Pénurie de pédiatres : les causes des disparités en Suisse
La Suisse manque de pédiatres, même si la situation varie fortement d'un canton à l'autre. Une étude de l'Université de Berne met en lumière ces disparités et pointe notamment le manque de médecins formés, la charge administrative et les différences de rémunération entre cantons.
Longs délais d’attente, consultations écourtées, difficultés à accepter de nouveaux patients: la Suisse fait face à une pénurie de pédiatres.
En moyenne, un médecin prend en charge quelque 1600 enfants, alors que la Fédération des médecins suisses recommande un ratio d’un pédiatre pour 1000 enfants.
Pénurie marquée en Suisse centrale et orientale
Le manque de pédiatres est particulièrement prononcé en Suisse centrale et orientale. Dans le canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures, par exemple, un pédiatre prend en charge 4750 enfants, soit plus de six fois plus qu’à Genève, où ce chiffre s’établit à quelque 750 enfants par médecin.
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Ces écarts entre cantons sont nettement plus importants qu’attendu, souligne Claudia Kuehni, directrice de l’étude et professeure à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne.
De manière générale, les cantons urbains et la Suisse latine disposent d’une meilleure couverture pédiatrique, tandis que l’offre reste inférieure à la moyenne dans les régions rurales. Ces disparités ont des conséquences concrètes pour les patients. La durée des consultations préventives varie ainsi fortement: elle est d’environ 20 minutes en moyenne dans le canton de Schaffhouse, contre 45 minutes à Genève ou en Valais.
Les trois enfants par heure prévus deviennent alors vite six enfants par heure.
Les disparités concernent également l’accueil de nouveaux patients. Dans les régions où l’offre est insuffisante, de nombreux cabinets n’acceptent plus les enfants que de manière sélective, par exemple lorsqu’un frère ou une sœur y est déjà suivi ou lorsque la famille habite à proximité. Selon l’étude, seuls 31% des cabinets pédiatriques acceptent encore de nouveaux patients sans restriction, souligne Claudia Kuehni.
De trois à six enfants par heure
Stefan Roth, membre du comité de Médecins de famille et pédiatres Suisse, en constate les effets au quotidien. Les plages prévues pour les urgences se remplissent rapidement: "Les trois enfants par heure prévus deviennent alors vite six enfants par heure", explique-t-il.
Dans ces conditions, la consultation se concentre souvent uniquement sur le problème aigu. Les autres questions ou préoccupations des parents passent au second plan. Une situation frustrante pour les familles, mais aussi éprouvante pour les médecins. "Cela génère parfois un stress immense, notamment lorsqu’on a le sentiment de ne pas pouvoir répondre suffisamment aux besoins de la personne que l’on a en face de soi", souligne Stefan Roth.
Manque de médecins, plus de bureaucratie
Claudia Kuehni explique cette sous-dotation par plusieurs facteurs. Le premier est structurel: la Suisse ne forme pas suffisamment de médecins. À cela s’ajoute une charge administrative croissante dans les cabinets, qui réduit le temps pouvant être consacré aux patients.
Pour expliquer les fortes disparités entre cantons, l’étude met surtout en avant deux éléments: le degré d’urbanisation et le niveau de rémunération, qui varie d’un canton à l’autre. Selon les chercheurs, la rémunération à elle seule permettrait d’expliquer 39% des écarts observés: plus elle est élevée, plus la densité de médecins tend à être importante.
>> Réécouter l'interview de Martine Bideau, pédiatre et co-présidente de la Société genevoise de pédiatrie :
Un levier d’action pour les politiques
Pour Claudia Kuehni, ces résultats mettent en évidence un levier d’action concret. "Une solution simple serait de rémunérer les traitements de manière uniforme dans toute la Suisse", estime-t-elle.
Une harmonisation des tarifs à l’échelle nationale, voire une revalorisation ciblée dans les régions les plus touchées par la pénurie, pourrait rendre l’installation de pédiatres en zone rurale plus attractive.
Michèle Scherer (SRF) / ain