Avant Onimusha : Way of the Sword, il y avait l'excellent Genma Onimusha, une exclusivité Xbox (trop) méconnue

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Onimusha : Warlords

Sans doute possible, Onimusha : Way of the Sword est l'un des grands jeux de la rentrée 2026. Qu'il s'agisse de ses animations aux petits oignons ou de son système de combat extrêmement maîtrisé, Capcom a montré qu'il était possible de moderniser la franchise sans perdre son essence. Encore que, pour beaucoup de joueurs, ce « soft reboot » risque d'occulter les originaux. Et cela s'observe déjà sur Google ou YouTube, où rapidement trouver un guide pour le premier épisode Onimusha : Warlords se montre désormais plus compliqué... Alors cela m'a donné envie d'évoquer Genma Onimusha, sa réédition Xbox, qui est encore plus obscure et n'a même pas eu le droit, lui, à son remaster.

Avant d'évoquer Genma Onimusha, revenons d'abord sur l'original. Onimusha : Warlords suit l'aventure de Samanosuke Akechi, jeune samouraï qui se dresse contre la tyrannie de Nobunaga Oda au Japon médiéval. Déjà pas jobard dans la vraie vie, Oda puise ici sa force et sa réussite militaire dans un pacte avec les « genma », démons de l'autre monde qui lui procurent vitalité, magie et chair à canon. Presque toute l'intrigue se déroule au château d'Inabayama (actuel château de Gifu), où les forces d'Oda se réunissent pour kidnapper la princesse Yuki et autres plans maléfiques qui, en vérité nue, n'ont pas le moindre intérêt, puisque le jeu est écrit avec un franc désintérêt pour l'art de la prose et que l'essentiel est de justifier la moisson systématique de soldats zombies qui feulent comme des tigres.

Oni qui mal y pense

Onimusha : Warlords | Source : CapcomÀ l'instar de nombreuses autres productions Capcom de l'époque, Onimusha : Warlords délaisse l'écriture au profit des mécaniques et de l'ambiance. Au vu du résultat, la transaction n'est pas insensée. Vous y retrouverez (en esprit) les mêmes idées que dans Onimusha : Way of the Sword. C'est un pur jeu d'action qui punit le matraquage de votre manette avec un concept simple : attaquer ou bloquer pile avant d'être touché déclenche un « issen », un coup fatal qui se distingue par un éclair lumineux et la mort immédiate de votre vis-à-vis, ainsi qu'un plus gros paquet d'âmes à absorber. Ces âmes sont à la fois votre monnaie, votre santé et votre magie. Vos ennemis sont des piñatas à ouvrir d'un coup de lame bien placé pour se régaler de leurs points de vie et leurs âmes.

Onimusha : Warlords | Source : CapcomCela, bien sûr, à condition d'être bon au jeu. Onimusha : Warlords a de quoi déstabiliser les joueurs modernes puisqu'il utilise les « contrôles tank », vieux reliquat de ses origines en tant que prototype de Resident Evil 4. Vous pouvez avancer, reculer ou pivoter sur les côtés, mais pas courir librement. Aïe. Cependant, vous pouvez cibler un ennemi spécifique pour tourner autour, donnant alors une liberté de mouvement bien supérieure, avec des pas arrière ou sur les côtés très vifs. Maîtriser le positionnement est absolument nécessaire pour survivre aux embuscades, surtout que les minotaures et autres gros ennemis peuvent briser votre garde à force de taper dedans, ce qui force à rester mobile. Alterner entre verrouillage et course libre est la marque des grands joueurs, qui savent alors filer entre les lames ennemies comme une feuille volante dans un montage d'entraînement japonais. Si vous êtes coincé, alors les attaques magiques sont vos amies : elles infligent d'énormes dégâts et vous rendent temporairement invincibles, ce qui est très, très pratiques.

