Nvidia GEForce Now : le cloud si efficace qu'il fait flipper
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Il y a un an et des poussières, l'auteur de ces lignes signait un papier désabusé, au cours duquel il décrivait son incapacité à s'abonner aux moult services désormais accessibles à chaque joueur soucieux de ses économies. Il s'agissait d'établir que le Game Pass et le PS Plus avaient tout du troc perdant, que l'on préférait l'objet qui, à défaut d'être physique, pouvait au moins prendre l'allure d'une possession numérique bête et rassurante face à la location perpétuelle et le souci de l'évaporation des propriétés. Nous voilà désormais face à GEForce Now, dont on a reçu un accès Ultimate pendant plus de trois semaines. Et fondamentalement, malgré des qualités évidentes, l'outil n'a pas réussi à nous faire changer d'avis.
Commençons par lever un malentendu tenace : GeForce Now n'a rien à voir avec le Game Pass ou le PS Plus. Le service ne donne accès à aucun jeu. Il n'en offre pas un seul. La proposition de NVIDIA se contente de faire tourner sur ses serveurs les titres que l'on possède déjà sur Steam, Epic, Battle.net ou GoG, et d'en renvoyer l'image. En réalité, c'est un abonnement de complément, un tuyau, une carte graphique en location longue durée qui vit à mille kilomètres du salon. À 21,99 euros par mois pour la formule Ultimate.
La tête dans les nuages
Soyons précis, puisque le sujet ne tolère pas l'à-peu-près (surtout pour les lecteurs qui souhaiteraient la taille de leur... connexion) : l'auteur de ces lignes a testé l'outil avec la fibre, 1056 Mbit/s en descente, 710 en montée, 12 millisecondes de ping (au moment où ces lignes ont été écrites), le tout en Wi-Fi. Basez-vous sur ces chiffres pour déterminer la véracité de ce qui va suivre dans ce texte. Avec des derniers, la qualité de l'image et du son proposées par GeForce Now confine au bluff. Certes, on n'atteint pas la précision absolue du rendu natif sur une machine musclée et il y a toujours cette légère mollesse de la compression que l'œil entraîné finit par débusquer. Néanmoins, on gagne au passage une tranquillité que le PC peut parfois galérer à procurer. Ici, pas de pilote à mettre à jour, pas de plantage au bout de deux heures, pas de réglages à tripoter pendant quarante minutes avant de daigner lancer la partie : ça tourne, point. Sauf si... votre connexion fait des siennes, ou que vous vous éloignez trop de la source de cette dernière. Les rares fois où le château de cartes s'est effondré, c'était toujours pour la même raison, avec un résultat similaire : quelques secondes de flottement, une bouillie de pixels, et la sensation désagréable de jouer avec des gants de ski avec un temps de latence qui se mulitplie par 10. Sur trois semaines d'utilisation, il convient néanmoins d'indiquer que ces instances étaient plutôt rares, même si elles valent bien une mention.

L'autre avantage évident de ce service, c'est sa compatibilité avec tout un tas d'appareils que l'on oserait même pas allumer pour jouer à du triple A bien costaud. Il peut s'agir du smartphone (même si l'on vous invite le cas échéant à y connecter une manette, hein), mais aussi de consoles plus confidentielles originellement dédiées principalement à de l'émulation, comme l'Ayn Thor (dont nous avons déjà parlé de manière extensive). Inutile de préciser que nous adorons cet appareil, même s'il présentait rapidement ses limites à partir du moment où l'on souhaitait lancer des jeux un peu plus gourmands que la moyenne. Or GeForce Now comble immédiatement cette lacune.

Quand l'expansion virtuelle rencontre les limitations matérielles
Sauf que très vite, le mur n'est plus là où on l'attendait. Sur la Thor, les gâchettes sont un peu imprécises, molles sous le doigt. Résultat : les jeux d'action qui réclament un déluge de commandes deviennent pénibles à pratiquer, alors même que, pour la première fois, ils sont enfin "possibles". Voilà l'ironie que l'on n'avait pas vue venir : le cloud résout le problème du calcul, mais pas celui de l'ergonomie matérielle, en fonction évidemment de l'appareil que vous souhaitez utiliser. En fait, le goulot d'étranglement ne disparaît pas, il déménage, quitte le silicium pour aller se loger dans le plastique, dans une gâchette mal foutue, un écran trop petit ou des haut-parleurs indignes du mixage qu'on leur envoie. Reste que l'usage, lui, se dessine assez clairement : ce sont les triple A que l'on vient chercher ici. Personne ne s'abonne à 22 euros par mois pour streamer via une 5080 virtuelle un jeu de gestion en pixel art que l'on peut d'ordinaire faire tourner sur notre grille-pain.

