Une victoire écrasante mais insuffisante ? Les scénarios en Saxe-Anhalt après le succès historique de l’AfD
International 07/09/2026 12:30 Actualisé le 07/09/2026 13:49
Si l’AfD a écrasé ce scrutin en Saxe-Anhalt, avec près de 44 % des voix et 39 députés sur 83 voix, sa quête pour une majorité absolue pourrait s’avérer ardue.

KAY NIETFELD / dpa Picture-Alliance via AFP
Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD en Saxe-Anhalt, participe à la conférence de presse du parti le 7 septembre 2026 à Berlin. Il pourrait devenir la première figure d’extrême droite à gouverner une région depuis 1945.
EN BREF
• Avec 43,8 % des voix, l’AfD a remporté une victoire historique en Saxe-Anhalt mais il manque trois sièges à l’extrême droite pour obtenir la majorité absolue.
• Ulrich Siegmund va lancer des consultations pour l’obtenir mais les discussions pour former un gouvernement s’annoncent périlleuses.
• Le BSW, autre parti populiste, a un rôle clé dans la séquence mais elle pourrait se terminer par de nouvelles élections.
L’IA au HuffPost.
C’est un séisme politique en Allemagne. L’AfD (Alternative pour l’Allemagne) a remporté une victoire historique à l’élection régionale de Saxe-Anhalt, glanant 43,8 % des voix et 39 députés sur 83. Pour la première fois depuis 1945, un parti d’extrême droite - aux déclarations souvent ambiguës sur le nazisme - pourrait diriger une région en Allemagne.
Malgré ce score écrasant, l’arrivée de l’AfD au pouvoir paraît encore très incertaine. D’autant plus que sa tête d’affiche en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, refuse pour l’instant de gouverner sans majorité absolue. Si la situation politique est très volatile, Le HuffPost fait le point sur les différents scénarios qui pourraient se produire dans les jours à venir.
• L’AfD trouve des soutiens pour une majorité absolue
Avec 39 députés, il manque 3 voix à l’AfD pour obtenir une majorité absolue au parlement de Saxe-Anhalt. Elle a donc affirmé ce lundi lancer des discussions pour former un gouvernement. C’est à la fois peu et beaucoup, pour un parti contre lequel est dressé un « pare-feu » (l’équivalent du « cordon sanitaire ») par l’ensemble de la classe politique allemande.
Tous les partis… sauf un : le BSW, appelée en français l'Alliance Sahra Wagenknecht. Fondé par cette ancienne figure de la gauche allemande, le nom de ce parti populiste difficilement classable (à gauche sur des sujets économiques, proche de la droite voire de l’extrême droite sur les sujets régaliens) devrait être beaucoup évoqué ces prochains jours.
Le BSW n’est pourtant arrivé que sixième de ces élections et à 3 500 voix près, ils ne passaient même pas le cap des 5 % nécessaires pour avoir des élus. Mais ce sont bien leurs cinq députés qui semblent avoir le destin de l’AfD entre leurs mains.
Le BSW trouve ainsi des convergences avec l’AfD, notamment sur l’arrêt de l’aide à l’Ukraine ou un durcissement de la politique migratoire. Surtout, le parti de Sahra Wagenknech dénonce l’ostracisation de l’AfD dans le système politique allemand, et s’est dit prêt à coopérer avec le parti d’extrême droite sans (pour l’instant) accepter une coalition.
Si le soutien ne vient pas du BSW, cela s’annonce plus complexe. L’AfD fait notamment des appels du pied à des élus de la CDU pour qu’ils les rejoignent, sans succès pour l’instant.
• Une coalition « pare-feu » du reste du Parlement
Le scénario pour empêcher l’AfD de gouverner est aussi simple qu’improbable : une coalition de l’intégralité des autres partis, dont le BSW. Car même avec les 15 députés de la CDU, les 8 du SPD, les 8 des Verts, les 8 de Die Linke - des partis aux divergences très franches -, cela ne ferait qu’un total de 39 députés, soit autant que l’AfD, et insuffisant pour la majorité absolue.
Là encore, le soutien du BSW serait donc indispensable. Et si un accord avec l’AfD est loin d’être acté, un ralliement de leur part au reste des forces politiques paraît impossible. « La CDU, perdante des élections, doit être remplacée. […] Toute tentative de former une nouvelle coalition de ce type serait un affront aux électeurs », a ainsi déclaré Sarah Wagenknech ce dimanche.
La BSW ne participera pas à une coalition du « cordon sanitaire », a confirmé ce lundi matin son chef de file régional, Thomas Schulze. Resterait alors l’hypothèse d’un soutien sans participation, mais qui semble hautement improbable à ce jour.
Une telle coalition représenterait de toute façon un risque : celui de définitivement installer l’AfD comme seule force d’opposition dans le pays, en voyant la droite conservatrice de la CDU s’allier à la gauche radicale de Die Linke.
• La nomination d’un gouvernement non partisan
« Nous ne voterons ni pour Siegmund ni pour Schulze [le leader de la CDU en Saxe-Anhalt] », expliquait ce dimanche soir la présidente du BSW, Amira Mohamed Ali. Le BSW pousse en effet pour une troisième voie : celle d’un ministre-président sans étiquette, « qui gouverne grâce à des majorités changeantes, en associant l’ensemble du Parlement », a-t-elle affirmé.
Amira Mohamed Ali a affirmé que son parti comptait proposer un nom à la CDU et à l’AfD. Mais là aussi, ce scénario paraît très improbable. Il paraît en effet difficile d’imaginer l’AfD, en position de force absolue, accepter une concession aussi forte, et Ulrich Siegmund a déjà dénoncé un « bricolage ».
• La tenue de nouvelles élections
Si ce scénario ne fonctionne pas, la BSW a prévenu : elle s’abstiendra lors du troisième tour pour l’élection du ministre-président de Saxe-Anhalt, où une majorité relative est suffisante. En d’autres termes, elle ne s’opposera pas à l’élection d’Ulrich Siegmund, qui pourrait donc arriver à la tête de l’État sans former de coalition.
Mais l’AfD refuse pour l’instant de gouverner si elle ne détient pas la majorité absolue. « Une abstention ne constitue pas pour moi une majorité stable », a déclaré ce lundi Ulrich Siegmund.
Si la situation reste enlisée, il resterait une solution : la tenue de nouvelles élections, ce qui ne semble pas déranger outre mesure le parti d’extrême droite. « Nous avons reçu un mandat pour gouverner et nous tendons la main, mais nous n’allons pas renier nos principes ni nous trahir. […] Dans le pire des cas, il y aura de nouvelles élections, et nous obtiendrons alors 50 ou 55 % », a assumé ce dimanche Ulrich Siegmund auprès de la chaîne publique ZDF.