L'étonnante opération montée par SpaceX pour sauver des eaux son Starship
L'affaire est originale. L'entreprise spatiale américaine est en train de rapatrier le second étage du Starship ayant survécu au dernier vol d'essai. Le vaisseau de SpaceX a été pris en charge dans l'océan Indien par un semi-submersible, et vogue actuellement vers le Texas.
Un navire assez surprenant se dirige actuellement vers le port de Brownsville, dans l'État américain du Texas, après avoir quitté le large de Flying Fish Cove, île australienne de Christmas, au sud de Java dans l'océan Indien.
Il s'appelle le Forte et, s'il bat pavillon maltais, il appartient à l'entreprise néerlandaise Boskalis. Il était arrivé de Singapour le 23 août dernier, dépêché pour une mission très spéciale, à savoir rapatrier à l'autre bout du monde, à la Starbase de l'entreprise SpaceX d'Elon Musk, le second étage numéro 40 de sa méga-fusée Starship, qui avait survécu au treizième vol d'essai du programme, le 24 juillet 2026.
Ce vaisseau expérimental a passé 24 jours à flotter en mer sans couler. Même si l'eau salée et les tempêtes ont fait leur œuvre, SpaceX le veut. Malgré quelques aléas en mer, il a été ramené au calme avant l'arrivée du Forte. Le bateau de Boskalis est un semi-submersible dédié aux charges lourdes. Cela signifie qu'il peut s'immerger pour se placer sous un objet de grande envergure et le remonter. Une opération qui s'est déroulée le 26 août.
En route pour Boca Chica
Le « Ship 40 » est donc désormais en route pour la base de Boca Chica, où il a vu le jour au sein de la Starfactory, et d'où il avait été lancé dans l'espace en juillet. Le Forte a appareillé le 28 août et se dirige sans doute vers le cap de Bonne Espérance, à la pointe sud de l'Afrique australe, afin d'éviter les canaux de Suez et Panama. Il traversera ensuite l'Atlantique pour rejoindre le golfe du Mexique, probablement en octobre.
Il fallait bien cela pour récupérer l'impressionnant édifice en inox de 52 mètres de long, neuf mètres de diamètre, dans lequel l'homme le plus riche du monde espère un jour mettre des hommes et des femmes, en vue de les amener sur la Lune, voire vers Mars. Personne n'avait initialement prévu de le ramener après son périple dans l'espace.
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Analyser les vestiges d'un vol qui a satisfait le « boss »
Le 24 juillet, le treizième vol d'essai avait été considéré comme un succès quasi intégral. Après avoir déployé vingt satellites Starlink V3, le temps de les tester, et effectué sa rentrée dans l'atmosphère, l'étage supérieur du Starship avait ensuite décéléré correctement et effectué le splashdown – l'amerrissage – le plus surprenant de son histoire, basculant et se couchant sur le « ventre » au beau milieu de l'océan sans exploser. Puis il avait été pris en remorque par le Normand Ranger et le Go Australis, à l'aide de défenses pneumatiques Yokohama, pour le maintenir à flot.
Si SpaceX tient à le récupérer, c'est parce que l'un des enjeux-clés du développement du Starship, plus puissant lanceur spatial jamais construit, se voulant de surcroît intégralement réutilisable, c'est son bouclier thermique. Il se compose de multiples tuiles céramiques, qui revêtent sa surface, pour le protéger, lui, et son éventuel équipage humain contre le plasma brûlant généré lors de la rentrée dans l'atmosphère.
Avant qu'il ne lève l'ancre, les ingénieurs de l'entreprise ont d'ailleurs déjà inspecté le vaisseau au mouillage, et prélevé des tuiles. Une fois de retour, ils entendent bien continuer d'observer non seulement les tuiles du bouclier, mais aussi analyser les joints, l'état de l'acier, les moteurs, ou encore l'effet de la corrosion.
Elon Musk est obsédé par le Starship. S'il lui arrive d'exprimer des doutes, il semble n'avoir jamais eu d'ambition plus démesurément assumée à son sujet. Son entreprise a récemment annoncé son intention de créer la plus grande base de lancements spatiaux du monde, dans l'État de Louisiane. Il s'agit à terme, selon le magnat originaire d'Afrique du Sud, d'y installer « plus d'une douzaine de tours de lancement », ce qui permettrait, précise-t-il, d'effectuer « plus de 30 vols Starship par jour ! »
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Le chemin de Mars reste très long et semé d'embûches
Si cette fusée reste loin d'être certifiée pour des vols habités, il s'agit de la plus puissante, mais aussi de la plus grosse, à s'être rendue dans l'espace à ce jour, loin devant le Space Launch System (SLS) utilisé par la Nasa lors de ses premiers vols Artemis, dont le second, en avril, a envoyé quatre astronautes autour du satellite naturel de la Terre, à bord de la capsule Orion.
Le futur Starship est indispensable au programme américain d'installation pérenne de l'être humain sur la Lune, tel qu'il a été conçu. C'est d'abord lui, de ce que l'on sait à l'heure actuelle, qui pourrait faire alunir les astronautes, puis les ramener sains et saufs, bien qu'il soit mis en concurrence avec l'appareil Blue Moon, de l'entreprise Blue Origin, créée par Jeff Bezos.
Le Starship se compose de deux parties. Sa base, son booster, s'appelle « Super Heavy ». Avec ses 33 moteurs Raptor, ce dernier propulse le second étage, le Starship à proprement parler, dans l'espace. À terme, il doit ensuite revenir de son côté pour être réutilisé, même si pour l'heure, le Super Heavy numéro 20, utilisé pour le treizième vol, a été perdu. L'étage supérieur actuel, quant à lui, est doté de six moteurs Raptor, de deux types différents. Le mélange est le même pour tout le monde : méthane liquide et oxygène liquide.
Selon le scénario actuel du programme Artemis, une version lunaire du Starship, baptisée HLS, doit être ravitaillée en orbite terrestre par d'autres engins de même dimension, des Starship-citernes, puis rejoindre en orbite lunaire les astronautes expédiés via Orion, avant de les poser sur notre satellite avec une grosse charge utile de matériel au passage, et de les faire revenir vers le véhicule de la Nasa pour qu'ensuite ce dernier les ramène sur Terre. Mais le Starship classique peut revenir, à la verticale, grâce à une tour de récupération baptisée Mechazilla. Tout comme son booster.
C'est vertigineux, et il y a beaucoup de points d'interrogation. SpaceX entend multiplier les vols d'essais dès cette année, au grand dam des opposants aux projets d'Elon Musk. Tout doit encore être testé, et notamment cet inédit ravitaillement dans l'espace opéré entre plusieurs cylindres faisant chacun la taille d'un demi-terrain de football. Sans oublier les interrogations propres à la Lune et ses complexités, comme le régolithe, ce sol fait de poussière et d'éclats de roche broyés par les météorites faute d'atmosphère, tranchant, chargé d'électricité statique, qui colle, raye et s'infiltre partout.
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