« Un barbecue qui a mal tourné » : l'astronaute française Sophie Adenot nous décrit les odeurs surprenantes de l'espace

« Un barbecue qui a mal tourné » : l'astronaute française Sophie Adenot nous décrit les odeurs surprenantes de l'espace

De retour après quasiment 8 mois dans l’espace, Sophie Adenot renoue avec des sensations bien terrestres. L’astronaute française redécouvre notamment les odeurs, après avoir connu celles de l’ISS. Elles se font plus rares, mais n’en sont pas moins étonnantes… comme l’odeur de brûlé qui marque la fin d’une sortie extravéhiculaire !

Elle est restée près de 8 mois dans l’espace, 237 jours exactement. Le 8 octobre 2026, Sophie Adenot est revenue sur Terre, après une longue mission à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Après autant de temps passé en microgravité, l’un des grands défis pour l’astronaute française est de réhabituer son corps à la gravité terrestre. Quelques jours après son retour, Sophie Adenot partageait déjà des images de ses premiers exercices pour se réacclimater.

Outre cette récupération physique, qui devrait encore occuper l’astronaute française quelque temps, Sophie Adenot renoue avec des réalités sensorielles bien terrestres. À commencer par les odeurs ! Dans l’ISS, l’astronaute a vécu dans un air confiné, où les odeurs se font rares. C’est ce qu’elle a raconté à Numerama le 13 octobre, lors d’une conférence de presse organisée par l’Agence spatiale européenne (ESA).

Sophie Adenot à son retour sur Terre, le 10 octobre 2026. // Source : Flickr/CC/ESA (image recadrée)
Sophie Adenot après son retour sur Terre, le 10 octobre 2026. // Source : Flickr/CC/ESA (image recadrée)

Ça sent quoi, dans l’espace ? À bord de l’ISS ?

« C’est difficile de transmettre ça par des mots ou des images, nous répond Sophie Adenot. À bord de la station, on n’a pas de parfum, parce que la plupart des parfums ont des molécules d’alcool dedans, et l’alcool ne peut pas être recyclé par les machines qui recyclent l’atmosphère. L’odeur de la station est donc globalement neutre. »

Mais, bien sûr, la station reste habitée par des humains, qui amènent avec eux leurs odeurs dans l’espace. « On reste des humains, donc oui, quand on transpire, ça sent la transpiration ! On se lave, on est propres, les lingettes qu’on utilise, et le savon aussi, sont neutres. Au final, c’est comme si l’odorat était sous-utilisé. »

Mais pourquoi l’odorat tourne-t-il au ralenti en orbite ? En microgravité, les fluides du corps ne sont plus attirés vers les jambes et remontent jusque dans la tête. Dans les premiers jours, le visage gonfle et le nez se bouche, comme lors d’un gros rhume, ce qui réduit la capacité à sentir, explique la Nasa. Le corps finit par s’adapter. Dans un espace aussi confiné, les odeurs de nourriture se mêlent toutefois à celles des machines et des occupants, ce qui peut aussi émousser le goût.

L’odeur du métal brûlé, « comme un barbecue qui a mal tourné »

Cette relative neutralité prend fin lors d’un moment dont rêvent beaucoup d’astronautes : la sortie extravéhiculaire. Sophie Adenot a justement effectué trois sorties en scaphandre pendant sa mission, en l’espace de trois semaines seulement. Dans ce mini vaisseau spatial qu’est la combinaison, rien à signaler au niveau de l’odorat. Mais au retour dans le sas, une odeur bien particulière attend les astronautes.

« Quand on referme le sas, et qu’on ouvre le scaphandre, on a cette sensation de cette odeur de l’espace, qui est comme un métal brûlé. C’est difficile à décrire, mais c’est vraiment la sensation de quelque chose qui a carbonisé et avec un aspect métallique, c’est une odeur très très forte. Comme un barbecue qui a mal tourné avec une odeur de métal brûlé ! » Bon appétit !

Sophie Adenot n’est pas la première à décrire cette odeur. Au retour de leurs sorties, d’autres astronautes ont parlé de steak grillé ou de poudre brûlée. Son origine reste discutée. Pour l’astrochimiste Robin Isnard, interrogé par Franceinfo, des surfaces métalliques ont pu être altérées à l’extérieur de la station. L’odeur viendrait alors d’une oxydation, davantage que de l’espace lui-même.

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Lors du retour sur Terre, « on sent tout, puissance 10 »

De retour sur Terre, Sophie Adenot a vu son odorat subitement décuplé. Cette expérience l’a marquée dès les premiers instants de son retour : « À la première ouverture de la capsule, comme l’odorat a été sous-sollicité pendant 8 mois, ça va parler à beaucoup de femmes qui ont vécu ça, mais c’est un peu comme au début de la grossesse, lorsqu’on a le sens de l’odorat qui est exacerbé. On sent tout, puissance 10. L’odeur des embruns est incroyable… et l’odeur de la lessive des vêtements des gens ! La combinaison du médecin qui m’a aidée à enlever ma propre combinaison, elle avait une odeur que je n’avais pas sentie [depuis longtemps]. »

Une impression qui persiste encore dans les jours suivant l’atterrissage, confie-t-elle. « Et puis après, il y a la redécouverte des odeurs de la Terre. Ne serait-ce que marcher à Cologne [ndlr : au Centre européen des astronautes]. Il a plu ce matin, et sur le trajet pour arriver dans ce hall, l’odeur de l’herbe qui a été arrosée par la pluie… C’est magique. En fait, on redécouvre toutes les odeurs avec une joie extraordinaire. »

Sans oublier les odeurs… de la nourriture ! Dans l’espace, la nourriture fraîche est un luxe. Sophie Adenot le sait très bien, l’une de ses expériences portait même sur un robot de cuisine spatial. « Manger un fruit frais ! s’exclame Sophie Adenot. Je m’en suis rendu compte aussi en mangeant une pâte à tartiner à la noisette chocolatée, je ne vais pas donner le nom… mais je me disais, je n’ai pas eu ce goût et cette odeur de noisette pendant la mission ! » On a tous compris.

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