Social. Grève des pompiers : pourquoi les syndicats demandent une meilleure prise en compte des risques
Parce que leur activité est une passion, et parce qu’ils sont là pour secourir les autres plus qu’eux-mêmes, les pompiers, qui entameront mardi un mouvement de grève d’un mois et demi, n’ont jamais vraiment mis leur propre santé au centre de leurs préoccupations professionnelles. Mais les quatre pompiers tués cet été sur des interventions sur un incendie ont fait comprendre de manière dramatique que leur vie est parfois en jeu. Sur le mégafeu de Saumos, en Gironde, pas moins de 330 pompiers ont été pris en charge par les secours, dont plusieurs dizaines intoxiqués par des fumées - six ont dû être plongés dans un caisson hyperbare.
Aujourd’hui, il est temps, selon les syndicats, de prendre en compte ce risque. « La santé et la sécurité des personnels doivent enfin devenir une priorité nationale, en intégrant notamment la reconnaissance de l’exposition aux agents toxiques et cancérogènes, la prise en charge de l’usure physique et psychique liée aux missions », écrivent-ils dans leur préavis de grève, qui évoque également « les enjeux de fin de carrière et de retraite ».
Les conclusions du Beauvau de la Sécurité civile, l’an passé, suggéraient la mise en place d’une « traçabilité rigoureuse des expositions aux risques », notamment à travers une « base de données épidémiologiques nationale ». Avec une « attention particulière » sur la prévention des cancers, auxquels les pompiers sont très exposés. Selon un récent rapport d’information du Sénat, « une étude britannique de 2023 a constaté une prévalence des cancers chez les pompiers âgés de 35 à 39 ans supérieure de 323 % à celle de la population générale ». Outre les fumées, les soldats du feu sont exposés à des produits nocifs, comme les retardateurs de flammes.
« La prévention, c’est le nerf de la guerre »
Pour Guillaume Millet, secrétaire fédéral CFDT en Gironde, la priorité va à la reconnaissance de certains cancers comme maladie professionnelle. Pour l’heure, la France en reconnaît quatre, contre « 17 en Amérique du Nord », constate le syndicaliste. « Pourtant, ce sont les mêmes fumées que chez nous », grince le syndicaliste, qui explique que les pompiers peuvent développer des cancers « transcutanés, par les fumées qui passent sous le casque, la cagoule ou les vêtements ».
Ce n’est qu’en 2022 que l’activité de sapeur-pompier a été reconnue cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer. En France, les pompiers bénéficient de visites médicales régulières, mais elles visent surtout à contrôler l’aptitude à exercer le métier. Aucune politique de prévention des risques n’existe au niveau national.
« Il est temps de lancer une étude poussée de l’impact de l’activité opérationnelle sur la santé des sapeurs-pompiers », plaide le président de la Fédération nationale, le colonel Jean-Paul Bosland, qui précise que certaines bonnes pratiques se développent sur le terrain. « On travaille de plus en plus sur le nettoyage de nos tenues après intervention sur feu, explique-t-il. On avait l’habitude de les ranger simplement dans les placards, mais maintenant, on évacue les particules de fumée. » Mais aucun cadre général n’a pour l’instant été mis en place, chaque Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) fonctionnant de manière indépendante. « Pourtant, la prévention, c’est le nerf de la guerre », estime le colonel Bosland.