« Ce n’est pas une fête du Travail comme les autres »

« Ce n’est pas une fête du Travail comme les autres »

À la veille de l’entrée en vigueur de contre-tarifs canadiens sur des produits américains, célébrer la fête du Travail a un goût particulier cette année pour les nombreux travailleurs dont l’emploi est menacé par les tensions commerciales avec les États-Unis.

C’est une fête du Travail pas comme les autres pour nous, confirme Lana Payne, présidente nationale d’Unifor, en entrevue à Toronto lors du traditionnel défilé des travailleurs dans la Ville Reine.

Les travailleurs de ce pays mènent le combat de leur vie, que ce soit dans le secteur de l'automobile, le secteur forestier ou le secteur manufacturier, indique la dirigeante du plus grand syndicat du secteur privé au pays.

Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir, en tant que pays, en tant que nation, pour protéger ces industries, protéger cette production chez nous et veiller à ce que Donald Trump ne l'emporte pas.

La présidente nationale d'Unifor, Lana Payne.

La présidente nationale d'Unifor, Lana Payne

Photo : La Presse canadienne / Sammy Kogan

Mais cette riposte tarifaire canadienne risque d’avoir un coût pour les entreprises du pays, prévient la Fédération des Chambres de commerce du Québec.

Quand on a vécu des contre-tarifs l'an dernier pendant le premier épisode de cette longue guerre tarifaire, les contre-tarifs canadiens ont fait quand même mal aux entreprises d'ici, notamment parce que ça a fait augmenter le coût des intrants, explique Mathieu Lavigne, vice-président aux affaires publiques de l’organisation.

Les entreprises qui sont dans le tourbillon tarifaire devraient pouvoir tenir le coup un mois ou deux grâce aux mesures d’aide mises en place par Ottawa. Cependant, la situation financière de ces entreprises risque de se dégrader après cette période initiale, selon M. Lavigne.

Et c'est là que ça va devenir insoutenable et que les entreprises vont devoir probablement faire des choix très difficiles, indique-t-il en entrevue à ICI RDI.

Du bouleau est découpé sur mesure chez Industrie Ergie inc., une entreprise spécialisée dans la fabrication et la distribution de placages, le vendredi 12 mai 2023, à Victoriaville, au Québec.

Du bouleau est découpé sur mesure chez Industrie Ergie inc., une entreprise spécialisée dans la fabrication et la distribution de placages, le vendredi 12 mai 2023, à Victoriaville, au Québec.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

Faire front

La riposte est douloureuse, cela ne fait aucun doute, admet Lana Payne. Mais nous ne pouvons pas nous retrouver dans une situation où nous enchaînons concession sur concession.

Selon elle, ce n’est ni plus ni moins que l’avenir industriel du pays qui est en jeu dans cette guerre commerciale.

Nous ne pouvons pas nous réveiller dans deux ans et constater qu'il ne reste plus une seule usine d'automobiles ou de transformation du bois dans ce pays. Il faut les sauver maintenant pour nous assurer qu'une fois Trump parti, nous aurons encore une économie industrielle au pays.

Nous devons faire front. Nous devons nous battre. Et une partie de ce combat passe par l'imposition de contre-tarifs.

Des rouleaux d'acier à l'usine ArcelorMittal Dofasco d'Hamilton, en Ontario.

Des rouleaux d'acier à l'usine ArcelorMittal située à Hamilton, en Ontario (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Les contre-tarifs ne représentent pas les seuls outils à la disposition d’Ottawa dans cet affrontement avec l’administration Trump, rappelle la syndicaliste.

Elle suggère aussi de taxer les exportations d’énergie – une mesure soutenue par le premier ministre ontarien, Doug Ford – ou encore de potasse, utilisée dans la production d’engrais et dont plus de la moitié de la production canadienne est exportée aux États-Unis.

Nous devons tout mettre sur la table, insiste-t-elle.

Protéger les travailleurs

Face à la guerre commerciale, le Conseil national des chômeurs et chômeuses (CNC) appelle Ottawa à en faire plus pour soutenir les travailleurs dont l’emploi est menacé par la guerre commerciale.

Le co-porte-parole de l’organisation, Milan Bernard, demande au fédéral de rendre le programme d’assurance-emploi plus robuste et plus juste afin de consolider le filet de protection des travailleurs.

L’organisation demande de rendre permanents les assouplissements de l’assurance-emploi annoncés par Ottawa en réponse à la nouvelle salve tarifaire américaine.

Le CNC incite aussi Ottawa à aller plus loin :

  • mettre en place une norme universelle d’admissibilité de 420 heures, plus simple et permettant la couverture de plus de travailleurs;
  • élargir la mesure des 20 semaines supplémentaires de prestations d’assurance-emploi à l’ensemble des travailleurs pour la durée du conflit commercial avec les États-Unis.
Des voitures passent sur la chaîne de montage de l'usine Stellantis à Brampton, en Ontario, le vendredi 21 juillet 2023.

La section locale 1285 du syndicat Unifor représente environ 2200 membres à l’usine de montage de Brampton de l'entreprise Stellantis. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

Avec cette nouvelle étape de la guerre commerciale, nos craintes se rapportent aux pertes d'emploi directes, mais aussi aux impacts indirects avec toute cette économie de soutien qui est parfois à des kilomètres et des kilomètres des entreprises, explique-t-il.

Questionné à ce propos, le cabinet de la ministre responsable de l’assurance-emploi, Patty Hajdu, a rappelé par courriel les mesures dévoilées le 25 août par Ottawa et a assuré vouloir faciliter l'accès à l'assurance-emploi.

Nous mettons à la disposition des Canadiens les outils dont ils ont besoin pour se tourner vers de nouveaux marchés, adapter leurs produits ou leurs services et en sortir plus forts que jamais. Nous sommes à leurs côtés dès maintenant, et nous le resterons aussi longtemps qu’il le faudra pour surmonter cette tempête, écrit-on.

Pour sa part, Lana Payne mentionne que les 7,5 milliards de $ alloués par le gouvernement fédéral pour soutenir les entreprises et les travailleurs représentent un bon départ.

Il reste encore beaucoup à faire, prévient-elle, en ajoutant qu’Ottawa devrait envisager des subventions salariales ciblées dans certains secteurs de l'économie particulièrement touchés par les tarifs.

Négociations au point mort

À quelques heures de l'entrée en vigueur des contre-tarifs canadiens sur des produits américains, rien n'indique qu'un retour à la table de négociations est imminent.

Au contraire, Donald Trump en a ajouté une couche lundi, indiquant sur ses réseaux sociaux FINIE, LA VENTE D'AVIONS BOMBARDIER AUX ÉTATS-UNIS.

Leurs produits ne sont pas assez bons! Plus de 50 % de leurs revenus proviennent des États-Unis – ils profitent des acheteurs américains, des entreprises américaines, des aéroports américains et des services américains. Tout cela alors que le Canada bloque nos GRANDES banques et entreprises, partout aux États-Unis, a-t-il écrit sur Truth Social.

Il n'est pas prévu que le président américain et le premier ministre canadien se parlent avant que la riposte canadienne entre en vigueur. Ni la négociatrice en chef du Canada, Janice Charette, ni le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, ne sont à Washington.

À lire aussi :

  • Quels véhicules sont assemblés au Canada?
  • Guerre commerciale : « Je continue d’être première ministre », se défend Fréchette
  • Tarifs américains de 50 % : l’aluminium canadien s’impose hors des États-Unis