Comble du raffinement, Onimusha propose aussi des phases jouables avec la kunoichi Kaede pour varier les plaisirs. | Source : Capcom
Comble du raffinement, Onimusha propose aussi des phases jouables avec la kunoichi Kaede pour varier les plaisirs. - Crédits : Capcom

Si, d'aventure, vous maîtrisez tout cela, alors reste encore à patiemment apprendre le comportement de chaque ennemi, et enfin appréhender la caméra fixe à la Resident Evil, qui a souvent le chic pour changer d'angle de vue au pire moment et créer des soucis de lisibilité dont on pourrait bien se passer. C'est sans doute le plus gros défaut d'Onimusha : Warlords. Pour autant, le gameplay propose une véritable richesse qui se dévoile au fil de l'apprentissage du joueur. Par exemple, un rapide pas en arrière suivi d'une attaque déclenche tout de suite un coup de pied défensif qui va ouvrir la garde adverse ou repousser un ennemi ; le caler au bon moment permet d'envoyer l'adversaire au sol, idem si la victime en question se cogne contre un mur. Tout est positionnement, timing, sang-froid. Si la pente est rude, la récompense est d'autant plus grande, et le véritable expert peut nettoyer une salle en quelques secondes là où le néophyte essuiera de nombreux revers, punis d'un retour au menu principal illico presto.

À la guerre comme à la guerre

Onimusha : Warlords | Source : CapcomQue vient apporter Genma Onimusha dans cette formule déjà riche ? Déjà, tous les objets et ennemis sont remélangés, altérant la progression dans le château d'Inabayama pour rendre le jeu plus difficile et exigeant. Ensuite, il y a l'épreuve bonus de la Tour des Ogres, nouveau donjon optionnel qui débloque la meilleure armure du jeu au prix de 25 étages impitoyables à traverser. Vous trouverez aussi une poupée meurtrière qui vous poursuit à travers les couloirs du château pour infliger des dégâts monstrueux et vous casser les pieds. Enfin, des orbes d'âme verts peuvent désormais apparaître. Si vous en récoltez cinq, vous pouvez devenir temporairement invincible et lentement régénérer votre santé ; si un ennemi l'attrape avant vous, il devient plus fort, plus dangereux, et plus méchant. Bref, tout est là pour corser la progression.

Vous allez pleurer pour obtenir l'armure suprême... mais faut l'admettre, elle claque ! | Source : Capcom
Vous allez pleurer pour obtenir l'armure suprême... mais faut l'admettre, elle claque ! - Crédits : Capcom

Onimusha : Warlords | Source : CapcomDans la critique d'époque, l'estimé Ryosan soulignait que Genma Onimusha proposait certes trop peu d'évolutions pour justifier un nouvel achat si d'aventure vous aviez déjà poncé la version PS2. D'un point de vue strictement pécuniaire, c'est tout-à-fait vrai. Cependant, pour qui veut atteindre la pleine maîtrise de ce premier épisode, Genma Onimusha s'avère être, en réalité, un incontournable, car il introduit une dimension stratégique vastement supérieure. Développé en parallèle d'Onimusha 2 : Samurai's Destiny et sorti un mois avant au Japon, il en retient la charge des attaques des mêlées, et ajoute la charge des attaques magiques de surcroît.

Onimusha : Warlords | Source : CapcomAinsi, le panel d'attaques et mouvements s'en retrouve étoffé. Chaque arme peut charger son attaque sur trois paliers, trois paliers aux comportements légèrement différents : avec la double lance, vous pouvez lancer une grosse beigne en plein visage pour interrompre une attaque ou lacérer l'adversaire de toute part. Cela, à condition de ne pas devoir (contre-)attaquer ou parer pendant que vous chargez votre attaque, puisque vous perdez alors votre charge. Ces attaques chargées sont cependant très utiles à haut niveau puisqu'elles peuvent déstabiliser les mini-boss et extraire quelques orbes d'un coup, ce qui peut, avec de la chance, renverser la bataille en vous restituant un peu de santé ou de magie.

