Les vendanges de Wallonie picarde s'annoncent excellentes : "La qualité est au rendez-vous même si le rendement est moins bon"

Les vendanges de Wallonie picarde s'annoncent excellentes : "La qualité est au rendez-vous même si le rendement est moins bon"

L'année 2026 est marquée par la production d'un raisin d'excellente qualité avec cependant un volume à la baisse. L'exceptionnelle période de sécheresse a donné de petites baies contenant moins de jus. Cependant, des vignobles distants l'un de l'autre de quelques kilomètres ont connu des situations parfois fort différentes, selon la nature du sol et les aléas climatiques.

Gabriel Dumortier, un des plus jeunes viticulteurs de Wallonie picarde (il a planté en 2021 seulement sa première parcelle) peut en témoigner au milieu des quelque 1500 pieds de vigne de son Domaine de l'Anglée à Hérinnes. "Une partie de mes parcelles a subi un peu de gel au printemps, puis le domaine a connu une chute de grêle lors d'un orage très localisé en juin, et enfin il y a eu cette sécheresse qu'il a fallu gérer". Le domaine a beau bénéficier d'un sol sablo-limoneux assez riche grâce à sa proximité avec les anciens alluvions de l'Escaut, la sécheresse et le soleil ont été très durs cet été. "J'ai donc, notamment, laissé plus de feuillages au sud quand j'effeuillais les pieds faisant face au soleil plus matinal".

Comme la toute grande majorité des viticulteurs wallons, il fait le constat suivant : "La qualité est bel et bien au rendez-vous même si le rendement n'est pas comparable aux années précédentes".

Samedi, avec des membres de la famille et des amis, le Muscaris a été vendangé. "Ce cépage est connu pour avoir une pulpe bien juteuse mais le jus a moins coulé que d'habitude lors du pressage. Cependant, si le rendement n'est pas excellent, le raisin a un goût concentrétrès prometteur".

En raison d'une production inférieure à ce qui était prévu, Gabriel Dumortier a décidé d'assembler son Cabernet Cortisavec ses deux cépages blancs (Muscaris et Solaris) pour utiliser ses cuves à leur meilleur potentiel volumétrique. Conséquence : il n'y aura pas de vin rosé en 2026.

Ses raisins rouges (du cépage Régent) qui produisent le "Crécelle" (chaque vin porte le nom d'un oiseau local) ne sont pas encore à maturité et seront vendangés dans une dizaine de jours sans doute. Ils sont eux aussi prometteurs, avec un rendement meilleur que le blanc. "C'est une drôle d'année qui se clôture : il y a eu moins de travail à accomplir cet été mais c'était plus stressant".

"Mes noyers aussi ont souffert"

Quand on vous disait que le bilan de l'année 2026 est contrasté, il suffit d'aller faire un tour dans les parcelles du Vignoble "Terre des Fours à chaux" de Romuald François réparties à la Drève du Château d'Obigies et à Gaurain, rue Four du Clerc. Cette dernière parcelle fort calcaire qui a donné son nom au domaine lui a joué un mauvais tour."J'ai eu pas mal de pertes, quelque 50%, à cause de la chaleur et malgré des arrosages (je sais que la structure de mon sol ne tient pas bien l'eau et garde la chaleur): beaucoup de raisins sont très petits à cause du stress hydrique, ou ont brûlé. Même les noyers ont souffert".

La récolte imposera de réaliser davantage d'assemblages pour équilibrer les vins. "Le Solaris vendangé samedi, excellent au niveau gustatif, a un taux de sucre très élevé, de l'ordre de 14,5%. Le Muscaris a actuellement un taux de 10% et sera vendangé la semaine prochaineou plus tard. Des assemblages seront nécessaires pour obtenir des vins pas trop riches en alcool. Les vignerons doivent sans cesse s'adapter voire se réinventer. Cette année, le rosé sera fait à partir de mon Cabernet Cortis tandis que mon Sauvignier gris sera exclusivement blanc pour compenser mes pertes de Muscaris".

Les cépages de nos viticulteurs ont été choisis pour leur grande capacité à résister aux maladies (mildiou, oïdium, etc.), permettant aux exploitants de limiter le nombre de traitements phytosanitaires. Cette année, en raison des fortes chaleurs et de la sécheresse, les traitements ont été quasiment inexistants. "On n'a pas eu à subir de pression des maladies. Mais il faut rester vigilants parce que, même si on bénéficie actuellement d'une bonne arrière-saison, le raisin rouge ne sera pas vendangé avant deux à trois semaines", indique Philippe Couplet duDomaine viticole de Longuesault à Ere.

"Une année facile"

Au lendemain de deux week-ends passés à vendanger 70% de ses raisins, il se réjouit de la qualité des baies qui produiront ses vins effervescents. "C'est très qualitatif, avec une bonne maturité et un taux de sucre bien maîtrisé. Le rendement est en deçà du niveau habituel mais rien d'affolant. Nos terres sont bien équilibrées : le léger stress hydrique a contribué à revigorer les grappes. Je dirais que c'était plutôt une année positive. Je pense que ces conditions climatiques auront un effet bénéfique pour le vin rouge, plus délicat à faire en Belgique, pour lequel le soleil généreux a été un bel atout".

Depuis quelques jours, du raisin de table du domaine tournaisien est déjà disponible à la consommation dans quelques points de vente du Tournaisis dédiés au bio.

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