Gel des dépenses de l’État, économies, effort demandé aux retraités et aux collectivités, 49.3 : Lecornu détaille un effort de 54 milliards d’euros pour le Budget 2027 sans hausse d’impôts
l'essentiel Gel des dépenses de l’État, économies sur les arrêts maladie, effort demandé aux retraités et aux collectivités, baisse de la surtaxe sur les grandes entreprises : Sébastien Lecornu dévoile les principaux arbitrages du budget 2027. Le Premier ministre vise 54 milliards d’euros de redressement, avec une ligne rouge : ne pas augmenter les impôts.
Sébastien Lecornu met désormais un chiffre sur son projet de budget pour 2027 : 54 milliards d’euros, presque le double de ce qui étati attendu (30) ! Dans un entretien au Figaro publié ce jeudi soir, le Premier ministre présente cet effort comme nécessaire pour contenir un déficit qui, sans mesures correctrices, « tutoierait les 6,5 % du PIB ». Le gouvernement entend agir principalement sur les dépenses, tout en maintenant une « stabilité fiscale ».
La pression vient notamment des comptes sociaux : sans intervention, les dépenses de Sécurité sociale augmenteraient de 22 milliards d’euros. À cela s’ajoutent 10 milliards supplémentaires pour financer la charge de la dette et une progression spontanée de 7 milliards des dépenses de fonctionnement des collectivités. « Ce n’est pas un budget d’austérité, c’est une copie offensive sur la réduction de la dépense publique », dit le Premier ministre.
Ramener le déficit à 5 %
L’objectif affiché est de ramener le déficit à 4,8 % du PIB hors nouvelle hausse des crédits militaires, et à 5 % en intégrant cet effort de défense.
L’État sera le premier mis à contribution. Hors charge de la dette et des Armées, ses dépenses seront gelées en valeur en 2027. La Défense échappera toutefois au tour de vis avec 6,4 milliards d’euros supplémentaires, tandis que la Justice, l’Intérieur, la Recherche et l’Écologie bénéficieront également de crédits en hausse.
D’autres ministères devront au contraire réduire fortement la voilure. Celui du Travail devra trouver 2,5 milliards d’euros, notamment en revoyant certains dispositifs renforcés pendant la crise sanitaire et en ciblant davantage le compte personnel de formation. Les opérateurs et agences de l’État verront eux aussi leurs enveloppes diminuer.
Point d’indice des fonctionnaires gelé
Les fonctionnaires participeront à l’effort. Le point d’indice sera gelé, mesure dont le gouvernement attend 2 milliards d’euros d’économies, avec l’ouverture annoncée de discussions pour protéger les agents aux rémunérations les plus faibles face à l’inflation. Les collectivités devront, de leur côté, contenir la progression de leurs dépenses de fonctionnement au niveau de l’inflation. Sébastien Lecornu prévoit également de réduire les enveloppes consacrées aux cabinets ministériels et confirme le principe d’un effort sur la rémunération des ministres, dont les modalités restent à préciser.
La sphère sociale n’échappera pas aux économies. Le gouvernement vise environ 2 milliards d’euros sur les arrêts maladie. La réforme des ruptures conventionnelles doit produire 100 millions d’euros d’économies dès 2027, puis 800 millions en année pleine. La lutte contre la fraude fiscale et sociale, renforcée notamment par de nouveaux outils d’intelligence artificielle, doit rapporter un milliard supplémentaire. Le Premier ministre veut également permettre, pendant l’année 2027, à des contribuables de régulariser spontanément leur situation auprès de l’administration.
Pas de baisse des pensions, mais…
Sur les retraites, « aucune pension ne diminuera. ». Sébastien Lecornu écarte toute baisse des pensions mais laisse ouverte la question de leur rythme de revalorisation. L’effort demandé aux retraités sera, assure-t-il, inférieur aux 6 milliards d’euros précédemment évoqués et les petites pensions doivent être épargnées. « Je le redis : les petites retraites seront protégées. » Il refuse ainsi une « année blanche » générale : minimum vieillesse, allocation aux adultes handicapés, RSA et petites retraites continueraient à évoluer. En revanche, un gel reste envisagé pour les pensions les plus élevées ainsi que pour les APL. La politique familiale serait également revue. Le gouvernement souhaite rééquilibrer, à coût constant, les bonifications de retraite liées aux enfants, sans modifier les droits des retraités actuels.
Sébastien Lecornu plaide aussi pour un recentrage de l’allocation de rentrée scolaire et annonce la création d’un « prêt à taux zéro natalité » destiné à aider les familles à acquérir un logement adapté. Il prévoit parallèlement un alignement des conditions d’accès à certaines prestations sociales non contributives pour les étrangers arrivant légalement en France.
Promesse de ne pas augmenter les impôts
Côté fiscalité, le Premier ministre promet de ne pas augmenter les impôts et refuse notamment un gel du barème de l’impôt sur le revenu. La surtaxe d’impôt sur les sociétés acquittée par les grandes entreprises serait au contraire ramenée de 7,5 à 5 milliards d’euros. Le pacte Dutreil serait maintenu et un nouveau « pacte Papin » doit faciliter la reprise d’entreprises par leurs salariés. Certaines niches fiscales pourront toutefois être revues et le gouvernement envisage notamment de fiscaliser les indemnités liées aux arrêts de travail afin de financer l’Assurance maladie.
Reste l’obstacle politique et la censure. « Je vis avec cette perspective depuis le premier jour », assure Sébastien Lecornu. LFI a annoncé qu’elle censurera le gouvernement, tandis que communistes et écologistes se sont également prononcés pour la censure dont le PS se rapproche. Le RN laisse en revanche ouverte l’hypothèse d’une non-censure sous conditions.
Le dernier budget du quinquennat devrait en tout cas provoquer de vifs débats.
Pas de 49.3 si...
« Toutes les mesures sont à discuter, avec nos soutiens comme avec nos opposants, dans le respect de l’équilibre financier global. Qu’ils ne fassent aucune obstruction parlementaire. Il n’y aura ni 49.3, ni ordonnances, et à la fin, il y aura un vote ! », promet le Premier ministre.