Même topo pour les magies chargées, avec un détail qui tue : vous pouvez charger la magie sur deux paliers et ensuite continuer indéfiniment de charger, sauf que cela va simplement avaler votre barre de magie. Préférez-vous attendre le moment idéal pour cracher une gerbe de flammes (en profitant de ses frames d'invincibilité) ou faut-il plutôt attaquer dès que possible pour conserver des ressources, au prix, peut-être, de l'optimisation des dégâts et du positionnement ? Ce sont des micro-décisions à prendre dans le feu de l'action. Hésiter, c'est passer la main à l'adversaire, et c'est ainsi prendre le risque d'un effet boule de neige où vous vous retrouvez acculé dans un mur, sans possibilité de bien vous repositionner, au risque d'encaisser l'estoc de trop dans votre garde.

C'est presque plus rapide d'apprendre l'épée IRL

Onimusha : Warlords | Source : CapcomToutes ces subtilités supplémentaires s'accordent pour finalement livrer ce qui est peut-être l'un des meilleurs systèmes de combat jamais vus dans un jeu vidéo. Oui, je le répète, la pente de la maîtrise est rude, mais l'ascension vaut le détour. J'ai certes qualifié la fin de l'aventure de « torture chinoise » sur BlueSky à ma première partie parce que j'avais l'impression d'être un hamster dans un mixeur, sauf que, depuis, j'ai également joué à
Onimusha 2 : Samurai's Destiny et Onimusha 3 : Demon Siege (avec Jean Reno !), et que j'ai eu l'impérieuse envie de revenir me mesurer aux troupes de Nobunaga Oda dans les règles de l'art, non plus en victime, mais en maître de l'épée, déterminé à vaincre mes adversaires.

Onimusha : Warlords | Source : CapcomGenma Onimusha, c'est se retrouver face contre le mur, dos à l'ennemi, avec rien qu'un pixel de santé, et réussir la parade parfaite pour se retourner d'un coup et faucher l'adversaire, évitant la mort à quelques millisecondes près. C'est regarder un adversaire, décider en un éclair que mon prochain geste sera un issen, et réussir ; c'est penser que le issen est un miracle au début de la partie puis se rendre compte que le miracle dépend uniquement de nous, qu'il est à portée de main à chaque ouverture, à chaque seconde. C'est toiser un chevalier spectral dans une immobilité totale en attendant qu'il rompe sa garde, et enfin, après une quinzaine de secondes à se demander qui craquera, voir son tressautement et le punir d'un geste, dans la pure tradition du cinéma de samouraï.

Genma Onimusha, ça peut s'expliquer, mais ça doit surtout se vivre. Des premières expériences dans la boue et le sang, le jeu propose de dépasser ses limites et devenir un véritable maître de l'épée. C'est entre vous et la manette. Ce n'est pas pour rien que les autres épisodes de la franchise ont proposé un « mode Enfer » où le joueur doit vaincre le boss final sans être touché une seule fois : ce qui pourrait n'être qu'un simple challenge optionnel inventé par les joueurs est en réalité le pur idéal de la saga. Faire le vide dans sa tête et se sentir glisser entre les attaques sans jamais céder à la panique procure un plaisir absolu. À la fois parce qu'il est plus difficile (donc encore plus jouissif à désarmer) et plus complet dans ses outils, Genma Onimusha est ainsi une version supérieure de l'original, sans pour autant occulter son intérêt.

Une perle inaccessible légalement

Onimusha : Warlords | Source : CapcomDe toutes manières, Capcom propose uniquement Onimusha : Warlords en remaster. Tous les ajouts de Genma Onimusha ont été occultés dans la résurrection de 2019, ce qui est très fâcheux. Certes, Xbox travaille beaucoup sur la rétrocompatibilité, et cette fascinante réédition n'est ainsi pas totalement perdue. Pour autant, il aurait été judicieux, voire nécessaire, de proposer ses mécaniques approfondies aux joueurs modernes, en option tout du moins, pour que les deux versions restent accessibles dans les meilleures conditions.

Vient évidemment la question fatidique : est-ce que le premier Onimusha aura droit à son remake vu le succès d'Onimusha : Way of the Sword ? Vu la stratégie éditoriale de Capcom, c'est loin d'être impossible. Gageons que le plus grand éditeur japonais de ces dernières années pousse le souci de l'excellence jusqu'à incorporer les meilleures idées de Genma Onimusha ce jour-là.

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