Il y a malgré tout beaucoup d'usages possibles, dont certains un peu plus pratiques comme celui, évident, du streaming direct via la télévision. Pour peu que vous possédiez une TV connectée, vous pouvez ainsi directement installer GeForce Now sur cette dernière, connecter une manette en bluetooth et roulez jeunesse. C'est d'ailleurs probablement la méthode de consommation la plus intéressante de toutes, puisqu'elle s'inscrit clairement dans l'air du temps. Par cette méthode, dites adieu pour de bon à toute considération physique : non seulement vous ne possédez pas de boîte de jeu, mais plus de console non plus. Il vous faut simplement une manette, un compte Nvidia, un compte Steam (ou autre) pour accéder à votre bibliothèque, et vous pouvez en essence balader tous vos jeux partout sans avoir à les transporter physiquement.

Un détail supplémentaire est à prendre en compte : depuis janvier 2026, tous les abonnés payants de GeForce Now, Performance comme Ultimate, sont plafonnés à cent heures de jeu par mois, à raison de 8 heures de jeu par session. Au-delà, il faut acheter des tranches de quinze heures supplémentaires, à 5,99 euros pièce pour les abonnés Ultimate. Notez néanmoins que 100 heures de jeu par mois, cela correspond en essence à environ 3h20 par jour, à condition de ne louper aucun de ces jours du mois. Rares seront les joueurs à utiliser autant le service sur une telle durée, et ce de manière quotidienne. Si par exemple vous ne jouez que deux heures le soir, et, mettons, 5 heures par jour le week-end, vous plafonnerez à 72 heures (il vous en reste donc 28 de rab si besoin).
Peur primale
D'un point de vue pratique, cette donnée n'est donc pas réellement, en soi, un véritable problème. C'est plutôt la question que cette manière de consommer pose qui a de quoi inquiéter. Nous sommes passés de l'achat d'un objet à la location d'un accès, puis de la location d'un accès à la facturation du temps passé. Le compteur qui tourne : voilà le vrai symbole de l'époque, encore plus que la disparition du disque. Ajoutez à cela que le catalogue dépend du bon vouloir des éditeurs, que certains gros titres manquent toujours à l'appel (on a voulu essayer Red Dead Redemption 2 : impossible), et l'on obtient ce paradoxe : on possède le jeu, mais l'on ne peut pas réellement y jouer.

In fine, donner une sentence sur la qualité de ce service s'avère une tâche bien plus ardue qu'il n'y paraît. D'une part, certes : ça marche. Et plutôt très bien même. Néanmoins, tout cet enthousiasme sera inévitablement contrasté par un questionnement presque philosophique sur la notion même de propriété et de consommation culturelle. En soi, GeForce Now n'est pas le fossoyeur de la propriété que l'on se préparait à dénoncer. C'est même, à sa manière, le plus vertueux des services de cette galaxie : il ne dépossède de rien, il prolonge la vie de machines modestes et évite d'avoir à racheter une carte graphique tous les trois ans, ce qui, par les temps qui courent et vu le prix de la mémoire vive, relève presque du geste humaniste. Enfin ça, c'est si l'on décidait d'omettre l'impact écologique absolument désastreux que provoquerait l'essor massif de la technologie auprès du grand public.

Eh oui : au bout du bout de la démonstration, on ne possède ni une machine, ni même vraiment un accès. Ce que l'on possède, c'est un droit de tirage sur un serveur qui chauffe. C'est à dire aussi un droit révocable par un éditeur, plafonné selon une durée précise, et suspendu à la qualité de sa propre connexion. C'est certes pratique, même bluffant par instants. Mais ce n'est pas à nous. Et c'est malheureusement le sens de l'histoire : encore la semaine dernière, plusieurs acteurs majeurs de l'industrie (comme le patron d'Amazon Gaming ou même Yves Guillemot) y sont allés de leur citation sur la fin du support physique, allant même jusqu'à espérer sans grand secret la disparition des consoles en objectif ultime. C'est ça, que GEForce Now et les autres services du genre vont bien finir par amener. Et justement : plus ces outils sont de qualité, et plus ils précipitent cet avenir qui semble désormais inévitable. Alors on va faire comme Nvidia. Merci de considérer cet avis comme sous location : peut-être finira-t-on par l'exécrer, ce service, en fonction de son rôle dans la déconstruction de tout ce que l'on a été amené à aimer dans ce medium, ou de l'impact écologique terrifiant qu'il induit. Ce qui est certain, c'est qu'à 21,99€ par mois pour la formule Ultimate, le prix reste pour le moment un facteur de ralentissement de cet avenir que l'on voit arriver, droit comme un mur infranchissable.
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