« Une opération de communication » : l’idée d’Éric Ciotti d’installer des drapeaux français dans les écoles de Nice suscite de vives réactions des syndicats et des politiques

« Une opération de communication » : l’idée d’Éric Ciotti d’installer des drapeaux français dans les écoles de Nice suscite de vives réactions des syndicats et des politiques

« C’est une instrumentalisation de l’école, lâche Gilles Jean, le secrétaire général du SNUipp-FSU, le principal syndicat enseignant du premier degré. Chaque établissement scolaire dispose déjà d’un drapeau sur son fronton et chaque classe possède un drapeau français, européen et niçois. »

Éric Ciotti a également profité de l’occasion pour exprimer son souhait de voir « au moins chaque semaine une levée des couleurs dans chaque école le matin, à la rentrée, avec La Marseillaise ». Insistant sur le fait que les enfants « ont besoin d’épouser ces valeurs, d’aimer les symboles de notre nation pour les respecter dans l’école et en dehors ».

Concernant une éventuelle rencontre entre le maire de Nice et le nouveau recteur de l’Académie, Emmanuel Roux, pour « en parler dès cette semaine » : « Je n’ai reçu aucune demande officielle de la part d’Éric Ciotti. Le seul contact que j’ai eu c’est pour prendre rendez-vous. Je dois voir le maire de Nice dans une quinzaine de jours, nous aborderons un certain nombre de sujets », a affirmé ce dernier, lors d’une conférence de presse ce vendredi. Le recteur a également précisé que cet échange serait « l’occasion de rappeler ce que faisait déjà l’Éducation nationale tout au long de l’année en matière de transmission des valeurs de la République ».

« Le temps scolaire n’appartient pas aux collectivités mais à l’Éducation nationale »

« Les valeurs de la République sont déjà au programme au CP où les enfants doivent apprendre à reconnaître La Marseillaise et en CE1 où ils la chantent, constate Gilles Jean. La Ville n’a pas à s’occuper du contenu pédagogique. »

Un avis partagé par Khadija El Ouahabi, la présidente de la FCPE 06, la fédération des parents d’élèves. « Le temps scolaire n’appartient pas aux collectivités mais à l’Éducation nationale, martèle-t-elle. Nous aurions aimé que l’argent mis pour acheter les mats soit investi pour permettre la gratuité des fournitures scolaires aux écoliers. »

Pour rappel, la nouvelle municipalité du maire UDR (Union des droites pour la République) a choisi de ne pas reconduire la distribution d’un kit de fournitures scolaires gratuit. Une mesure initiée par Christian Estrosi et qui n’aura été appliquée qu’une seule fois.

Autre sujet de préoccupations pour le syndicat des enseignants : la levée du drapeau. « Sur quel temps cela va-t-il être réalisé ? », interroge Gilles Jean, qui en profite pour insister sur le fait que « l’école n’est pas une caserne ». « C’est juste une opération de communication », lance-t-il.

« Si la mairie a de l’argent à dépenser, on a des idées, ironise la présidente de la FCPE. Qui mieux que la communauté éducative pour parler de l’école ? »

« Une diversion politique »

Les réactions ne se sont pas non plus fait attendre du côté des politiques.

« Éric Ciotti a supprimé la distribution de fournitures scolaires mais veut des levées de drapeau au son de la Marseillaise. Le message est clair : le chauvinisme remplace la lutte contre les inégalités sociales », soupire David Nakache, membre du rassemblement citoyen ViVA ! et président de l’association Tous citoyens.

« Après le pavoisement de Cagnes-sur-Mer, c’est Nice qui privilégie les drapeaux plutôt que les fournitures scolaires, déplore Juliette Chesnel-Le Roux, à la tête du groupe d’opposition de gauche et écologiste à la mairie de Nice. Quand on supprime les fournitures scolaires gratuites, on ne peut pas faire oublier aux familles la facture de la rentrée en agitant un drapeau. »

Drapeaux français dans les rues de Cagnes-sur-Mer, au Val Fleuri.

Pour l’élue, il ne s’agit que d’une « diversion politique » Elle accuse la mairie de « multiplier les symboles pour donner l’illusion d’agir ». Elle enfonce le clou : « Les valeurs de la République ne se chantent pas une fois par semaine, elles se font vivre tous les jours. […] Les enfants ont besoin de livres, de fournitures, de cantines accessibles, d’enseignants et de bâtiments dignes et pas d’opération de communication. »