festivals de l’été où il était programmé.
Les dernières représentations de la pièce dans laquelle il se produisait à Paris avaient elles aussi été annulées.
Placé en garde à vue et mis en examen début juin, le chanteur n’avait pas été écroué et était astreint à un contrôle judiciaire qui ne lui interdisait pas de se produire sur scène.
Après l’annonce de sa décision de renoncer à sa tournée, le collectif NousToutes a salué le fruit d’une « énorme mobilisation féministe », estimant que cette tournée était « indécente, une insulte envers les victimes ».
Les maires de villes où devait se produire l’artiste ont fait part de leur soulagement. « Mieux vaut tard que jamais. Maintenant, la justice doit passer sereinement », a déclaré Nicolas Mayer-Rossignol, le maire de Rouen.
« Nous avions demandé que la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles soit valorisée et que la justice puisse effectuer son travail. Avec l’annulation de cette date, c’est désormais chose faite », a estimé son homologue à Chartres, Ladislas Vergne. La maire de Strasbourg Catherine Trautmann a, elle aussi, salué l’annulation, ajoutant : « Les femmes qui ont eu le courage de témoigner doivent pouvoir compter sur notre écoute et notre soutien ».
Décision «inévitable bien que tardive »
Sollicité par le Télégramme, le maire divers droite de Brest Stéphane Roudaut a réagi en qualifiant cette décision « d’inévitable bien que tardive ». L’élu brestois avait déjà publiquement appelé l’artiste à faire preuve de « décence » et à se mettre en retrait le temps des procédures.
Pour l’édile brestois, le maintien des concerts était devenu intenable face à la gravité des faits dénoncés : « Comment considérer la parole des femmes qui ont témoigné et que, dans le même temps, il se fasse applaudir sur les scènes de France ? »
Il pointe aussi les risques majeurs de troubles à l’ordre public qu’aurait engendré le maintien de cette tournée, contraignant inévitablement les municipalités et les préfectures à prendre des arrêtés d’interdiction. « Au vu de l’ampleur des témoignages et des plaintes, il faut maintenant que la justice fasse son travail », a conclu le maire de Brest.
D’autres édiles avaient exprimé l’envie de voir le concert de l’artiste annulé, dont ceux d’Orléans, Chartres, Amiens, Strasbourg ou encore Dijon.
Aurore Bergé, la ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui avait appelé Patrick Bruel à renoncer à sa tournée, pour sa part dit « prendre acte » de la décision.
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Enfin, l’avocate Jade Dousselin, qui défend plusieurs plaignantes, a fait part de son « grand soulagement » tout en assurant que cette annulation n’occultait pas ce qu’elle considère comme « des errements » de la justice.